Actualités of Monday, 5 October 2026

Source: L’Indépendant n°1070

Bouteilles de gaz : les chiffres de la honte

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La société camerounaise des dépôts pétroliers (Scdp) étale au grand jour son incapacité à approvisionner le marché. En visite le 30 septembre dans les installations de la société camerounaise des dépôts pétroliers (Scdp), le ministre de l’Eau et de l’Energie (Minee), Gaston Eloundou Essomba, a acté l’incompétence de l’entreprise publique. Les chiffres de la honte sont lâchés : avec à peine 140 tonnes enfûtés par jour, la Scdp couvre tout juste 70 % des besoins de la capitale qui oscillent entre 250 et 300 tonnes au quotidien. Le membre du gouvernement impuissant, conseille tout simplement aux usagers désespérés de s’en remettre aux prestataires privés.

La Scpd s’est engagée à faire mieux : « de 140 tonnes métriques représentant le volume d’enfûtage de la Scdp par jour, engagement a été pris de passer de 200 tonnes métriques par jour », affirme sans garantie, le Minee. Yaoundé passerait ainsi de 140 tonnes, c’est à dire 11200 bouteilles à 200 tonnes, l’équivalent de 16000 bouteilles, soit une augmentation de 4800 bouteilles par jour, jusque-là insuffisant pour satisfaire la demande à Yaoundé qui se situe entre 250 et 300 tonnes par jour. Le Minee conseille alors de recourir aux prestataires privés, l’État ne pouvant tout faire seul. « J’invite les marketers, surtout ceux qui ont augmenté leur parc de bouteilles à saturer le marché », martèle Gaston Eloundou Essomba.

Outre l’incapacité de la Scdp à satisfaire le marché, le Minee croit-il dissimuler l’origine de la pénurie du gaz, en répandant devant les médias que des difficultés d’ordre logistique ont émaillé l’approvisionnement entre Douala et Yaoundé ? « Aujourd’hui les camions qui partent de Douala pour atteindre Yaoundé mettent beaucoup de temps sur ce trajet », déclare impuissant le Minee. Au sortir d’une réunion de crise tenue avec les responsables de la Scdp, les assurances de Gaston Eloundou Essomba sont loin de garantir le retour à la normal de l’approvisionnement du gaz sur le marché.

Les raisons que le membre du gouvernement invoque devant les médias le 30 septembre 2026, sont différentes de celles qu’il a relevées dans la lettre circulaire datée du 23 septembre 2026, fixant les prescriptions relatives à l’approvisionnement du marché national en gaz de pétrole liquéfié (Gpl), adressée aux administrateurs généraux, aux présidents directeurs généraux, aux directeurs généraux des sociétés agréées à la distribution et à l’importation du Gpl.

Dans lettre, Gaston Eloundou Essomba, constate pour le déplorer, fait « que de nombreux dysfonctionnements perturbent la chaîne d’approvisionnement et de distribution du gaz de pétrole liquéfié (Gpl) sur l’ensemble du territoire national, dysfonctionnements qui créent des tensions sur les stocks et obligent les consommateurs à parcourir de longues distances avec des bouteilles à la recherche du précieux produit qu’ils ont de la peine à se procurer ».

Si pour le Minee, les causes de ces dysfonctionnements sont liées « aux retards, voire au non-paiement des importateurs par certains marketers ; au non-respect des parts de marché par certains opérateurs qui privilégient les enlèvements au profit des industries, au détriment des points de vente ; et à la vente illégale par certains marketers, de produits subventionnés », il n’en demeure pas moins vrai que ces propos sonnent comme un aveu de faillite face une pénurie dont les causes réelles sont heureusement ou malheureusement connues : le départ non anticipé du bateau de liquéfaction Hilli Episeyo des larges de Kribi.

De l’avis des experts, la principale cause de la pénurie du gaz de pétrole liquéfié (Gpl), réside dans le départ du bateau de liquéfaction Hilli Episeyo des larges de Kribi. « Avec le départ du bateau Hilli Episeyo, j’avais bien annoncé qu’il y aura pénurie de gaz. On produisait avec ce bateau, 2500 tonnes par mois de gaz et pétrole liquéfié. Depuis le départ de ce bateau en août 2026, nous produisons 400 tonnes par mois, ce qui est insuffisant », relève Robert Mouthe Ambassa, spécialiste du secteur pétrolier et gazier. Un départ qui intervient alors que les besoins du marché restent importants. Pour l’expert, cette situation n’a pas été anticipée par les acteurs de la chaîne d’approvisionnement. « La production du navire Helli Episeyo représentait 30% de la consommation. Donc, dans la situation d’aujourd’hui, la pénurie est là du fait que ce départ n’a pas été préparé. À la Snh, rien n’a été fait pour que la relève suive », précise Robert Mouthe Ambassa.