Actualités of Monday, 5 October 2026
Source: www.camerounweb.com
Invité de l'émission Libre Expression sur Info TV, Valère Bessala, président du parti Jouvance, a livré une analyse sans concession de la gestion de la crise anglophone par le régime de Paul Biya. Selon lui, le grand dialogue national n'est pas un succès, mais le fruit d'échecs accumulés. Il dénonce un pays dirigé sans les ressortissants du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, et une décentralisation appliquée avec vingt ans de retard.
C'est une charge qui ne laisse aucune place à l'ambiguïté. Invité de l'émission Libre Expression sur Info TV, Valère Bessala, figure de l'opposition, s'est livré à une analyse sans concession de la gestion de la crise anglophone par le régime de Paul Biya.
« Le grand dialogue national est à mettre à l'actif de ses échecs »
« Biya et ses amis ont divisé le Cameroun », lance-t-il d'emblée. « Les gens s'amusent toujours à nous faire croire que c'est un génie d'avoir créé un grand dialogue national et que c'est à mettre à l'actif de Paul Biya. Non, c'est à mettre à l'actif de ses échecs. »
Pour Bessala, la question centrale est simple : les conclusions de la tripartite ont-elles été respectées ? « Non », répond-il. « La décentralisation qu'ils ont demandée à l'époque, Biya a introduit cette décentralisation dans la Constitution, mais il l'a appliquée presque 20 ans après, c'est-à-dire en 2013, avec la création des régions. »
Selon lui, ce retard a nourri la frustration dans les régions anglophones. « Pendant toute cette période, dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, ça a foisonné, ça a bouillonné parce qu'ils n'ont pas l'esprit du francophone, je mets francophone entre guillemets, c'est-à-dire celui qui a été aplaventré socialement et politiquement. »
Il oppose à cette attitude ce qu'il appelle « l'homme saxon » : « Quand il dit, il fait. Quand il fait, il dit. Il y avait des problèmes d'eau, d'électricité chez eux, comme dans tout le Cameroun. Ils ont dit : mais non, ça ne va pas. Nous sommes enclavés. On ne peut pas continuer à supporter ça. »
Mais au-delà des questions d'infrastructures, Bessala pointe un problème plus profond : la représentation politique. « Qui plus est, ils ont remarqué que le pays est dirigé sans eux. Mais ils ont dit : non, on ne peut pas diriger un pays comme ça, où on ne voit pas quelqu'un du Nord-Ouest et du Sud-Ouest à un poste important. »
Il énumère alors les institutions clés du pays : « Premier ministre, c'est quoi ? C'est quoi quand vous avez un président du Sénat, francophone, un président de l'Assemblée nationale, francophone, un président du Conseil constitutionnel, francophone, un président de la Cour suprême, francophone, un président du Conseil économique et social, francophone. Un premier ministre, c'est quoi ? Il décide de quoi ? Alors qu'on sait que même le gouvernement, il est à peine consulté. »
Pour Bessala, la crise anglophone n'est donc pas seulement une question de revendications identitaires ou de marginalisation économique. Elle est le produit d'un système politique qui a exclu les ressortissants des régions anglophones des postes de décision, tout en promettant une décentralisation jamais appliquée.
Une analyse qui rejoint les critiques régulièrement formulées par les organisations de défense des droits humains et une partie de l'opposition. Elle pose une question fondamentale : comment reconstruire l'unité nationale dans un pays où une partie de la population se sent exclue de la gouvernance depuis des décennies ?