Actualités of Wednesday, 4 February 2026

Source: www.camerounweb.com

Bamenda-Bambili: c'est très chaud, l'heure est grave

Image illustrative Image illustrative

Des barricades érigées par les habitants de Bambili bloquent totalement la circulation. Un différend ancien avec Nkwen s'envenime avec l'implication présumée de la communauté Nso


Depuis les premières heures de la matinée de ce 4 février 2026, l'axe routier Bamenda-Bambili est totalement paralysé. Des habitants de Bambili ont érigé des barricades sur cette route stratégique, empruntée quotidiennement par des milliers d'usagers, pour protester contre ce qu'ils considèrent comme une spoliation foncière. Un ancien différend avec la communauté voisine de Nkwen, désormais compliqué par l'implication présumée de membres de la communauté Nso, vient de resurgir avec violence, plongeant la zone dans un blocage total.


L'axe Bamenda-Bambili constitue une artère majeure dans la région du Nord-Ouest. Cette route dessert notamment l'Université de Bamenda située à Bambili, ainsi que plusieurs localités environnantes. Chaque jour, des milliers d'étudiants, d'enseignants, de commerçants et de résidents l'empruntent pour leurs activités quotidiennes.

Depuis ce matin, cet axe névralgique est devenu totalement impraticable. Les barricades dressées par les manifestants bloquent toute circulation, contraignant automobilistes et transporteurs à rebrousser chemin ou à emprunter des itinéraires de contournement nettement plus longs et moins sécurisés.
Les conséquences sont immédiates et dramatiques : les étudiants ne peuvent rejoindre leurs salles de cours, les commerçants ne peuvent acheminer leurs marchandises, les malades ne peuvent accéder aux structures sanitaires de Bamenda. C'est toute l'activité économique et sociale du secteur qui se trouve paralysée.

Pour comprendre cette flambée de tensions, il faut remonter à un accord ancien conclu entre les communautés de Bambili et de Nkwen. Selon les protestataires, Bambili aurait, à l'époque, cédé certaines portions de terres à Nkwen dans un esprit de préservation de la paix et de bon voisinage entre les deux localités.
Mais aujourd'hui, les habitants de Bambili dénoncent ce qu'ils considèrent comme une violation de cet accord tacite. Ils affirment que les terres en question ne sont plus occupées par les ressortissants de Nkwen, mais par des membres de la communauté Nso, avec lesquels ils se disent désormais en conflit ouvert.
Cette dimension nouvelle du litige complexifie singulièrement le dossier. Il ne s'agit plus simplement d'un différend bilatéral entre Bambili et Nkwen, mais d'une situation triangulaire impliquant une troisième communauté, ce qui rend la résolution d'autant plus délicate.


Sur place, les manifestants ne cachent pas leur exaspération. Pour eux, le blocage de la route est un dernier recours, une manière de forcer les autorités à prendre enfin en compte leurs revendications après des mois, voire des années d'attente.


"Nous avons cédé nos terres pour la paix, et aujourd'hui on nous les vole en les donnant à d'autres communautés. C'est inacceptable", clament les protestataires. Ils estiment avoir atteint un point de rupture et réclament une intervention rapide des autorités administratives.

Leur message est clair : tant qu'une solution satisfaisante ne sera pas trouvée à ce différend foncier, les barricades resteront en place et la route demeurera bloquée. Une position intransigeante qui témoigne de la profondeur de leur ressentiment et de leur détermination à se faire entendre.


Les manifestants réclament une médiation officielle impliquant les autorités administratives de la région du Nord-Ouest. Ils souhaitent qu'une commission soit mise en place pour examiner l'historique de ce conflit, vérifier les termes des accords anciens, et proposer une solution équitable qui respecte les droits de chaque communauté.


Cette demande intervient dans un contexte régional déjà marqué par de nombreux conflits fonciers. Dans le Nord-Ouest, comme dans d'autres régions du Cameroun, les litiges liés à la propriété foncière constituent une source récurrente de tensions intercommunautaires, parfois aggravées par l'absence de cadastres fiables et de titres fonciers clairs.

Pour l'heure, aucune autorité administrative n'est encore intervenue publiquement sur ce dossier. Le préfet de la Mezam, dont dépend Bambili, n'a pas encore fait de déclaration, pas plus que le gouverneur de la région du Nord-Ouest.
Cette absence de réaction officielle alimente les frustrations des manifestants et laisse craindre une escalade des tensions si une médiation n'intervient pas rapidement. Dans la région du Nord-Ouest, déjà fragilisée par la crise anglophone qui a durablement affecté sa stabilité, tout conflit intercommunautaire risque de dégénérer s'il n'est pas traité avec célérité.

Au-delà de l'aspect spectaculaire du blocage routier, ce sont les conséquences économiques et sociales qui inquiètent. Les commerçants de Bamenda et de Bambili voient leurs activités brutalement interrompues. Les produits périssables risquent de pourrir faute de pouvoir être acheminés vers les marchés.
Pour les étudiants de l'Université de Bamenda, c'est toute l'année académique qui pourrait être perturbée si le blocage devait se prolonger. Les cours sont suspendus, les examens reportés, et l'incertitude plane sur la suite du calendrier universitaire.


Les familles qui ont des membres malades ou nécessitant des soins médicaux urgents à Bamenda se trouvent dans des situations dramatiques, contraintes soit de renoncer aux soins, soit d'emprunter des itinéraires hasardeux pour contourner les barricades.


Cette crise constitue un test pour la capacité des autorités camerounaises à gérer les conflits intercommunautaires de manière pacifique et équitable. La multiplication de ces litiges fonciers à travers le pays révèle la nécessité urgente d'une réforme foncière qui clarifierait les droits de propriété et préviendrait les spoliations.

Elle souligne également l'importance d'une justice foncière accessible et efficace, capable de trancher rapidement les différends avant qu'ils ne dégénèrent en affrontements communautaires. Car derrière ces conflits de terres se cachent souvent des enjeux identitaires profonds, des frustrations accumulées, et des rancœurs ancestrales qu'une simple décision administrative ne suffira pas toujours à apaiser.

Certains acteurs de la société civile de la région appellent déjà à la mise en place d'une médiation impliquant non seulement les autorités administratives, mais aussi les chefs traditionnels des trois communautés concernées (Bambili, Nkwen et Nso), ainsi que des représentants de la société civile.

Cette approche inclusive pourrait permettre de désamorcer les tensions et de trouver une solution acceptable par toutes les parties. L'histoire du Cameroun regorge d'exemples de conflits intercommunautaires qui ont pu être résolus grâce à la sagesse des chefs traditionnels et au dialogue patient entre les protagonistes.