Actualités of Thursday, 11 June 2026

Source: www.camerounweb.com

BIR : Jeune Afrique révèle la lettre explosive qui marque un tournant dans la contestation militaire camerounaise

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«On défend la nation, mais qui défend nos familles ?» Cette question — posée le 4 juin 2026 dans une lettre rédigée par des soldats et sous-officiers du Bataillon d'Intervention Rapide (BIR) basés à Wum, dans la région du Nord-Ouest — constitue selon Jeune Afrique un «tournant» dans l'histoire de la contestation militaire au Cameroun. Pas parce que les griefs sont nouveaux — ils durent depuis des années. Mais parce que, cette fois, la colère ne vise plus seulement la hiérarchie directe. Elle vise «le ministère des Finances, celui de la Défense et, au-delà, tout le gouvernement». Une rupture de loyauté institutionnelle que le pouvoir politique ne peut plus ignorer.

Jeune Afrique révèle le déclencheur immédiat de cette lettre explosive : la réforme des allocations familiales — dont l'impact sur les ménages militaires s'avère, selon les calculs des signataires, dévastateur. «Un militaire ayant dix enfants perdrait jusqu'à 54 000 FCFA par mois», révèle le journal. Pour des hommes dont le salaire de base est de 40 000 FCFA — selon un témoignage anonyme cité par Jeune Afrique —, perdre 54 000 FCFA d'allocations par mois, c'est perdre plus d'un salaire et demi. Une arithmétique de la précarité qui dit tout sur les conditions de vie réelles des soldats camerounais qui risquent leur vie quotidiennement dans les régions anglophones.
Les signataires de Wum réclament «une compensation salariale et une évaluation des répercussions réelles de la réforme sur les ménages». Leur formule finale résume le sentiment d'abandon : «Un militaire qui n'arrive plus à nourrir sa famille est un militaire démobilisé.» Une phrase qui, dans un pays où le BIR est la pierre angulaire du dispositif anti-Boko Haram et anti-séparatiste, devrait faire réfléchir n'importe quel responsable politique lucide.

Nord-Ouest, Bakassi, Ring Road, DGSN : une contestation qui vient de partout
La lettre de Wum n'est pas un incident isolé. Jeune Afrique la replace dans un continuum de témoignages documenté depuis 2021 — formant un tableau d'ensemble accablant. En mars 2021, un gendarme à Bakassi décrivait des primes de guerre arrivant «amputées, fractionnées et sans justificatif». En novembre 2024, un policier sur la Ring Road dénonçait des frais de mission promis par un bailleur international mais jamais versés. À la DGSN, un fonctionnaire affirme n'avoir «jamais perçu certaines primes auxquelles il aurait droit» depuis son affectation en 2010. En janvier 2025, à Mundemba, des gendarmes révèlent qu'il faut payer «jusqu'à 60 000 FCFA» pour obtenir une simple permission — et que toute contestation expose à une mutation vers des postes «plus isolés et plus dangereux»

Cinq ans de témoignages convergents, cinq régions différentes, cinq corps différents — un seul constat : «un système verrouillé par le clientélisme» où, selon Jeune Afrique, «pour accéder à un stage de gendarmerie, il faut monnayer» et «pour progresser en grade, il faut avoir quelqu'un de haut placé».


Jeune Afrique révèle que la contestation a failli compromettre le défilé militaire du 20 mai 2026 lui-même — le plus symbolique de l'année. Selon le journal, «il aura fallu des menaces de grève pendant les préparatifs du défilé pour que les paiements soient finalement effectués». Des soldats d'élite qui menacent de boycotter le défilé national pour obtenir leurs salaires — et qui, en parallèle, «choisissent de faire passer leurs messages par des militants sur les réseaux sociaux», dénonçant le «manque de matériel au sein de leur unité». Une rupture des voies hiérarchiques qui dit l'état de confiance entre les soldats et leur commandement.