Actualités of Sunday, 19 July 2026

Source: www.camerounweb.com

Assemblée Nationale : Les proches de Cavaye Yeguie ont 48h pour effacer les 30 ans d’histoire

'Le bureau appartient à l'institution, jamais à celui qui l'occupe' 'Le bureau appartient à l'institution, jamais à celui qui l'occupe'

Les anciens collaborateurs de Cavaye Yéguié Djibril sont sommés de libérer leurs bureaux à l'Assemblée nationale. Cette situation révèle qu'aucune fonction publique n'appartient à celui qui l'occupe et que les institutions survivent toujours à leurs dirigeants. Le pouvoir est temporaire et la véritable grandeur d'un homme d'État ne réside pas dans la durée de son règne, mais dans l'héritage qu'il laisse après son départ.

Au Cameroun, le pouvoir est une drôle de location. Tant que vous êtes assis sur le fauteuil, tout le monde vous appelle « Très Honorable », « Excellence », « Patriarche », « Baobab de la Nation ». Le jour où vous descendez de ce fauteuil, même les murs que vous occupiez depuis des décennies commencent à vous regarder comme un simple ancien locataire. La dernière illustration nous vient de l'Assemblée nationale.

Les anciens collaborateurs de Cavaye Yéguié Djibril disposent désormais de 48 heures pour libérer leurs bureaux. Une note de service signée par le directeur de cabinet du nouveau président de l'Assemblée nationale leur demande de vider les locaux afin de permettre leur réhabilitation.

À première vue, l'affaire paraît purement administrative. Des bureaux doivent être rénovés. Des occupants doivent partir. Rien d'extraordinaire. Mais derrière cette simple note se cache une immense leçon politique.

Pendant plus de trente-quatre ans, Cavaye Yéguié Djibril a incarné l'Assemblée nationale. Pour plusieurs générations de Camerounais, le Palais des Verres était presque devenu sa résidence administrative permanente. Beaucoup avaient fini par croire qu'il était né président de l'Assemblée et qu'il quitterait ce monde sans jamais quitter ce fauteuil.

La politique camerounaise nous avait habitués à une étrange confusion : confondre une fonction publique avec une propriété privée.

Or l'État ne possède pas de propriétaires. Il ne connaît que des occupants temporaires. Aujourd'hui, les bureaux changent de mains.

Hier, ces couloirs vibraient au rythme des anciens collaborateurs. Aujourd'hui, ils doivent être vidés en quarante-huit heures. Demain, d'autres équipes s'y installeront comme si rien ne s'était passé.

La République possède cette cruauté silencieuse : elle continue toujours sa route, avec ou sans ceux qui pensaient être devenus indispensables.

Le plus fascinant dans cette histoire, ce n'est pas le délai de quarante-huit heures. C'est la vitesse avec laquelle une administration efface les traces du passé. Pendant trente-quatre ans, on accumule des dossiers, des portraits, des habitudes, des réseaux, des souvenirs et des privilèges. Puis un simple courrier administratif suffit pour rappeler une vérité que le pouvoir fait souvent oublier : Le bureau appartient à l'institution, jamais à celui qui l'occupe.

Cette scène devrait faire réfléchir toute la classe dirigeante camerounaise.
Dans notre culture politique, beaucoup construisent leur carrière comme si leur poste était un héritage familial. On personnalise les administrations. On transforme les fonctions en royaumes. On finit même par croire que quitter un poste est une injustice.

Pourtant, aucune chaise administrative n'a été fabriquée avec le nom de son occupant gravé dans le bois.

Aujourd'hui, ce sont les collaborateurs de Cavaye qui emballent leurs cartons.
Demain, ce seront peut-être ceux qui les remplacent. Parce que le pouvoir est comme un marché hebdomadaire : chacun vient avec son étal, mais au coucher du soleil, tout le monde finit par démonter sa boutique.

La véritable grandeur d'un homme d'État ne se mesure donc pas au nombre d'années passées dans un bureau. Elle se mesure à ce qu'il laisse derrière lui lorsque la clé est remise au successeur.

Les murs, eux, n'ont aucune mémoire. Ils accueillent le prochain occupant avec la même indifférence. Et c'est peut-être là la plus grande leçon de la République.

Alex Kamta