Actualités Criminelles of Monday, 1 June 2026

Source: www.camerounweb.com

Assassinat de Mgr Bala : Le silence de la justice, la mémoire qui résiste

'Les eaux de la Sanaga continuent de couler sous le pont d'Ebebda' 'Les eaux de la Sanaga continuent de couler sous le pont d'Ebebda'

Neuf ans après la mort de Jean-Marie Benoît Bala, retrouvé dans la Sanaga en 2017, plusieurs Camerounais dénoncent l’absence de vérité et de justice dans cette affaire. Alors que la justice camerounaise a conclu à un suicide, la Conférence Épiscopale Nationale du Cameroun maintient la thèse de l’assassinat. Ce dossier symbolise l’impunité et le manque de transparence de la justice camerounaise. Il rappelle également d’autres assassinats de religieux restés non élucidés au Cameroun, soulignant un schéma récurrent d’enquêtes inabouties et de zones d’ombre.


NEUF ANS APRÈS L'AFFAIRE MGR BALA : LE SILENCE DE LA JUSTICE, LA MÉMOIRE QUI RÉSISTE

Ce dimanche 31 mai 2026 marque un anniversaire douloureux. Il y a neuf ans jour pour jour, le véhicule de Monseigneur Jean-Marie Benoît Bala était retrouvé abandonné sur le pont de l'Enfance à Ebebda. Sur le siège passager, un mot laconique : "Je suis dans l'eau." Deux jours plus tard, le corps de l'évêque de Bafia était repêché dans les eaux de la Sanaga. Près d'une décennie s'est écoulée. Cette affaire demeure une plaie ouverte dans la conscience collective camerounaise.

Un deuil que la justice a rendu impossible

En prononçant le non-lieu et en classant le dossier, la justice camerounaise a officiellement retenu la thèse du suicide par noyade, adossée à des expertises internationales que ni la famille, ni l'Église, ni l'opinion publique n'ont jamais acceptées. La Conférence Épiscopale Nationale du Cameroun a maintenu depuis le premier jour une position sans ambiguïté : Mgr Jean-Marie Benoît Bala a été assassiné. L'Église a dénoncé une mise en scène, pointé des traces de violence sur le corps du défunt, des éléments soigneusement écartés des versions officielles.

Ce choc entre la vérité institutionnelle et la vérité des faits produit un deuil impossible. Une famille privée de justice. Un diocèse privé de réponse. Un peuple privé de la transparence à laquelle il a droit. Neuf ans de silence de plomb n'ont pas éteint la suspicion, ils l'ont consolidée.

Une longue et sombre litanie

L'erreur serait de lire l'affaire Bala comme un fait divers isolé. Elle s'inscrit dans une continuité troublante qui fait du Cameroun un terrain particulièrement hostile aux voix prophétiques et aux hommes d'Église qui assument leur rôle de conscience sociale.

Le martyrologe camerounais est documenté et mérite d'être rappelé :
- 1988 : L'abbé Joseph Mbassi est retrouvé assassiné dans sa chambre à Yaoundé.
- 1990 : Le père Antony Fontegh est abattu à Bamenda.
- 1991 : Monseigneur Yves Plumey, archevêque émérite de Garoua, est étranglé dans sa résidence à Ngaoundéré.
- 1992 : Les sœurs de Djoum sont retrouvées assassinées dans le Sud du pays.
- 2017 : Monseigneur Jean-Marie Benoît Bala disparaît. Son corps est repêché dans la Sanaga.

À chaque fois, le même schéma se reproduit. Des enquêtes qui s'enlisent. Des pièces à conviction qui disparaissent. Des témoins qui se taisent. Une chape de plomb qui finit par s'imposer comme seule réponse de l'État. La question que ces affaires posent collectivement n'a jamais reçu de réponse sérieuse : pourquoi ces hommes et ces femmes d'Église dérangent-ils à ce point ? Que savaient-ils ? Qui protègent ces silences ?

La Sanaga parle encore

Les eaux de la Sanaga continuent de couler sous le pont d'Ebebda. Si la machine judiciaire a choisi l'amnésie administrative, l'opinion publique, elle, se souvient.

Réclamer la vérité pour Mgr Bala neuf ans après n'est pas un geste nostalgique. C'est un acte politique au sens le plus noble du terme. Tant que les responsables de ces morts circulent librement, tant que les dossiers dorment dans les archives sans qu'une main courageuse ne les rouvre, la justice camerounaise porte en elle les stigmates d'une faillite morale assumée.
Ce dimanche de recueillement, refuser l'oubli, c'est refuser que l'impunité devienne la norme.

John Lawson