« Je suis un revenant et je vengerai Martinez Zogo », mots de Paul Chouta qui le jure, il ne laissera pas en paix les auteurs de l'assassinat de son défunt confrère. Dans une nouvelle publication sur ses pages, l'homme qui a lui-même échappé à la mort il y a quelques années parce qu'il était devenu trop gênant comme l'est devenu Zogo selon ses assaillants, parle.
Je suis un miraculé. J'ai échappé, par je ne sais quelle alchimie divine, au sort tragique de Martinez Zogo que je jure sur tout ce que j'ai de plus cher de défendre.
Aujourd'hui, je devrais être enterré sous la terre froide, ou figé dans la glace d'une morgue comme mon ami et confrère. Car j'ai subi le même calvaire. Le mercredi 9 mars 2022, à Yaoundé, le même escadron de la mort m'a kidnappé, avant de me laisser pour mort sur l'autoroute Yaoundé-Nsimalen.
L'extrait vidéo de la torture de Martinez, projeté hier lors de l'audience au tribunal militaire de Yaoundé, est le miroir à peine déformé de mon propre cauchemar. À une seule différence près : je n'ai pas été mutilé, mes oreilles n'ont pas été sectionnées, et je n'ai pas subi de viol. Mais comme Martinez, mes bourreaux m'ont entièrement déshabillé avant de s'acharner sur moi.
J'ai enduré les sévices corporels les plus inhumains, les plus dégradants. J'ai été déshumanisé. C'est vrai que ça enchante certains adeptes d'une ancienne légende du football devenu feyman, lesquels adeptes commandités par cette légende, brandissent les images de ma torture comme un trophée et s'en délectent. Allez savoir pourquoi.
Mes bourreaux m'ont traîné sur un chantier désert de l'autoroute, précisément derrière l'école publique de Meyo. C'est là, dans cette obscurité complice, qu'a eu lieu mon exécution manquée. Après m'avoir roué de coups avec une violence sauvage, ils m'ont abandonné, nu, agonisant dans une mare de sang, avec la certitude que je ne passerais pas la nuit.
Dieu seul sait ce qui se serait passé sans l'arrivée soudaine de deux motos qui ont stationné non loin. C'est ce bruit, ce simple sursis, qui a empêché mes bourreaux d'aller jusqu'au bout du sacrifice. Les mots n'existent pas pour décrire une telle horreur.
Les photos de moi que vous avez vu circuler sur les réseaux sociaux ont été prises le lendemain, à un moment où je ressemblais de nouveau à "quelque chose". Mais l'état dans lequel je baignais le soir même était si insoutenable que personne n'avait la force, ni le courage, de brandir un téléphone. Les premières personnes qui ont posé les yeux sur mon corps broyé n'ont pu que fondre en larmes, convaincues que je ne survivrais pas à mes blessures.
Je veux aujourd'hui exprimer ma gratitude infinie au personnel du cabaret situé au carrefour Ahala à Yaoundé, qui m'a secouru ce mercredi noir. Merci également aux membres de ma famille qui, alertés, ont bravé la peur de l'escadron et la pénombre de la nuit pour venir m'arracher à la mort et me conduire à l'hôpital.
Je parle aujourd'hui parce que je suis vivant. Je parle pour Martinez, et pour que plus jamais l'ombre de la mort ne vienne ainsi faucher la vérité. Je parle pour la dignité humaine.
Le nom de Samuel Eto'o, à peine voilé, lorsque Paul Chouta parle de légende, interpelle. Au milieu de l'enquête qui fait parler tout le monde dans le pays et au-delà, cette précision peut faire passer le concerné à la barre, nous explique un spécialiste du droit, si la justice le juge nécessaire. Pour le moment, on n'en est pas là.









