Actualités of Thursday, 11 June 2026
Source: www.camerounweb.com
L’article de Jeune Afrique consacré à Modeste Mopa Fatoing, dans l’affaire de l’assassinat de Martinez Zogo, est jugé trop favorable et insuffisamment critique. Dans cet article, le média présente Mopa comme un haut fonctionnaire courageux ayant affronté des réseaux de corruption, tout en passant sous silence son apparition dans le dossier judiciaire relatif à l’assassinat du journaliste Martinez Zogo. Cette omission constitue une faiblesse majeure, car toute personnalité citée dans une affaire aussi sensible devrait coopérer pleinement avec la justice et faire preuve de transparence.
Il y a dans Jeune Afrique quelque chose du Sang de Martinez Zogo
Voyez-vous, non, voyons ensemble, c'est mieux, comme je le dis depuis quelques jours, je suis dans la dessoumission.
Il est des récits qui, à leur seule lecture éclaboussent plus qu'ils ne couvrent. Jeune Afrique voulait-il vraiment façonner une légende ? Laver honneur de Mopa ou alors pousser le lecteur à détourner le regard? L’article de Jeune Afrique consacré à Modeste Mopa Fatoing s’inscrit dans une certaine tradition : celle d’un journalisme qui, en voulant éclairer, finit parfois par éblouir — et donc par occulter.
Non que les faits rapportés soient faux. Ils sont simplement incomplets, orientés, et surtout dépourvus de cette profondeur critique qui permet de comprendre non seulement ce qui arrive, mais pourquoi cela arrive. C’est ici que l’esprit de Henri Bandolo, ce maître de la lecture systémique, nous invite à reprendre la plume en cinq petits points.
1. Le récit héroïque : une construction commode
Jeune Afrique présente Modeste Mopa comme un haut fonctionnaire courageux, ayant « défié la mafia fiscale ». Le procédé est classique :un héros solitaire, un ennemi tentaculaire, une menace mortelle, une fuite précipitée. Ce schéma narratif fonctionne, mais il simplifie à l’excès. Il transforme une situation politique complexe en une dramaturgie binaire. Or, la réalité camerounaise n’est jamais binaire. Elle est feuilletée, stratifiée, traversée par des loyautés, des rivalités, des réseaux et des zones d’ombre.
2. L’angle mort majeur : l’affaire Martinez Zogo
L’article de Jeune Afrique passe sous silence un élément pourtant central :
le nom de Modeste Mopa Fatoing apparaît dans le dossier judiciaire de l’assassinat du journaliste Martinez Zogo. Ce n’est pas une rumeur. Ce n’est pas une invention. C’est un fait judiciaire.
Il ne s’agit pas d’accuser, mais de constater. Et constater oblige. Dans un État où la justice peine à se frayer un chemin entre les influences, les fidélités et les peurs, toute personne citée dans un dossier aussi grave devrait, par simple éthique républicaine, se mettre en retrait, le temps que la lumière soit faite. Non par culpabilité. Mais par respect pour la vérité, par courtoisie envers la République, par exigence morale envers soi-même.
3. L’exfiltration : un détail qui n’en est pas un
Jeune Afrique évoque une « fuite » de Mopa, comme si elle relevait d’un réflexe de survie. Mais la question que l’article ne pose jamais est pourtant la plus évidente : Pourquoi un haut fonctionnaire, cité dans une affaire criminelle majeure, quitte-t-il le pays sans jamais revenir ?
Une fois de plus Henri Bandolo nous apprend à regarder ce que le récit ne dit pas. À écouter les silences. À interroger les omissions. Ici, le silence est assourdissant.
4. L’éthique comme horizon : ce que Jeune Afrique oublie
Un État ne se renforce pas par les récits héroïques.
Il se renforce par l’éthique. Un haut fonctionnaire, surtout lorsqu’il aspire à rayonner sur la scène internationale, ne peut ignorer que la transparence est la première des élégances. La courtoisie institutionnelle exige que l’on se présente devant la justice de son pays lorsque son nom apparaît dans un dossier.
La dignité personnelle exige que l’on ne se réfugie pas derrière les louanges médiatiques. La responsabilité morale exige que l’on ne laisse pas planer l’ombre d’un doute.
5. Pour un journalisme qui éclaire, pas qui enjolive
Jeune Afrique a le droit — et même le devoir — de raconter.
Mais raconter ne suffit pas.
Il faut contextualiser, problématiser, relier.
L’affaire Zogo n’est pas un décor secondaire. Elle est le cœur battant de la crise morale camerounaise. Toute analyse qui l’ignore devient, malgré elle, un exercice de diversion.
Conclusion : La vérité comme seule boussole
Il ne s’agit pas de condamner Modeste Mopa. Il s’agit de rappeler que nul ne peut prétendre incarner la probité tout en laissant derrière lui une zone d’ombre judiciaire. La République n’a pas besoin de héros. Elle a besoin d’hommes debout. D’hommes qui savent que la lumière ne se conquiert pas par la fuite, mais par la vérité. C’est cela, l’éthique.
C’est cela, la courtoisie envers la nation. C’est cela, le véritable rayonnement.
Par VINCENT SOSTHÈNE FOUDA