Actualités of Sunday, 11 January 2026

Source: www.camerounweb.com

Arrestation: un nouveau rebondissement, interpellation de Paul Biya

Paul Biya Paul Biya

Arrestations post-électorales : Edmond Kuaté plaide pour "une société apaisée"
Invité de l'émission "Droit de Réponse" sur Équinoxe TV, l'opposant Edmond Kuaté s'est exprimé sur les arrestations de manifestants de la crise post-électorale devant les tribunaux militaires. Entre critique de l'instrumentalisation de la loi antiterroriste et appel à la réconciliation nationale, l'ancien candidat à la présidentielle dessine les contours d'une société camerounaise pacifiée.


La question des manifestants de la crise post-électorale jugés par des tribunaux militaires continue de diviser l'opinion camerounaise. Interrogé par Georges Teguem dans l'émission "Droit de Réponse" sur Équinoxe TV, Edmond Kuaté a livré une analyse critique du recours à la loi antiterroriste de 2014 pour juger des civils.

Pour l'opposant camerounais, le problème ne réside pas dans l'existence de la loi elle-même, mais dans son usage : "C'est la loi de 2014, traitant du terrorisme. C'est à la faveur de cette loi justement qu'on voit plusieurs de nos concitoyens civils être traînés devant des tribunaux militaires."
Kuaté va plus loin en questionnant la philosophie même de l'application de cette législation : "Lorsqu'une loi, dans une société, a vocation à réguler et à pacifier les rapports interhumains, et qu'elle devient un instrument au service des uns pour régler les comptes des autres, ça pose problème."

Dans une formule imagée mais lourde de sens, l'opposant camerounais met en garde contre les dérives actuelles : "C'est très facile, lorsqu'on tient le bon bout du fusil, d'imposer le ton. Mais il faut se rappeler que nous sommes dans une société dynamique, et que le fusil peut changer de main, et le débat, de ton."
Un avertissement qui s'adresse directement au pouvoir en place : les pratiques d'aujourd'hui pourraient devenir les précédents de demain. "Comment allez-vous convaincre ceux d'en face, si demain ils tiennent le bon bout du fusil, de ne pas faire pareil ? De ne pas prescrire le tribunal militaire pour des délits comme le défaut de carte nationale d'identité ou un attroupement ?" interroge-t-il.

Edmond Kuaté plaide pour une rupture avec la logique du rapport de force : "Nous voulons une société où la vengeance n'est pas de mise. Une société sans esprit revanchard."

Cette position tranche avec certains discours plus radicaux dans l'opposition camerounaise. L'ancien candidat préfère insister sur la nécessité d'une sortie de crise par le haut, plutôt que par l'affrontement ou la promesse d'une revanche future.

L'opposant camerounais interpelle directement le Chef de l'État : "Si le président de la République croit en ce qu'il a dit lui-même, qu'il tend la main, qu'il veut unir, alors qu'il agisse."

Kuaté fait référence au discours présidentiel de fin d'année, dans lequel Paul Biya a évoqué à plusieurs reprises l'unité nationale. "Le mot unité nationale est revenu une trentaine de fois dans son discours. C'est parce qu'il a compris : unis, nous sommes forts. Divisés, nous sommes vulnérables", analyse l'opposant.

Ce qui frappe dans le propos d'Edmond Kuaté, c'est l'équilibre entre la critique du système actuel et l'appel à la réconciliation. Plutôt que de s'enfermer dans une posture purement contestataire, l'opposant propose une vision alternative : "Moi, pour ma part, je plaide pour une société apaisée, une société réconciliée avec elle-même."

Une approche qui pourrait séduire une partie de l'opinion camerounaise lasse des tensions politiques, mais qui pourrait aussi être perçue comme trop conciliante par les plus radicaux de l'opposition.

Pour rappel, plusieurs manifestants de la crise post-électorale au Cameroun ont été arrêtés et poursuivis devant des tribunaux militaires en vertu de la loi antiterroriste de 2014. Cette pratique a été dénoncée par plusieurs organisations de défense des droits de l'homme, qui y voient un détournement de la justice militaire à des fins politiques.

Les accusés, souvent poursuivis pour des faits d'attroupement ou de manifestation non autorisée, se retrouvent jugés pour "terrorisme", un chef d'accusation qui peut entraîner de lourdes peines de prison.

La sortie d'Edmond Kuaté intervient dans un contexte où la question de la réconciliation nationale se pose avec acuité. Entre ceux qui réclament la libération immédiate de tous les détenus politiques et ceux qui justifient les poursuites au nom de l'ordre public, le débat reste vif.
L'approche de Kuaté, qui critique le système tout en appelant à dépasser la logique de vengeance, pourrait ouvrir une troisième voie : celle d'un dialogue national sincère, avec pour préalable le respect des droits fondamentaux et l'arrêt de l'instrumentalisation de la justice.

Reste à savoir si cet appel à l'apaisement trouvera un écho auprès du pouvoir. Les précédents en la matière ne sont pas encourageants : malgré les discours sur l'unité nationale, les pratiques judiciaires n'ont guère évolué ces dernières années.

Pour autant, l'insistance du président Biya sur le thème de l'unité dans son dernier discours pourrait constituer une fenêtre d'opportunité. À condition que les actes suivent les paroles, comme le réclame Edmond Kuaté.

Au-delà des positions partisanes, la question posée par Kuaté est fondamentale : quel type de société les Camerounais veulent-ils construire ? Une société basée sur le rapport de force et la vengeance, ou une société fondée sur le dialogue et la réconciliation ?