L'arrestation de Sylyac Marie Mvogo, préfet du Wouri, à l'aéroport Roissy-Charles de Gaulle, pour détention de 130 000 euros non déclarés, dépasse le simple fait divers douanier. Elle met en lumière les tensions qui traversent l'administration territoriale camerounaise et les luttes d'influence au sein du régime, alors que le préfet était en conflit ouvert avec le gouverneur du Littoral depuis plusieurs mois.
Hier matin, les services douaniers français ont interpellé Sylyac Marie Mvogo, préfet du département du Wouri, à l'aéroport Roissy-Charles de Gaulle. Il était en possession de 130 000 euros (environ 85 millions FCFA) dissimulés dans ses bagages. Une interpellation qui le place sous le coup d'une audition pour « trafic de devises et infraction à la législation financière ».
L'affaire prend immédiatement une tournure politique. Pour un administrateur civil principal chargé d'incarner l'ordre républicain dans la métropole de Douala, la détention d'une telle somme en liquide, sans déclaration, interroge sur l'origine des fonds et leur destination.
Derrière cette arrestation se cache une guerre de tranchées entre le préfet du Wouri et son supérieur hiérarchique, le gouverneur de la région du Littoral, Samuel Dieudonné Ivaha Diboua. Dans un courrier administratif devenu viral, Sylyac Mvogo accusait publiquement le gouverneur de « manœuvres d'éviction et de connivence sur des dossiers fonciers sensibles », notamment dans la zone stratégique de Japoma-Bakoko.
Cette fracture, apparue au grand jour lors des cérémonies officielles, illustre une administration territoriale en pleine guerre d'influence. Le préfet, qui avait déjà eu des démêlés avec le chef du village Minkan en 2020 pour un « don » de kits Covid refusé, semble avoir été pris pour cible par des réseaux concurrents.
L'arrestation d'un préfet en exercice sur le sol étranger avec d'importantes sommes en liquidités soulève d'immenses questions : d'où provenaient ces fonds ? À quoi étaient-ils destinés ? Bénéficiait-il de protections diplomatiques ? L'affaire, qui touche un haut fonctionnaire en poste à Douala, le cœur économique du pays, pourrait avoir des répercussions sur les équilibres politiques au sein du régime.
Alors que les spéculations sur la succession de Paul Biya s'intensifient, cette arrestation pourrait être interprétée comme un coup porté à un réseau d'influence, ou comme le symptôme des luttes internes qui déchirent l'appareil d'État camerounais.









