« Alain Ekassi a été arrêté. Il est impliqué dans un réseau d'escroquerie ayant extorqué 170 millions de francs CFA, un réseau piloté par le vice-amiral Joseph Fouda. » C'est l'information exclusive qui nous parvient de sources concordantes. Si elle se confirme, cette arrestation change radicalement la dimension de l'affaire Fouda-Mbapou : elle ne relève plus de la simple usurpation d'identité ou de la diffamation, mais d'un mécanisme de rançonnement systémique au sommet de l'État.
Selon les informations recueillies, l'arrestation d'Alain Ekassi s'inscrit dans le cadre de ce que plusieurs sources appellent désormais « le scandale des 170 millions FCFA » impliquant le vice-amiral Joseph Fouda. Une affaire qui fait écho aux révélations explosives publiées en janvier 2025, selon lesquelles le directeur général des Douanes, Fongod Edwin Nuvaga, aurait versé 180 millions de francs CFA à un prétendu « faux contre-amiral » pour obtenir le poste de ministre des Finances.
Jean Gakam, la « grosse prise »
Les faits remontent à février 2024. Selon le récit reconstitué à partir de témoignages et d'éléments matériels, Alain Ekassi aurait dénoncé les activités illicites attribuées à Jean Gakam, banquier à Afriland First Bank. Ces informations auraient été transmises à Parfait Mbapou, son employeur, qui les aurait lui-même relayées au vice-amiral Joseph Fouda.
Voyant en Jean Gakam une cible financière de premier choix — « la capture du gros gibier » —, le vice-amiral Fouda aurait pris contact avec le lieutenant-colonel Ayissi Nanga Parfait Arnaud, alors commandant du Groupement territorial de Gendarmerie du Mfoundi. Il lui aurait affirmé avec insistance que des individus utilisaient son nom pour extorquer des citoyens, exigeant la convocation immédiate du banquier.
Après vérification, le lieutenant-colonel Ayissi Nanga découvre que Jean Gakam fait déjà l'objet d'une procédure à la Légion de Gendarmerie du Centre, sous le colonel Jean-Pierre Otoulou, également initiée par Alain Ekassi. Cette affaire antérieure avait provoqué de vives tensions internes au sujet du partage opaque de 25 à 30 millions de francs CFA, conduisant à des sanctions et à des affectations disciplinaires dans l'Extrême-Nord du colonel Ekani et du capitaine Mengouem.
La mise en place du piège
Refusant de s'engager sur de simples ordres verbaux, le lieutenant-colonel Ayissi Nanga suggère au vice-amiral Fouda de déposer une plainte formelle. Un projet de plainte est rédigé, signé par le vice-amiral, et l'adjudant-chef-major Awono est dépêché pour récupérer le document.
Face aux refus répétés de Jean Gakam de déférer aux convocations, qui invoque un séjour imminent de deux mois aux États-Unis, le vice-amiral Fouda exige son arrestation immédiate. Le lieutenant-colonel Ayissi Nanga saisit alors le procureur de la République près le Tribunal de première instance de Yaoundé, Ntyam Nkoto Florent Yves. Ce dernier déconseille la voie du mandat d'arrêt, la jugeant disproportionnée, et préconise une interdiction de sortie du territoire (IST).
L'IST est aussitôt émise. Bloqué à l'aéroport de Nsimalen alors qu'il s'apprête à s'envoler pour les États-Unis, Jean Gakam alerte son partenaire d'affaires, le lieutenant-colonel à la retraite Jean Atangana Avom, oncle de Martin Savom.
L'intervention du colonel Metogo
Le colonel Atangana Avom indique qu'il ne dispose pas d'un accès direct au vice-amiral Fouda, mais propose d'intercéder par l'intermédiaire du colonel à la retraite Metogo Gabriel, ami de longue date et frère d'armes du vice-amiral. Le 4 mars 2024, il se rend au domicile du colonel Metogo à Odza pour solliciter son entremise.
Le colonel Metogo fait comprendre qu'ils ne se voyaient pas ces derniers temps, mais qu'il pouvait envoyer un message au vice-amiral sur le numéro de téléphone direct qu'ils utilisent pour correspondre depuis plusieurs années. Ce même numéro, curieusement qualifié de « litigieux » aujourd'hui, sur lequel la magistrate instructeur MVOА Ndzie Berthe refuse de faire la lumière.
En réponse au message, le vice-amiral Fouda refuse toute rencontre physique avec le lieutenant-colonel Atangana Avom, mais exige que ses messages lui parviennent par l'entremise du colonel Metogo uniquement. Sous la pression continue des enquêteurs, Jean Gakam sollicite de nouveau l'intervention du colonel Metogo. Après avoir recontacté le vice-amiral, ce dernier autorise l'échange direct de numéros entre lui et Jean Gakam.
Le versement des 170 millions FCFA
C'est ici que le piège se referme. Selon les informations recueillies, Jean Gakam verse la somme de 170 millions de francs CFA au vice-amiral Joseph Fouda pour obtenir la levée de l'IST et le retrait de la plainte déposée contre lui, en contrepartie de sa liberté.
La somme aurait été collectée par les propres émissaires du vice-amiral au domicile du banquier. Après avoir empoché les 170 millions, le vice-amiral Fouda fait stopper les poursuites contre Jean Gakam au Groupement territorial de Gendarmerie et lève l'IST auprès du procureur Ntyam Nkoto, en dissimulant cette transaction financière à Parfait Mbapou, son propre employé qui lui avait livré l'information.
La trahison qui met le feu aux poudres
Après avoir réglé la somme, Jean Gakam se confie à Alain Ekassi. Ce dernier, constatant que le vice-amiral a perçu 170 millions de francs CFA sans rétrocéder la moindre part aux informateurs, demande des comptes à Parfait Mbapou. Découvrant qu'il a aussi été court-circuité par son propre patron, Mbapou exprime vivement son mécontentement.
Se voyant démasqué dans cet abus de confiance et cette opération d'extorsion, le vice-amiral Fouda prend les devants : il se précipite auprès du Groupement territorial de Gendarmerie du Mfoundi, alors sous le commandement du lieutenant-colonel Jean Alain Ndongo, pour porter plainte contre son seul employé, Parfait Mbapou, pour usurpation de titre.
L'implication d'Olive Ngobo
C'est à ce stade que le Dr Olive Ngobo Elok affirme avoir été impliquée à son insu. Totalement étrangère à ces transactions, elle soutient que des « acteurs ténébreux au sein des cabinets du MINDEF et du SED » qui nourrissent des rancœurs à son égard depuis 2017, en raison de son refus de se prêter à leurs compromissions, ont orchestré son arrestation et son implication dans ce scandale.
« L'objectif : gonfler artificiellement les effectifs des mis en cause et m'imputer une complicité avec de parfaits inconnus dans un réseau d'escroquerie qui usurperait l'identité du contre-amiral Joseph Fouda dont je ne fais pas partie », écrit-elle.
Les questions en suspens
Dans sa déclaration, le Dr Ngobo pose une série de questions fondamentales. Sur l'impunité de Jean Gakam : « Quelle est la nature exacte des activités de M. Jean Gakam pour qu'il cherche systématiquement à corrompre les institutions afin de préserver sa liberté ? Pourquoi recherche-t-il une protection institutionnelle de la Première Dame, du SGPR Ferdinand Ngoh Ngoh ou du vice-amiral Joseph Fouda ? »
Sur le rôle de la magistrate MVOА Ndzie Berthe : « Pourquoi cette magistrate esquive-t-elle l'incrimination du vice-amiral Fouda dans l'usurpation de ses propres titres et fonctions ? De qui reçoit-elle ses instructions pour maintenir deux ans de déni de justice, d'abus de pouvoir et d'acharnement ciblé contre ma personne ? »
Sur l'identité du « faux contre-amiral » : « Le colonel Metogo, qu'on a tenté de présenter comme un imposteur, allant jusqu'à exiger de moi un faux témoignage pour l'inculper, est-il l'auteur des messages ? Ou est-ce le vrai vice-amiral Fouda qui a perçu les 170 millions avant d'ordonner la levée de l'IST ? »
« Affaire à suivre… Rendez-vous pour l'épisode 3 »
Le Dr Ngobo conclut en promettant de rendre publiques l'intégralité des preuves. « L'identification du titulaire de ce numéro de téléphone est une exigence judiciaire élémentaire. À ceux qui tentent de nier ces faits : l'intégralité des preuves sera déposée sur la place publique », prévient-elle.
L'arrestation d'Alain Ekassi, si elle se confirme, marque un tournant dans cette affaire. Elle pourrait bien être la première fissure dans un système de rançonnement qui, selon les informations disponibles, aurait permis au vice-amiral Joseph Fouda d'extorquer des dizaines, voire des centaines de millions de francs CFA à des personnalités en échange de leur liberté.









