La rivalité entre Léon Mbia Meka et Jean Fochivé atteint son paroxysme en 1994, lorsque Mbia Meka, soupçonné d’implication dans un projet de coup d’État, est arrêté après s’être retranché à son domicile de Nkoldongo avec ses hommes. Finalement blanchi et réhabilité, il a nourri une profonde hostilité envers Fochivé, allant jusqu’à menacer de le tuer, selon des propos rapportés dans un ouvrage de Frédéric Fenkan.
L'arrestation du lieutenant-colonel Ayissi Nanga Parfait me pousse à vous raconter une arrestation qui a marqué l'histoire contemporaine du Cameroun : celle du redoutable Léon Mbia Meka
Dans les méandres opaques de l’appareil sécuritaire camerounais, peu d’affrontements furent aussi explosifs que celui qui opposa Léon Mbia Meka au redouté Jean Fochivé. Deux figures de l’ombre, deux puissances aux méthodes implacables, un duel à couteaux tirés au sommet de l’État.
Commandant du redoutable Groupement Spécial des Opérations (GSO), unité d'élite chargée des missions les plus risquées, Léon Mbia Meka n’était pas un homme que l’on croisait sans frissonner. Gueule fermée, regard dur, gestes secs : il imposait le respect et semait la crainte.
Dans les années de braise du début des années 90, ses méthodes expéditives faisaient trembler Yaoundé. C’était un homme de terrain, nerveux, efficace, brutal.
En face : Jean Fochivé, tout-puissant patron de la police camerounaise. Un stratège, manipulateur et redouté, mais que Mbia Meka méprisait ouvertement. Les deux hommes se haïssaient. Profondément. Irréconciliables. Et en 1994, leur rivalité atteint un point de non-retour.
Le 20 mai de cette année-là, des rumeurs de coup d'État secouent le pays. Au centre des soupçons : Léon Mbia Meka. Derrière cette manœuvre ? Jean Fochivé, qui voit là l'occasion rêvée d’éliminer un ennemi devenu trop encombrant. Mais Mbia Meka n’est pas du genre à se laisser piéger. Il contre-attaque, accuse Fochivé de complicité avec des feymen et des caïds de la pègre.
Lorsque la rumeur de son arrestation imminente enfle, Mbia Meka se barricade chez lui, à Nkoldongo. Ses hommes du GSO, déterminés, encadrent la maison, prêts à en découdre. Armés jusqu’aux dents, ils dressent un rempart humain autour de leur chef.
L’atmosphère est explosive. Il faudra une intervention directe de la présidence pour éviter un bain de sang. Finalement, Léon Mbia Meka est arrêté. Incarcéré. Présenté à la justice.
Mais le couperet ne tombe pas. Il est blanchi, réhabilité, et reconduit dans ses fonctions. Une humiliation pour Fochivé. Pire encore : une menace.
Depuis, Léon Mbia Meka n’a qu’une obsession : la vengeance. Et Fochivé, lui, commence à perdre le sommeil. Il le confiera plus tard dans les « révélations de Jean Fochivé » de Frédéric FENKAM :
« Depuis la libération de Mbia Meka, l’ex-commandant du GSO que j’avais fait arrêter, je suis en danger de mort […] La Reine Neh Ngamdomboue m’a appelé, inquiète. […] Mbia Meka l’a dit, et sa déclaration a fait la une des journaux : ‘Je tuerai Fochivé’. »
Le ton est donné. Mbia Meka est sanguin, imprévisible. Et même la suite de sa carrière sera ponctuée d’épisodes tendus.
Dans la nuit du 31 mars 2011, nouvel épisode : il est brusquement limogé de son poste de coordonnateur national du projet SENAC (Sécurisation de la nationalité camerounaise) par le DGSN Martin Mbargé Nguelé. En pleine nuit, il apprend la nouvelle… mais ne se démonte pas. Il retourne dans son bureau, où l’attend une dizaine d’agents du GSO, en armes.
L’ambiance est glaciale, tendue à l’extrême. L’affrontement est évité de justesse.
Devant le DGSN, Martin Mbargé Nguelé ; Léon Mbia Meka passe les clés, dignement. Mais lorsque le commandant du GSO, Martin Fossuah, exige de l’accompagner à son domicile pour récupérer d’éventuels véhicules de service, Mbia Meka explose :
« Vous n’avez rien compris ! Le DGSN voulait que vous m’accompagniez uniquement si je n’avais pas de voiture personnelle. Je ne veux voir personne chez moi. Les affaires de la police s’arrêtent ici, dans ce bureau ! »
Lisez « les révélations de Jean Fochivé »









