Martinez Zogo, Modeste Mopa Fatoing, ancien Directeur général des Impôts du Cameroun, est défendu par certains Camerounais qui contestent toute implication dans l’affaire Martinez Zogo. Ceratins affirment que les soupçons reposent essentiellement sur un simple échange téléphonique sorti de son contexte et qu’aucune preuve tangible ne l’incrimine.
De l'ENAM au FMI, en passant par l’ENA et dix années à la tête de l'administration fiscale camerounaise marquées par des performances historiques et des réformes structurantes, le parcours de Modeste Mopa Fatoing est celui d'une ascension fondée sur l'excellence. Aujourd'hui pourtant, un simple échange téléphonique ordinaire, extrait de son contexte, sert à alimenter des soupçons dans l'affaire Martinez Zogo. Retour sur le bilan d'un haut fonctionnaire dont les succès continuent de déranger bien au-delà de son départ pour Washington.
Ainsi donc, le nom de Modeste Mopa Fatoing se retrouve désormais cité dans le feuilleton judiciaire de l'affaire Martinez Zogo. Pour certains, cette simple évocation suffirait à entretenir le soupçon. Pour d'autres, elle participe surtout d'une vieille mécanique : celle qui consiste à élargir artificiellement le cercle des suspects afin de brouiller les pistes, détourner l'attention de l'opinion publique et diluer les responsabilités réelles.
Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que l'ancien Directeur général des Impôts est entraîné dans cette affaire sans qu'aucun élément tangible ne permette d'établir le moindre lien entre lui et les faits qui font l'objet de l'enquête. Déjà, lorsque l'administration fiscale qu'il dirigeait procédait au redressement de certains groupes économiques puissants, des tentatives avaient été observées pour le présenter comme un acteur d'un prétendu règlement de comptes. Aujourd'hui encore, les mêmes procédés semblent réapparaître, alimentés par les spéculations, les raccourcis et parfois une lecture orientée des événements.
Pourtant, les faits sont têtus. Ils méritent d'être rappelés avec rigueur et sans passion.
1. Circulez, il n'y a rien à voir
L'affaire Martinez Zogo mérite toute la rigueur de la justice et toute l'attention de l'opinion publique. Les Camerounais attendent que la lumière soit faite sur les circonstances de ce crime odieux, que les responsabilités soient clairement établies et que les auteurs ainsi que les commanditaires répondent de leurs actes devant la loi. Mais cette exigence de vérité ne saurait justifier les amalgames.
Il est également difficile de comprendre comment un échange ordinaire entre un prévenu et l'ancien Directeur général des Impôts pourrait être érigé en indice de culpabilité. Dans un pays où les responsables publics entretiennent naturellement des relations professionnelles, sociales, communautaires ou institutionnelles avec des milliers de citoyens, l'existence d'un contact, d'un appel téléphonique ou d'un échange de courtoisie ne saurait, à elle seule, constituer une preuve de participation à une entreprise criminelle.
S'agissant de Modeste Mopa Fatoing, nombreux sont ceux qui connaissent sa disponibilité, sa proximité avec les membres de sa communauté, son écoute à l'égard de ses collaborateurs, de ses connaissances et de tous ceux qui sollicitent son concours pour des conseils, des orientations ou des interventions relevant de ses responsabilités professionnelles ou sociales.
Pour ceux qui l'ignorent, Modeste Mopa Fatoing a toujours entretenu une forte immersion sociale dans son environnement d'origine. À Guidiguis, dans le département du Mayo-Kani où sa famille est installée depuis plusieurs décennies, il a tissé au fil des années des relations étroites, cordiales et naturelles avec les élites, les cadres, les responsables administratifs et les acteurs de la vie locale. Le lieutenant-colonel cité dans cette affaire est lui-même originaire de Soueye, un village situé à moins de vingt kilomètres de Guidiguis, où il a effectué ses études secondaires. Son épouse, originaire de Guidiguis, exerce depuis plusieurs années à la Direction générale des Impôts.
Dans ce contexte, quoi de plus normal que des personnalités issues d'un même bassin de vie, partageant des attaches familiales, sociales ou professionnelles, puissent être amenées à échanger ponctuellement sur divers sujets ? Faudrait-il désormais considérer qu'un simple contact téléphonique entre deux ressortissants d'une même localité constitue un indice de culpabilité ? Peut-on raisonnablement dresser la liste de toutes les personnes qui ont échangé avec Modeste Mopa Fatoing au cours de sa carrière administrative, de ses responsabilités publiques ou de sa vie communautaire, et en déduire pour chacune une quelconque implication dans des affaires criminelles ?
Une telle logique conduirait à des conclusions absurdes. Elle reviendrait à criminaliser les relations humaines les plus ordinaires et à faire de la sociabilité naturelle d'un responsable public un élément à charge. Or, dans un État de droit, les responsabilités pénales ne se déduisent ni de l'appartenance à une même communauté, ni de relations de connaissance, encore moins d'échanges téléphoniques dont le contenu ne révèle aucun fait répréhensible.
Vouloir extraire un échange banal de son contexte pour le transformer en élément à charge est non seulement discutable, mais également révélateur de la faiblesse d'une argumentation qui peine à s'appuyer sur des faits matériels. Il est inadmissible, voire ridicule, de vouloir faire d'une conversation ordinaire un indice de culpabilité, alors même que d'autres accusés ou prévenus voient s'accumuler contre eux des éléments autrement plus consistants.
Une telle démarche donne le sentiment que l'on cherche moins à établir la vérité qu'à élargir artificiellement le champ des responsabilités afin de diluer celles qui paraissent déjà mieux établies. Dans une affaire aussi grave que celle de Martinez Zogo, la manifestation de la vérité ne peut reposer ni sur les insinuations ni sur les interprétations extensives de faits anodins. Elle doit s'appuyer sur des preuves, des faits établis et des responsabilités clairement démontrées.
À ce jour, rien ne permet d'établir un lien objectif entre Modeste Mopa Fatoing et les faits au cœur de cette affaire. Son nom apparaît davantage comme un instrument de diversion que comme une piste sérieuse fondée sur des éléments tangibles.
La justice doit poursuivre son travail. Les faits doivent parler. Les preuves doivent prévaloir. Dès lors, il faut questionner les fondamentaux de cette affaire. La recherche de la vérité impose de revenir aux faits et à leur logique propre. Chacun sait que Martinez Zogo, à travers son émission radiophonique « Embouteillages », s'était fait connaître par ses dénonciations répétées de ce qu'il considérait comme les dérives de la société camerounaise. Quotidiennement, il interpellait des responsables publics, des opérateurs économiques, des personnalités administratives et diverses figures de la vie nationale qu'il accusait ou critiquait sur la place publique.
Dans cette perspective, une interrogation légitime mérite d'être posée : parmi les nombreuses personnalités régulièrement mises en cause ou prises à partie dans ses interventions, Modeste Mopa Fatoing figurait-il seulement au nombre de ses cibles privilégiées ? Les faits disponibles ne permettent pas de l'affirmer. Bien au contraire, rien n'indique l'existence d'un contentieux particulier, d'une confrontation publique ou d'une quelconque animosité susceptible d'établir un mobile ou même un commencement de lien avec les événements tragiques qui ont conduit à la mort de l'animateur.
La justice doit naturellement explorer toutes les pistes utiles à la manifestation de la vérité. Mais cette démarche ne saurait conduire à substituer les suppositions aux preuves ou à ériger de simples relations sociales en présomptions de culpabilité. Dans une affaire aussi grave, seules les preuves matérielles, les faits vérifiables et les responsabilités clairement établies doivent guider l'analyse.
Dès lors, une question demeure entière : pourquoi, en l'absence d'éléments tangibles, certains s'obstinent-ils à vouloir associer le nom de Modeste Mopa Fatoing à cette affaire ? Tant qu'aucun fait objectif ne viendra étayer une telle hypothèse, cette insistance apparaîtra davantage comme une tentative de diversion que comme la poursuite rigoureuse de la vérité judiciaire.
2. Une cabale persistante qui se prolonge jusqu'au FMI
La réponse se trouve peut-être dans une mécanique plus ancienne, qui ne date pas de l'affaire Martinez Zogo. La dernière évolution de cette entreprise de mise en cause est particulièrement révélatrice. Après avoir tenté d'associer Modeste Mopa Fatoing à diverses controverses nationales, certains cherchent désormais à jeter le doute sur son parcours international, notamment sur son retour au Fonds monétaire international.
L'objectif paraît évident : construire un récit dans lequel chaque étape de sa trajectoire professionnelle serait interprétée à travers le prisme de l'affaire Martinez Zogo. Pourtant, aucun élément public, aucune preuve et aucun fait vérifiable ne permettent d'étayer une telle thèse.
L'opinion publique n'est pourtant pas oublieuse. Nombreux sont ceux qui se souviennent qu'au plus fort de la lutte contre l'incivisme fiscal et les pratiques de fraude qui privaient l'État de ressources considérables, Modeste Mopa Fatoing était devenu la cible privilégiée d'intérêts puissants contrariés. Sa détermination à élargir l'assiette fiscale, à soumettre tous les contribuables aux mêmes exigences de conformité et à combattre les privilèges indus lui avait valu des attaques médiatiques d'une rare virulence.
Les Camerounais se souviennent notamment qu'une certaine chaîne de télévision bien connue lui avait consacré toute une édition de son journal parlé dans une entreprise de discrédit rarement observée à l'encontre d'un haut responsable public. Les « chiens de chasse » médiatiques mobilisés pour l'occasion n'avaient pas hésité à le présenter comme « un rat qui quitte le navire » au moment de son départ pour le FMI, laissant entendre qu'il cherchait à fuir des responsabilités imaginaires plutôt qu'à assumer une promotion obtenue au terme d'une sélection internationale exigeante.
Avec le recul, chacun peut aujourd'hui apprécier l'ironie de l'histoire. Ceux qui distribuaient alors les brevets de loyauté et de patriotisme sont parfois les mêmes dont les projets se sont effondrés faute de fondations solides ou qui errent désormais dans les réseaux sociaux à la recherche d'une influence perdue.
Cette séquence rappelle une constante : lorsqu'un responsable public entreprend de s'attaquer à des intérêts puissants, il finit souvent par devenir la cible de campagnes de dénigrement destinées à affaiblir sa crédibilité.
Pour comprendre les ressorts de cet acharnement, il convient de revenir sur le bilan qui a marqué son passage à la tête de l'administration fiscale.
3. La (re)admission au FMI : le triomphe du mérite dans un processus hautement sélectif
Contrairement à ce que certains veulent laisser croire, Modeste Mopa Fatoing n'a pas quitté le Cameroun dans des circonstances obscures. Il n'a pas davantage été exfiltré pour échapper à une quelconque procédure. Les faits sont connus. Le processus international de recrutement au poste de chef du secrétariat du TADAT (Tax Administration Diagnostic Assessment Tool) a été lancé dès septembre 2022. Plusieurs mois avant les développements qui allaient nourrir les spéculations actuelles, des candidats venus de différents pays étaient déjà engagés dans une procédure de sélection particulièrement rigoureuse. Les résultats de ce recrutement ont été publiés en décembre 2022, consacrant la sélection de Modeste Mopa Fatoing à l'issue de plusieurs étapes d'évaluation. Cette chronologie est essentielle. Elle démontre que son recrutement au FMI est le résultat d'un processus professionnel engagé bien avant les polémiques qui tentent aujourd'hui de réécrire l'histoire.
Le TADAT n'est pas une structure administrative ordinaire. Développé sous l'égide du FMI et de plusieurs partenaires internationaux, il constitue aujourd'hui l'outil de référence mondiale pour l'évaluation des administrations fiscales. Ses diagnostics servent à mesurer la performance, la transparence, l'efficacité et la gouvernance des systèmes fiscaux. Diriger son secrétariat revient à piloter un instrument stratégique au service de la modernisation des administrations fiscales à travers le monde. Les évaluations TADAT sont aujourd'hui utilisées par de nombreux gouvernements, organisations internationales et partenaires techniques pour orienter les réformes fiscales et améliorer la mobilisation des ressources publiques. La confiance accordée à Modeste Mopa Fatoing pour assumer cette responsabilité n'est donc pas anodine. Elle traduit la reconnaissance internationale d'une expertise forgée sur le terrain et validée par l'une des institutions les plus exigeantes au monde.
Son détachement a par ailleurs été officiellement approuvé par le Président de la République. Avant même son passage à la tête de la Direction générale des Impôts, il avait déjà servi au FMI comme conseiller en administration fiscale au Centre régional d'assistance technique pour l'Afrique de l'Ouest (AFRITAC Ouest). Son retour au FMI apparaît ainsi non comme une fuite, mais comme la continuité logique d'un parcours professionnel d'excellence.
4. Un bilan éloquent à la tête de l'administration fiscale camerounaise
Si le FMI lui a ouvert ses portes, c'est aussi parce que les résultats obtenus à la tête de l'administration fiscale camerounaise parlent d'eux-mêmes. Durant la décennie passée à la Direction générale des Impôts, le Cameroun a enregistré des performances inédites en matière de mobilisation des recettes fiscales.
Pour la première fois dans l'histoire des finances publiques nationales, les recettes fiscales non pétrolières ont franchi en 2022 le seuil symbolique des 2 000 milliards de FCFA. Entre 2010 et 2022, les recettes fiscales mobilisées pour le compte de l'État central ont progressé de près de 140 %, passant d'environ 992 milliards à plus de 2 300 milliards de FCFA. Ces performances reposent sur des réformes profondes et structurantes.
La digitalisation des procédures fiscales a profondément transformé la relation entre les contribuables et l'administration. L'immatriculation, la déclaration, le paiement des impôts ainsi que la délivrance des attestations fiscales s'effectuent désormais en ligne. Cette modernisation a permis de réduire le temps consacré aux obligations fiscales de plus de 600 heures à moins de 20 heures par an.
À cela s'ajoutent le développement du paiement électronique et du Mobile Money, la réorganisation des centres fiscaux spécialisés, le transfert de certaines opérations de collecte et l'élargissement progressif de l'assiette fiscale. Ces réformes ont permis de renforcer durablement les capacités financières de l'État tout en améliorant la qualité du service rendu aux contribuables. Elles ont également contribué à faire du Cameroun une référence continentale en matière de modernisation de l'administration fiscale, plusieurs pays africains s'inspirant aujourd'hui de certaines innovations mises en œuvre sous sa direction.
5. D'un parcours d'excellence à une reconnaissance internationale
Derrière le haut fonctionnaire se trouve également une trajectoire humaine singulière. Issu d'un milieu modeste, Modeste Mopa Fatoing appartient à cette génération de Camerounais qui ont construit leur réussite par le travail, la discipline et le mérite. Admis à l'École nationale d'administration et de magistrature (ENAM), l'une des institutions les plus sélectives du pays, il choisit la filière des Impôts et s'y distingue par ses performances académiques.
Son parcours est ensuite enrichi par un séjour de perfectionnement à l'École nationale d'administration (ENA) de France, institution prestigieuse qui a formé plusieurs générations de hauts responsables publics à travers le monde.
Cette double formation lui permet d'acquérir une solide expertise dans les domaines des finances publiques, de la gouvernance administrative et de la conduite des réformes.
Devenu à seulement 38 ans le plus jeune Directeur général des Impôts de l'histoire du Cameroun, il s'impose progressivement comme l'un des principaux artisans de la modernisation de l'administration fiscale nationale.
Son recrutement par le FMI apparaît ainsi comme l'aboutissement naturel d'un parcours construit étape après étape, sans raccourci, sans privilège particulier, mais avec une constance remarquable dans l'excellence.
Cette trajectoire illustre la force de l'école républicaine et rappelle que le mérite demeure l'un des plus puissants leviers de promotion sociale lorsqu'il est soutenu par le travail et la persévérance.
Au regard des faits, une conclusion s'impose. Ceux qui cherchent aujourd'hui à faire de Modeste Mopa Fatoing un personnage central de l'affaire Martinez Zogo peinent à produire le moindre élément tangible susceptible d'étayer leurs insinuations. Les preuves manquent, les raccourcis abondent et les amalgames prospèrent.
Dans une affaire aussi grave, la justice mérite mieux que des procès d'intention. Elle exige des faits, des preuves et des responsabilités clairement établies.
Pour le reste, la conclusion s'impose d'elle-même : ceux qui cherchent à faire de Modeste Mopa Fatoing un acteur central de cette affaire participent davantage à une entreprise de diversion qu'à une véritable recherche de la vérité.
Alors, circulez, il n'y a rien à voir.
Grégoire DJARMAILA









