Actualités of Wednesday, 7 January 2026

Source: www.camerounweb.com

Affaire Martinez Zogo : Les dysfonctionnements de la DGRE mis à nu lors d'une audience marathon

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Une audience de plus de 12 heures révèle les failles organisationnelles au sein de la Direction Générale de la Recherche Extérieure


L'audience du procès de l'affaire Martinez Zogo, qui s'est tenue du 5 au 6 janvier au Tribunal militaire de Yaoundé, a levé le voile sur des pratiques inhabituelles au sein de la DGRE. Pendant plus de 12 heures, le Commissaire divisionnaire Ellong James Lobe, 17ème témoin à la barre, a dévoilé une organisation où certaines opérations échappaient à tout contrôle hiérarchique.


L'une des révélations les plus surprenantes concerne l'existence d'une salle de réunion de la Direction des Opérations, isolée du bâtiment de la Direction Générale et accessible uniquement par empreinte digitale. Interrogé par l'accusé Maxime Eko Eko, ancien Directeur Général de la DGRE, le témoin a confirmé une situation pour le moins inhabituelle : "Pour avoir accès à cette salle, il faut une empreinte et la personne qui utilise son empreinte c'est Justin Danwé. Vous, Monsieur le Directeur Général, vous n'avez pas accès dans cette salle", a déclaré Ellong Lobe.
Cette révélation soulève des questions sur l'autonomie dont disposait Justin Danwé, alors Directeur des Opérations, et sur sa capacité à mener des actions en dehors de tout contrôle de sa hiérarchie.


Me Claude Assira, conseil de la défense, a mené un interrogatoire méthodique autour de quatre thématiques : la mission, la cible, l'opération et les moyens mobilisés. Le témoin a été catégorique : Martinez Zogo n'a jamais été une cible officielle de la DGRE. "Ni avant, ni après, je n'ai jamais entendu le nom Martinez Zogo. Ce rapport le concernant ne m'a jamais été soumis", a affirmé le Commissaire Ellong.


Concernant l'opération qui a conduit à l'enlèvement et à la mort du journaliste, le témoin n'a pas mâché ses mots : "À mon niveau de responsabilité, c'était une mission inconnue, c'est-à-dire inexistante." Il a précisé que seules les confidences de l'Adjudant-Chef Lamfu Johnson lui avaient appris l'existence d'une "mission top secret pour le Directeur des Opérations Justin Danwé".


Au cours de son témoignage, Ellong Lobe a souligné plusieurs anomalies dans le déroulement de cette opération. Premièrement, la composition de l'équipe : "Justin Danwé, Lenoir Bosco, Daouda, Godje Oumarou, Saiwang sont tous de l'Extrême-Nord. C'était un mauvais dosage et c'est ce que vous avez toujours refusé", a-t-il expliqué, faisant référence aux pratiques de Maxime Eko Eko visant à éviter les regroupements ethniques.

Deuxièmement, le recours à des forces extérieures : "Un Directeur des Opérations qui va se renseigner chez un Commandant de Compagnie... Pouf! C'est contraire à nos usages", s'est exclamé le témoin en référence aux contacts de Justin Danwé avec le Commandant de la Compagnie de Mfou et le Chef de Poste de Gendarmerie de la Poste Centrale.

Sur le plan logistique, le témoin a été formel : aucun moyen ne pouvait être mobilisé à la DGRE sans l'autorisation du Directeur Général. Interrogé par Maxime Eko Eko sur la possibilité qu'un Directeur des Opérations finance une mission pendant 17 jours, Ellong Lobe a répondu sans ambiguïté : "Non."
Le cas de l'argent présumé remis par Eko Eko à Justin Danwé en 2021 et utilisé en 2023 a également été soulevé. "Aussitôt la mission terminée, je vous rendais compte. Et si la mission était annulée, je remettais les fonds", a témoigné l'ancien responsable, suggérant l'anormalité d'une telle conservation de fonds.

L'évocation d'une arme de guerre russe de type VZ 59 modifiée avec un chargeur de 25 munitions a provoqué la stupéfaction du témoin. "En quinze ans que j'ai passé à la DGRE, ce qui est arrivé ne cadre pas avec les usages de service. Je n'ai jamais vu un tel montage", a-t-il déclaré, ajoutant qu'il n'avait pas cru à la réalité de l'opération jusqu'aux arrestations.

L'audience n'a pas été exempte de tensions. Un incident a éclaté en plein débat lorsque Martin Savom a touché Eko Eko en se déplaçant. "Très furieux", l'ancien Directeur Général a immédiatement interpellé le Tribunal, exigeant que Savom ne le touche plus jamais. Le Président du Tribunal a dû intervenir pour rétablir l'ordre.

Les échanges entre Justin Danwé et le témoin ont également été tendus. Ellong Lobe n'a pas hésité à répliquer vertement : "Justin Danwé, il vous manque des cases dans votre formation. Vous dormiez dans la culotte de Maxime Eko Eko."
L'audience, suspendue à 23h37, reprendra ce lundi à 12h00. Les avocats des parties civiles et de la défense continuent de tisser la toile d'une affaire qui révèle chaque jour un peu plus les zones d'ombre de l'appareil de renseignement camerounais.