Lors de l'audience du 13 juillet 2026 devant le Tribunal militaire de Yaoundé, Léopold Maxime Eko Eko a poursuivi le contre-interrogatoire de l'expert en informatique légale Jean-Pierre Oloumou dans l'affaire Martinez Zogo. L'expert a confirmé que les échanges entre Eko Eko et le colonel Justin Danwe étaient de nature strictement professionnelle et qu'aucune autre instruction compromettante n'avait été retrouvée.
L'ancien directeur général de la DGRE, Léopold Maxime Eko Eko, qui comparaît actuellement pour des faits notamment de complicité de torture, a pris la parole devant le tribunal militaire de Yaoundé le 13 juillet 2026 afin d'interroger l'expert en criminalistique numérique Jean Pierre Oloumou.
Eko Eko a tout d’abord demandé à l’expert de mettre en évidence un message transféré qu’il avait reçu le 28 janvier 2023 à 9 h 48 d’un contact identifié comme « Bukar One ». Le message l’avertissait que quelqu’un souhaitait le rencontrer, mais qu’un Prado noir, qui aurait été acheté par le DO (directeur des opérations) et repeint en noir, rôdait dans les parages
Oloumou a confirmé que le message trouvé sur le téléphone d’Eko Eko était un message transféré.
L’accusé est ensuite revenu sur les échanges WhatsApp entre lui-même et le colonel Justin Danwe. Oloumou a réaffirmé que les discussions entre les deux hommes étaient strictement professionnelles, portant principalement sur des questions administratives et de ressources humaines plutôt que sur des enquêtes criminelles. Il a également confirmé que c’était systématiquement Danwe qui prenait l’initiative des échanges.
Eko Eko a ensuite demandé s’il avait envoyé d’autres instructions à Danwe, en dehors d’un message d’acceptation concernant les modalités de transport du personnel participant à un programme de formation. Oloumou a répondu que non.
En ce qui concerne l’enquête elle-même, Eko Eko a demandé à l’expert s’il connaissait une autre entreprise au Cameroun susceptible de refuser de se conformer aux instructions d’un tribunal militaire. Oloumou a répondu qu’il n’en connaissait pas. La question faisait référence aux plaintes formulées précédemment par l’expert, selon lesquelles tous les opérateurs de télécommunications avaient refusé de coopérer à son enquête.
L’ancien chef des services de renseignement a également interpellé Oloumou sur sa théorie antérieure concernant l’existence d’un deuxième commando. L’expert a réaffirmé qu’il n’existait pas de deuxième commando.
Eko Eko a alors demandé si cette théorie constituait une conclusion scientifique ou simplement une interprétation personnelle. Oloumou a répondu qu’elle s’appuyait sur la vidéo présentée devant le tribunal.
Se référant aux déclarations que le colonel Justin Danwe aurait faites au cours de l’enquête, Eko Eko a fait valoir que Danwe avait affirmé qu’ils avaient laissé Martinez Zogo en vie et que la victime souffrait d’asthme, alors que les experts médicaux avaient conclu que Zogo était mort par strangulation. Lorsqu’on lui a demandé s’il continuait à rejeter l’existence d’un deuxième commando, Oloumou a répondu qu’il ne se prononçait pas sur la cause médicale du décès, mais uniquement sur ce qui pouvait être établi à partir des preuves vidéo.
Eko Eko a également demandé si les critiques formulées à l'encontre du rapport d'expertise avaient une incidence sur la validité des données extraites du téléphone de Martinez Zogo. Oloumou a répondu par la négative.
L'ancien chef de la DGRE a également demandé si son numéro de téléphone (celui d'Eko) avait été modifié. Oloumou a répondu par la négative, avant de réaffirmer que les deux téléphones portables de Justin Danwe avaient été sabotés, rendant impossible toute expertise judiciaire complète. Il a ajouté qu’il avait néanmoins trouvé les coordonnées de Martin Savom sur l’un des appareils.
À la question de savoir si les téléphones de Danwe auraient pu être sabotés par une personne ne disposant pas de compétences techniques, Oloumou a répondu par la négative.
L’expert a déclaré avoir reçu les téléphones de Martinez Zogo le 17 juillet 2023, ajoutant qu’il n’avait trouvé aucune preuve indiquant qu’ils avaient été modifiés.
Oloumou a également confirmé que Martinez Zogo utilisait l’identifiant « Anabus 202S » pour échanger des messages. Selon l’expert, ce compte transmettait régulièrement des informations à des responsables de la présidence, notamment à un contact identifié dans le téléphone de Zogo sous les noms « SGPR » et « DCCA ». Ces informations provenaient principalement de la veille des réseaux sociaux et des propres enquêtes de Zogo.
Enfin, M. Oloumou a confirmé que le contact « Bill Marie Jeje » avait été évoqué dans des échanges impliquant « Anabus 202S ».
Eko Eko a demandé à l’expert de confirmer que « Anabus 202S » était le pseudonyme utilisé par Martinez Zogo pour envoyer et recevoir des messages. M. Oloumou a répondu par l’affirmative.
L'accusé a ensuite demandé si le compte Anabus 202S servait régulièrement d'informateur aux responsables de la présidence. Oloumou a répondu par l'affirmative, décrivant ce compte comme une source régulière d'informations pour certains responsables de la présidence.
Eko Eko a ensuite demandé si Anabus 202S transmettait des informations à un contact identifié comme étant le SGPR. Oloumou a confirmé que c'était le cas, précisant que ce compte fournissait régulièrement au SGPR et à la DCCA des informations recueillies sur les réseaux sociaux ainsi que celles issues des propres enquêtes de Martinez Zogo.
L’interrogatoire s’est ensuite porté sur un contact identifié comme étant Bill Marie Jeje. Oloumou a confirmé que Bill Marie Jeje avait échangé des messages avec Anabus 202S, ajoutant qu’il était la dernière personne que Martinez Zogo avait vue avant les événements ayant conduit à sa mort.
Eko Eko a toutefois fait valoir que Bill Marie Jeje était un ingénieur civil lié à un ministère, ce à quoi Oloumou a répondu qu’il n’avait trouvé aucune preuve établissant un tel lien. Il a néanmoins rappelé que, le 25 novembre 2022, Bill Marie Jeje avait envoyé à Martinez Zogo un lien concernant une personne identifiée comme Flavien, et que le 14 décembre 2022, les deux hommes avaient discuté d’un dossier relatif à un ministère.
Eko Eko a ensuite interrogé l’expert sur des échanges faisant référence à ce qui était décrit comme « un coup d’État sale en préparation » au SED. Oloumou a confirmé l’existence d’un tel message.
S'adressant au président du tribunal, Eko Eko a demandé à la cour de prendre note que les conversations extraites du téléphone d'Anabus 202S contenaient des références à « un coup d'État sordide en préparation au SED », tout en reconnaissant que la signification exacte de cette expression restait inconnue.
L'accusé a en outre demandé s'il y avait eu des conversations entre Anabus 202S et le contact identifié comme « SGPR ». Oloumou a confirmé l'existence de tels échanges.
Lorsqu’on lui a demandé si ces discussions avec « SGPR » et « Épouse SGPR » faisaient référence à des détournements de fonds et à des luttes de pouvoir au sein de l’administration, l’expert a répondu par l’affirmative.
Eko Eko a ensuite demandé à Oloumou de confirmer que les échanges entre Anabus 202S, SGPR et Épouse SGPR n’avaient pas continué après le 14 janvier 2023. L’expert a confirmé cette chronologie.
À la demande d’Eko Eko, Oloumou a eu du mal à lire à haute voix l’un des échanges, notamment un message envoyé le 4 janvier 2023 à 22 h 28 entre Anabus 202S et SGPR.
L’audience a ensuite été suspendue pendant 30 minutes après que l’expert eut demandé une pause, indiquant à la cour qu’il était épuisé.
Une fois l’audience reprise après une pause de 30 minutes, l’ancien directeur général de la DGRE, Léopold Maxime Eko Eko, a poursuivi son interrogatoire de l’expert en criminalistique numérique Jean Pierre Oloumou devant le tribunal militaire de Yaoundé.
Eko Eko a demandé à l’expert de lire le message suivant issu des échanges concernant « Anabus 202S ». Oloumou a lu un message relatif au discours de fin d’année du président Paul Biya, prononcé le 31 décembre 2022, qui avait été transmis à Martinez Zogo le 4 janvier 2023 par un contact enregistré dans son téléphone sous le nom « SGPR NGOH ». Cet échange faisait référence au discours du chef de l’État sur la lutte contre le détournement de fonds.
La discussion s’est ensuite orientée vers un autre message attribué à un lanceur d’alerte, qui tirait la sonnette d’alarme au sujet d’une réunion présumée visant à bloquer des nominations en, selon le message, « salissant tout le monde ».
Eko Eko a demandé à l’expert de confirmer si ce message avait bien été envoyé à Anabus 202S dans le cadre des discussions avec « SGPR ». Oloumou a répondu par l’affirmative.
L’accusé a ensuite demandé si l’expertise judiciaire avait mis au jour d’autres messages le reliant à Martinez Zogo. Oloumou a répondu qu’aucun message de ce type n’avait été trouvé.
Concluant son intervention devant le tribunal, Eko Eko a déclaré :
« J’espère être encore en vie pour les prochaines audiences, car j’ai reçu des menaces de mort. »
Sa déclaration a marqué la fin de son interrogatoire de l’expert.
Elvis Boh









