Politique of Saturday, 29 August 2026

Source: www.camerounweb.com

Affaire MINAT vs MRC : Les limites juridiques d'une manœuvre d'asphyxie

La stratégie d’asphyxie administrative et judiciaire visant le MRC se heurterait à cinq limites juridiques majeures : la transmission de documents au MINAT n’a pas constitué une requête, la loi 90/055 invoquée est inadaptée à une convention tenue en visioconférence, le MINAT reconnaîtrait implicitement les organes actuels du MRC en leur écrivant officiellement, aucune procédure de dissolution n’aurait été engagée et, enfin, une éventuelle nomination d’un mandataire ad hoc ne suffirait pas à faire disparaître le parti.

Le 19 août 2026, le Ministre de l'Administration Territoriale adressait au MRC une lettre refusant de prendre acte de sa Convention extraordinaire du 21 décembre 2025. Le 28 août, le MRC lui répondait par une lettre de contestation ferme, datée, signée, argumentée. Entre ces deux documents se joue quelque chose qui dépasse la polémique du moment : la démonstration que la stratégie d'asphyxie du MRC se heurte, à chaque étape, à une réalité simple — les limites juridiques.

Ces limites sont au nombre de cinq. Elles méritent d'être nommées clairement.

Première limite : le MRC n'a jamais saisi le MINAT

Le MRC a transmis ses statuts et règlement intérieur au MINAT le 5 janvier 2026 — conformément à l'obligation légale prévue par la loi 90/056 sur les partis politiques. Ce n'était pas une requête. Ce n'était pas une demande d'autorisation. Ce n'était pas une demande de validation. C'était une transmission obligatoire de documents pour connaissance.

Le MINAT a répondu à cette transmission comme s'il s'agissait d'une demande d'approbation — et a refusé de l'accorder. La question posée par le MRC dans sa lettre du 28 août est sans réplique : "Comment une lettre de transmission de documents peut-elle devenir une requête ?" En répondant à une question qu'on ne lui posait pas, le MINAT a produit une non-décision habillée en décision — sans base légale solide.

Deuxième limite : la loi utilisée est inapplicable

Le MINAT fonde son refus sur l'article 3 alinéa 2 de la loi 90/055 portant régime des réunions et manifestations publiques — qui impose une déclaration préalable pour les réunions publiques. Mais le MRC, dans sa réponse, pointe une faille rédhibitoire : l'article 4 de cette même loi dispose que la déclaration est faite auprès du chef de district ou du sous-préfet "sur le territoire duquel la réunion est prévue." Pour une Convention tenue en visioconférence — quel sous-préfet territorialement compétent ? Sur quel territoire physique une réunion dématérialisée est-elle prévue ? La question est sans réponse. Et une loi inapplicable ne peut pas fonder une décision administrative valide.

Le MRC ajoute un argument supplémentaire : le MINAT a soigneusement évité de viser la loi 90/056 sur les partis politiques — la seule loi dont la violation aurait pu être juridiquement opposée au MRC. En choisissant la mauvaise loi, le MINAT a révélé qu'il n'avait pas de base légale suffisante pour sa démarche.

Troisième limite : le MINAT reconnaît le MRC comme interlocuteur légal

En adressant sa lettre du 19 août au Secrétaire Général du MRC, Christopher Ndong, le MINAT reconnaît implicitement que le MRC existe en tant qu'organisation légale, qu'il dispose d'organes opérationnels, et qu'il a un Secrétaire Général légitime à qui adresser une correspondance officielle. Cette reconnaissance implicite contredit la thèse des dissidents selon laquelle les organes issus de la Convention du 21 décembre seraient nuls et sans effets. On ne correspond pas officiellement avec des organes inexistants.

Quatrième limite : aucune procédure de dissolution n'est engagée

Si le MRC était réellement dans l'irrégularité totale que la lettre du MINAT laisse entendre — si sa Convention était nulle, ses organes caducs, sa direction illégitime — la loi 90/056 prévoit des procédures précises : suspension, dissolution, saisine du tribunal compétent. Le MINAT n'a engagé aucune de ces procédures. Il a produit une lettre de refus d'enregistrement — pas une procédure de dissolution. Ce choix dit quelque chose d'essentiel : même le MINAT ne prétend pas que le MRC n'existe plus. Il prétend seulement qu'un document n'a pas été enregistré.

Cinquième limite : le dossier Mengue ne peut pas écarter le MRC

Même dans l'hypothèse la plus favorable aux demandeurs — une décision du juge du 1er septembre nommant un mandataire ad hoc — celui-ci aurait pour unique mandat d'organiser une nouvelle convention élective. Il ne dissoudrait pas le parti. Il ne destituerait pas Kamto. Il ne validerait pas l'exclusion des organes actuels. Et pendant toute la durée de sa mission, le MRC continuerait à fonctionner, à recruter, à structurer ses listes électorales. Les voies de recours — Cour d'Appel, Cour Suprême — resteraient ouvertes et pourraient s'étendre sur des années. Le parti ne s'arrête pas. Il avance.

La stratégie d'asphyxie se heurte à une réalité simple : les limites juridiques

C'est la conclusion que ces cinq limites imposent. La lettre du MINAT a produit un effet médiatique immédiat — trois unes de presse coordonnées, des posts triomphants, des menaces de scellé du siège national. Mais cet effet médiatique ne résiste pas à l'examen juridique. Une transmission transformée en requête. Une loi inapplicable invoquée. Un interlocuteur reconnu comme légitime. Une procédure de dissolution absente. Et un dossier judiciaire qui, même en cas de décision favorable aux demandeurs, ne peut pas atteindre son objectif réel.

Nous avons lu les textes. Nous avons analysé les lettres. Nous avons examiné les arguments. Et à chaque étape, la même réalité apparaît : la stratégie d'asphyxie se heurte au droit.

Le 1er septembre, le juge dira ce que le droit dit. Pas ce que la manœuvre voulait qu'il dise.

John Lawson