Suite à sa sortie, beaucoup de Camerounais s’interrogent sur l’état apparent du caporal-chef Mfoula Evariste et sur la cohérence de son témoignage concernant plusieurs accusations graves. Des contradictions sont relevées sur ses rapports avec sa hiérarchie, l’absence d’éléments concrets permettant d’étayer certaines allégations, ainsi que des zones d’ombre autour d’une somme de 4 millions de FCFA, de ses années de collaboration professionnelle et des collègues cités.
Je voudrais commencer par préciser ma position : je m'exprime d'abord en tant que professionnelle de santé.
J'ai pris le temps de comparer certaines images anciennes du caporal-chef Mfoula Evariste avec son apparence actuelle.
-Ce qui m'interpelle d'abord, c'est son état général apparent : présentation négligée, barbe mal entretenue, expression faciale particulière et gestuelle marquée. Au cours de son intervention, on observe également ce qui peut apparaître comme une certaine agitation psychomotrice.
Sur le plan de la communication, son discours est loghorique, décousu, incohérent et donne parfois l'impression d'être difficile à suivre. Il passe d'une idée à une autre, du coq à l'âne, répond parfois indirectement aux questions qui lui sont posées et peine à fournir certains éléments objectifs.
Ces observations témoignent d'un état de détresse, de stress intense, d'épuisement ou éventuellement d'un trouble nécessitant une véritable évaluation clinique.
Et c'est précisément là que se situe, à mon sens, la première question : dans quel état psychologique se trouve aujourd'hui cet homme et quels événements ont pu conduire à cet état ?
-Une première incohérence autour de la hiérarchie militaire.
Au début de son récit, le Caporal-Chef explique que certains responsables auraient peur de parler, qu'on lui aurait demandé de ne pas revenir sur sa décision, qu'on lui aurait conseillé de quitter le Cameroun et que certaines personnes craindraient pour leur propre sécurité.
Mais plus loin, lorsqu'on l'interroge, il affirme qu'il n'a pas informé sa hiérarchie.
Il ajoute qu'il suppose que Mr Eran, comme responsable du BIR, doit certainement être au courant de son départ.
C'est ici qu'une clarification aurait été particulièrement importante.
Si la hiérarchie lui demande effectivement de partir, de ne plus parler ou de ne pas revenir sur sa décision, qui lui a donné ces instructions ? À quel moment ? Dans quelles circonstances ? Par quels moyens ?
C'est précisément ce que l'interview aurait dû permettre de clarifier.
-Beaucoup d'allégations, mais peu d'éléments concrets.
Une deuxième difficulté concerne le manque d'éléments concrets permettant de vérifier certaines accusations.
Mr Morgan Palmer revient plusieurs fois sur cette question. Il demande notamment s'il y avait déjà eu des problèmes avant la fameuse nuit ? Quels traitements inhumains auraient été observés ? Comment se déroulait la collaboration et, surtout, quels faits précis le caporal aurait personnellement vécus ?
Pourtant, malgré les nombreuses relances, le récit demeure flou.
Or, lorsqu'une personne rapporte des faits aussi graves, il est essentiel de pouvoir distinguer : ce qu'elle a personnellement vu ; ce qu'elle a personnellement vécu ; ce qu'un tiers lui a raconté ; ce qu'elle suppose ; et ce qu'elle peut éventuellement documenter.
Qui ? Quand ? Où ? Comment ? Quels témoins ? Quels éléments matériels ?
Ce sont ces détails qui permettent de passer d'une accusation générale à des faits susceptibles d'être vérifiés.
Plus loin
L'affaire des quatre millions de FCFA
Un autre élément m'interpelle particulièrement : l'histoire de la somme de 4 millions de FCFA. Le caporal-chef évoque le fait qu'on aurait dit qu'il s'était enfui avec cet argent.
Mais cette affirmation reste largement inexplorée dans l'entretien.
Pourtant, elle soulève des questions importantes : À quel moment a-t-il été accusé ? Qui l'a accusé ? Dans quelles circonstances l'argent aurait-il disparu ? Cette accusation a-t-elle fait l'objet d'une enquête ? A-t-elle eu un lien avec son départ ou avec les événements qui ont suivi ? Existe-t-il une plainte, un rapport, un témoignage ou un autre élément permettant de vérifier cette affaire ?
L'interview aurait permis de constater qu'une accusation de cette nature, mérite d'être contextualisée parce qu'elle pourrait permettre de comprendre une partie de la chronologie des événements.
Cinq années de collaboration : que s'est-il réellement passé ?
Autre question importante : le caporal-chef affirme avoir travaillé pendant plusieurs années auprès du SGPR.
Dès lors, il serait intéressant de comprendre la chronologie exacte de ses relations professionnelles pendant cette période.
Il évoque aujourd'hui des faits graves, notamment une supposée agression sexuelle survenue en Avril 2026.
La vraie question est : Que s'est-il passé entre 2021 et 2026 ? Comment étaient les relations professionnelles durant cette période ? Y avait-il déjà des tensions ? Y avait-il eu des incidents antérieurs ? Quand les premières difficultés sont-elles apparues ? Quel événement précis constitue le point de rupture ? Et surtout : quelle est la chronologie exacte des faits du 21 avril ?
Les collègues mentionnés dans le récit
Le caporal-chef fait également référence à des collègues.
Mais qui sont-ils ? Étaient-ils présents ? Ont-ils été témoins de certains événements ? Ont-ils été interrogés ? Peuvent-ils confirmer certains éléments de son récit ?
Ce sont des questions essentielles si l'objectif est réellement de rechercher la vérité. Il ne suffit pas de recueillir une version des faits. Lorsqu'il existe plusieurs personnes potentiellement présentes ou informées, il faut également rechercher les témoignages contradictoires ou corroborant.
-Sa situation familiale mérite également d'être clarifiée
Autre élément qui m'a interpellée : le caporal-chef indique ne pas savoir où se trouvent sa femme et ses enfants. Là encore, je ne tirerais aucune conclusion psychiatrique de cette seule déclaration.
Mais cette information mérite d'être précisée.
Sont-ils séparés ? La famille vit-elle dans une autre ville ou à l'étranger ? Y a-t-il une séparation conjugale ? Depuis quand ne les voit-il plus ? Existe-t-il des circonstances particulières expliquant cette situation ?
Ce sont des éléments biographiques qui pourraient aider à comprendre son contexte personnel et éventuellement son état actuel. C'est peut-être la question fondamentale. Si l'objectif de cette interview est de démontrer que le SGPR est responsable de faits graves, alors il faut justement être beaucoup plus rigoureux dans la collecte des éléments.
Il faut établir une chronologie.
Il faut identifier les personnes.
Il faut rechercher les témoins.
Il faut distinguer les faits des suppositions.
Il faut confronter les versions.
Il faut rechercher les documents disponibles.
Et surtout, il faut poser les questions difficiles. Parce qu'une enquête sérieuse ne consiste pas à construire une démonstration à partir d'une seule version. Elle consiste à rechercher ce qui est vrai, vérifiable et objectivement établi.
-Au-delà de toutes ces questions, il y a un être humain derrière ce témoignage.
Ce qui m'interpelle le plus, en tant que professionnelle de santé, c'est son état apparent au moment de cette intervention. Son comportement et son apparence peuvent donner l'impression d'une personne en grande détresse.
Et si tel est réellement le cas, la priorité devrait peut-être être de lui offrir un environnement calme, sécurisé et peu stimulant, de l'éloigner momentanément de la pression médiatique et de lui permettre de bénéficier d'une évaluation psychologique ou psychiatrique professionnelle. Parce qu'avant d'être un témoin, un accusateur ou un protagoniste dans une affaire médiatique, il reste un être humain. Lorsqu'une personne semble psychologiquement fragilisée, la première responsabilité collective devrait être de la protéger.
Protégeons l'intégrité psychologique de ce jeune caporal.
Marthe Cecile Micca









