Actualités Criminelles of Tuesday, 27 October 2026

Source: www.camerounweb.com

Adja Awa : La voix du Sahel qui dérangeait le sérail

La dignité d'une vie ne s'éteint pas avec le dernier souffle La dignité d'une vie ne s'éteint pas avec le dernier souffle

Hadja Haoua Aboubakar, également connue sous le nom d’Adja Awa et militante du RDPC, est annoncée morte à N’Djamena, au Tchad, après plus d’un an d’absence de la scène publique. Recherchée par la gendarmerie camerounaise en juillet 2025 pour des faits présumés d’appels à l’insurrection, elle a été arrêtée, détenue au Secrétariat d’État à la Défense (SED), torturée puis contrainte à l’exil.

Elle venait de l'intérieur. C'est pour cela qu'elle dérangeait.
Hadja Haoua est morte à N'Djamena, au Tchad. Plus d'un an après sa disparition de l'espace public, cette annonce referme un chapitre sans avoir répondu à la question qui l'a accompagné pendant tout ce temps : que lui est-il arrivé ?

Une militante du pouvoir qui a parlé

Hadja Haoua Aboubakar, aussi connue sous le nom d'Adja Awa, était une militante du RDPC, le parti au pouvoir. Elle ne parlait pas du dehors. Elle connaissait les cercles, les usages et les silences du régime. C'est ce qui donnait du poids à ses sorties, dans lesquelles elle prétendait lever le voile sur les coulisses du pouvoir Biya et s'en prenait à certains hauts responsables de l'administration publique.

Dans un système où la loyauté se mesure au silence, une militante qui parle devient un danger. Ses détracteurs l'ont su avant tout le monde.

L'avis de recherche

Le 23 juillet 2025, le Secrétariat d'État à la gendarmerie lance contre elle un avis de recherche. Il ordonne une interdiction de sortie du territoire et une recherche active, avec instruction de l'interpeller si elle est localisée.

Le motif officiel est « multiples appels à l'insurrection », une infraction que l'article 116 du Code pénal punit de 10 à 20 ans de prison.

Un cadre de son propre parti, l'élu Léon Theiller Onana, a alors dénoncé la réponse de l'État : des menaces de mort contre une femme politique courageuse qui disait ce que beaucoup constataient. « Aujourd'hui, c'est Hadja qui est sacrifiée », avertissait-il.

Le silence, puis les récits

Après juillet 2025, plus rien.
- Aucun communiqué,
- Aucune procédure,
- Aucune preuve de vie.

En août 2025, Calixthe Beyala relayait des rumeurs de meurtre, sans pouvoir les confirmer, et appelait les journalistes à enquêter.

En mai 2026, des médias camerounais évoquent une arrestation, une détention au Secrétariat d'État à la Défense (SED), des tortures, puis une libération et un exil forcé à N'Djamena.

Selon des sources que nous n'avons pas pu vérifier, des élites et notables de sa région d'origine auraient fait pression pour obtenir cet exil. Elle y aurait vécu recluse et traumatisée par ce qu'elle avait subi.

Le 14 septembre 2026, l'Association pour la défense des droits des opprimés (ADDO) adresse à Paul Biya une lettre ouverte qui parle de « kidnapping d'État » et demande où elle se trouve. Les autorités ne répondent pas.

Une mort qui interroge

Aujourd'hui, ses proches annoncent son décès à N'Djamena. Des sources que nous ne pouvons pas encore confirmer l'attribuent aux sévices et tortures subis au SED.

Cette cause n'est ni établie ni démentie, et seule une enquête indépendante pourrait le faire.

Un fait demeure : une femme recherchée par la gendarmerie, disparue pendant plus d'un an, signalée détenue puis exilée, est morte loin de chez elle sans que l'État ait jamais dit où elle était.

Son sort rappelle celui d'autres voix réduites au silence et à l’exil par la force. Dans les cas qui reviennent à l'esprit de ses défenseurs, ceux de Martinez Zogo ou du capitaine Guerandi Mbara, la mort s'est produite dans des circonstances qui n'ont jamais été clarifiées.

Ce que l'on doit à sa mémoire

La dignité d'une vie ne s'éteint pas avec le dernier souffle. Elle réclame la vérité, l'identification de ceux qui l'ont détenue et une enquête indépendante sur les conditions de sa détention, de son exil et de sa mort. Hadja Haoua a dit tout haut ce que d'autres taisaient. La moindre des choses est de ne pas laisser son nom s'éteindre sans réponses.

Par
Charles Armel Mbatchou