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Infos Santé of Wednesday, 14 July 2021

Source: Le Messager

Une séance de chicha équivaut à 100 bâtons de cigarettes consommés

La jeunesse camerounaise avide du chicha La jeunesse camerounaise avide du chicha

Engagée sur le front de l’adoption d’une loi nationale sur le contrôle du tabac au Cameroun, la Coalition Camerounaise contre le tabac (C3T) était face aux médias mardi 6 juillet 2021 à Yaoundé.

Dans cet entretien, Judith Chekumo, Secrétaire exécutif à la C3T parle des avancées mais surtout insiste sur les aspects essentiels d’une loi appelée de tout vœu.

On n’a pas fini avec la cigarette que la C3T est déjà engagée sur un nouveau chantier, celui de la chicha. qu’est-ce qui fait problème ?
Avec l’entrée sur le marché des produits dérivés du tabac, en particulier la cigarette électronique suivi de la chicha, les jeunes se sont dit que c’était un palliatif. Mais c’est faux ! Les jeunes se trompent lourdement. La chicha est plus nocive que la cigarette. Certains me disent : « madame, l’eau qui est dans la chicha permet de filtrer. La dangerosité n’est pas comme vous dites ». C’est le contraire ! L’eau contenue dans la chicha est un facteur de nocivité. Elle refroidit la fumée et permet une inhalation plus longue. Une séance de chicha expose le jeune sept fois plus au monoxyde de carbone que la cigarette. Il en est de même du goudron. Une séance de chicha équivaut à 100 bâtons de cigarettes consommés en teneur en goudron. Des études de l’OMS montrent que la chicha contient 27 substances cancérigènes. L’embout que les jeunes utilisent pour consommer la chicha est un facteur de transmission des maladies comme la tuberculose, les hépatites virales. La chicha est un dérivé des produits du tabac. Il est temps de l’intégrer dans le processus de contrôle du tabagisme. En dehors du sucre, aromes, acides de fruit… la chicha contient 25% du tabac.

Il a encore été question au cours de cette rencontre avec les médias de taxation. En quoi cela pourra aider dans le contrôle de cet autre produit de consommation ?

Les Etats signataires de la ConventionCadre de l’OMS pour la lutte antitabac (Cclat) qui est la bible en la matière a démontré en son article 6 que les mesures financières et fiscales pouvaient contribuer à la réduction significative du tabagisme. Et quand nous parlons de taxation, au Cameroun, on a plusieurs types de taxes : la taxe à l’importation, la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), les droits d’accise que nous ciblons. Il faut que les droits d’accise équivalent à 75% du prix du bâton de cigarette pour qu’il y ait un impact sur la réduction de la consommation. Alors que dans notre pays, on est encore à seulement 30%. C’est notre plaidoyer. Nous voulons que le Cameroun relève le taux des droits d’accise sur les produits du
tabac.

Où en êtes-vous avec le plaidoyer pour l’adoption d’une loi nationale antitabac ?
Nous pensons qu’il s’agit d’une question d’agenda politique. Mais la société civile ne va pas plus vite que la musique. Cela fait onze ans que le Cameroun a élaboré un avant projet de loi transmis aux autorités du pays et à date, nous ne savons pas ce qu’il en est. Pourtant la consommation du tabac prend de l’ampleur dans notre société. Nous déplorons chaque jour les effets néfastes de ces produits. On ne voit que la drogue dure qui a des effets psychosomatiques et sur le système nerveux. Mais le tabac est un tueur silencieux. C’est parfois à moyen ou long terme que les effets sont visibles. C’est pourquoi, il ne faut pas laisser que les métastases s’installent.


Nous voulons que ce secteur soit véritablement encadré. Il est temps pour le Cameroun de respecter ses engagements pris au niveau international à travers la ratification de la Cclaten 2006. L’une des dispositions demandent que le pays internalise le contenu à travers des lois, réglementations et mesures administratives. Certes on a la loi sur la publicité, mais elle n’est pas spécifique au tabac, on a des réglementaires qui sont parcellaires…Il est question d’une loi nationale qui intègre tous les aspects liés au contrôle du tabac. Notamment : l’interdiction de fumer dans les lieux publics, l’institution du marquage sanitaire graphique, en dépit des avancées ; l’interdiction de toute forme de publicité, de parrainage et de vente des produits du tabac aux mineurs et par ceux-ci ; la protection contre l’ingérence de l’industrie du tabac ; l’augmentation des taxes sur les produits du tabac. Il faut une loi qui prenne en compte les dispositions relative à l’information la composition des produits du tabac, etc. Il est anormal que notre pays qui a été parmi les premiers à ratifier soit parmi les derniers à avoir une loi nationale.