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Infos Santé of Friday, 30 July 2021

Source: Le jour

Nutrition: le casse-tête d’une alimentation variée dans les familles camerounaises

Pour Christelle Kounou, faire manger sa famille au quotidien n’est pas aisé Pour Christelle Kounou, faire manger sa famille au quotidien n’est pas aisé

Dans les plats les mêmes aliments au quotidien. La cherté des denrées et le manque de moyens financiers sont les facteurs qui empêchent variété et équilibre dans les paniers de la ménagère.


Odile Akam fait des va-et-vient dans le marché d’Elig Edzoa. La mère de famille demande les prix des différentes denrées alimentaires. Au bout d’un moment, elle se dirige vers une poissonnerie. Elle choisit trois poissons et les dépose sur la balance. « 4350 Fcfa », annonce le caissier. « J’ai 5000 Fcfa de ration pour deux jours. Si j’achète le poisson à ce prix, il ne me reste plus rien pour les condiments et le complément », se lamente la jeune femme. Déboussolée, elle se décide à acheter du poisson fumé pour préparer la sauce d’arachide accompagnée du riz. Pour elle, se nourrir au Cameroun est de plus en plus compliqué. « Les enfants se plaignent de ce qu’ils mangent du riz 5 ou 6 jours sur 7. Je leur réponds qu’ils en mangeront encore. Avec le prix du riz qui augmente tous les jours, il ne sera même plus à notre portée. Je ne me souviens même pas de la dernière fois que j’ai préparé du plantain, du macabo ou de la patate », regrette-t-elle. Odile déclare qu’au Cameroun, on calme la faim. La qualité importe peu. « Seuls ceux qui ont des moyens peuvent se soucier de la qualité de ce qu’ils consomment ou de manger équilibré », ironise la mère au foyer.

Pour Christelle Kounou, faire manger sa famille au quotidien n’est pas aisé. La mère de famille désire varier les menus. Faute de moyens, elle privilégie la quantité à la qualité. « Le maïs gonfle. Alors, je fais du couscous et je change de sauce. Le week-end, je prépare des légumes. Une fois par semaine, j’achète des fruits et de la salade. Avec tous ces efforts, j’essaie d’offrir une alimentation équilibrée à mes enfants et à mon époux », explique-t-elle.

« Je fais avec les moyens de bord. Je suis un débrouillard. Je ne mange pas ; je survis. Le ‘‘sauveur’’ (tapioca ndlr) est au rendez-vous. Les femmes centrafricaines sont là avec les beignets-haricot-bouilli, riz sauté », confie Patrick. Il indique que la pâtisserie occupe aussi une place de choix dans son alimentation. Du pain, il en a toujours en réserve. Il explique : « J’achète une boîte de beurre et du lait. A défaut de me rendre dans les lieux de restauration, j’ai mon repas tout prêt. La banane qui était à notre portée est hors de prix». Le jeune homme relève qu’il s’inquiète pour sa santé. « Je consomme trop de gras, une huile de mauvaise qualité que ces vendeuses utilisent. J’ai peur pour ma santé ». Clément quant à lui, dit être conscient de la mauvaise qualité de son alimentation : « je consomme beaucoup de farine. Mon ventre prend du volume. Les soucis de santé se multiplient. Tout cela résulte de ce que je mange. Je veux bien faire attention mais, mes moyens ne me le permettent pas ».

La bonne affaire des « tourne dos »

Les lieux de restauration ou tourne dos pullulent dans la ville de Yaoundé. A chaque coin, des femmes et des jeunes hommes en majorité proposent des menus variés. Une aubaine pour plusieurs. « Ces gars nous sauvent la vie. Avec 500 Fcfa, le repas de la journée est assuré. Je mange généralement un plat de spaghettis sautés », raconte Sorelle Njami. La jeune enseignante déplore la situation économique qui ne permet pas de bien se nourrir. « Je mange les pâtes presque chaque jour. Que ce soit dans les tourne dos ou à la maison. Je varie avec du riz. Le haricot, la banane malaxée, le poisson fumé meublent quelquefois ma table. La cherté des aliments et les conditions de vie nous contraignent à manger pour survivre », témoigne la jeune fille.

Aristide est un abonné des lieux de restauration. Son plat préféré est un mélange de riz, pâtes alimentaires, haricot et sauce d’arachide. Il en consomme tous les jours. « Lorsque j’ai mangé cela, je n’ai plus faim de toute la journée ». La journée mondiale de la malbouffe se célèbre le 21 juillet de chaque année. L’objectif de cette journée est de relever qu’un certain type de nourriture est néfaste pour la santé. Mal manger peut tuer. L’alimentation est la première cause de mortalité au monde. Elle peut entraîner des maladies cardiovasculaires (excès de gras), des cancers ou encore le diabète. Selon une étude publiée en 2017 dans la revue The Lancet, chaque année, 11 millions de personnes meurent d’une mauvaise alimentation.