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Infos Santé of Friday, 27 August 2021

Source: Mutations

Maladies hydriques: les populations de Yaoundé VI exposées

'Plus les jours passent, plus nous souffrons. Ces odeurs repoussent les clients' 'Plus les jours passent, plus nous souffrons. Ces odeurs repoussent les clients'

Le défaut de bacs à ordures par endroit et les problèmes d’assainissement augmentent le risque pour les riverains de contracter la schistosomiase, les helminthiases intestinales, entre autres.

Gendarmerie de Mendong à Yaoundé, ce 19 août. Aucun bac à ordures dans le coin. Un peu partout, l’on peut apercevoir des tas d’immondices. Ceux-ci se mélangent aux eaux usées qui proviennent des fosses septiques du Camp Sic. Un cocktail qui parfume en permanence ce secteur de Yaoundé VI d’odeurs pestilentielles. Autour de 9h, Pascaline Mabou s’installe derrière son comptoir pour commercialiser divers fruits.

« Plus les jours passent, plus nous souffrons. Ces odeurs repoussent les clients. Lorsqu’un client approche mon comptoir pour acheter quelques fruits, il est mal à l’aise à cause de ces eaux usées et excréments qui ruissellent et envahissent cet endroit. Certains vont jusqu’à mettre le cache-nez, à défaut de se boucheries narines avec les doigts.

Ils exigent parfois que ces fruits soient lavés devant eux avant d’être servis, ce qui nous fait un surplus de travail », déplore-t-elle. Non sans regretter les conséquences de sa position sur son bénéfice. « Je suis contrainte de vendre mes fruits à prix de rien. Une pastèque qui coûte 1900Fcfa, je la revends à 1400Fcfa, voire même 1300Fcfa, ce qui me cause d’énormes pertes », ajoute-t-elle.

Par inadvertance, il arrive par moment que certains de ces fruits tombent avant d’être aussitôt récupérés par les commerçants qui, pour certains, installent les vivres à même le sol. Même lavés, ces fruits présentent des risques pour les consommateurs qui préfèrent se ravitailler ailleurs.

« Il va de soi que si un fruit tombe et n’est pas correctement lavé par la suite avant d’être mangé, son consommateur est exposé à des maladies hydriques comme la schistosomiase et les helminthiases intestinales », avertit un médecin.

Non loin de celle-ci, se trouve un autre vendeur qui manifeste. Bien qu’habitué de ces odeurs, la situation ne le laisse pas indifférent. « Je suis déjà à quatre ans de vente du poulet à la braise et du pain. Je souffre de cette insalubrité, car mes clients s’en plaignent, mais elle semble s’éterniser. Lorsqu’il pleut, c’est un véritable calvaire que nous subissons », s’indigne Oumarou Alim, commerçant.

Au lieudit Niki Biyem-Assi, riverains et commerçants qui ne souffrent pas moins de ce problème d’assainissement qui les expose à de nombreuses maladies. « Cela fait 10 ans que je vis ici. Pendant et après la saison des pluies, les eaux des fosses refont surface et envahissent parfois l’intérieur de ma maison et celle de mes voisins. Je me sers habituellement d’une pelle bêche et d’une raclette pour nettoyer quand cela se produit.

Nous avions fait appel au maire de la commune de Yaoundé VI afin qu’il règle ce problème, jusqu’ici nous n’avons reçu aucune réponse », se désole une riveraine. La situation n’a pour ainsi dire véritablement pas changé après l’action de la ministre de l’Habitat et du Développement urbain qui, à quelques mois après son entrée au gouvernement, a déployé des engins pour une vidange ponctuelle.

Ces écoulements achèvent leur course dans un cours d’eau situé non loin de là. Une eau puisée plus bas par les riverains pour des usages multiples. Ces populations sont pour ainsi dire exposées à diverses maladies hydriques liées à la qualité de l’eau et à l’accès à l’eau potable qui, selon l’Organisation mondiale de la santé (Oms), « font jusqu’à 3,2 millions de morts par an, ce qui représente environ 6% de décès dans le monde ».

« Ce phénomène présente un grand problème de santé publique. On peut voir cela sur deux dimensions. D’une part ces excréments contiennent des microbes ou des toxines qui peuvent être des bactéries ou des parasites qui vont entraîner des maladies du péril fécal. Nous pouvons avoir le choléra qui peut être une épidémie.

D’autre part, les substances issues de ce phénomène peuvent contenir des excréments et entraîner des intoxications liées aux contacts directs ou par des intermédiaires, notamment la consommation des aliments pouvant provoquer la diarrhée. Il va falloir prendre ce cas au sérieux pour éviter une épidémie de choléra dans ce secteur», explique le Dr Justin Nah-Yemi, médecin.