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Infos Santé of Thursday, 26 August 2021

Source: Le Jour

Cameroun : au cœur de l’empire des moustiquaires douteuses

Au cœur de l’empire des moustiquaires douteuses Au cœur de l’empire des moustiquaires douteuses

Dans les rues tout comme dans les marchés, les Camerounais s’en procurent dans l'espoir d se protéger contre cette maladie.

Un vendeur de draps et de moustiquaires est interpellé avec insistance au passage au lieudit Rondpoint Nlongkak, ici à Yaoundé par une jeune demoiselle. C’était il y a deux jours. « Je suis à la recherche d’une moustiquaire. Celle qui est à la maison est déjà très amochée et percée. Les enfants l’ont déchiré à force de jouer avec, mon frère s’il te plaît vient », dit-elle au marchand. Le commerçant se rapproche aussitôt d’elle. Il en a de toutes les formes, de toutes les dimensions et de toutes les couleurs, de quoi réjouir la demoiselle qui est fan du rose. Les prix de ces moustiquaires varient entre 2500 et 6500 Fcfa. Son choix est vite fait, mais elle a de la peine à résister à l’attrait d’autres formes et couleurs de moustiquaires. Néanmoins, le commerçant qui fait montre d’une certaine honnêteté lui explique que les moustiquaires royales qui sont pourtant très décoratives pour chambre à coucher et qui ont plusieurs couleurs et formes ne sont pas imprégnées : « Celles qui sont imprégnées sont les moustiquaires de forme carrée, de couleur bleu et blanche ».

L’objectif de la demoiselle étant de se protéger des piqûres de moustiques, va se procurer une moustiquaire de forme carrée et de couleur bleu au prix de 3500 Fcfa. Comme cette jeune demoiselle, bon nombre de Camerounais sont aujourd’hui contraints à acheter une moustiquaire. La raison est que, celles qui avaient été distribuées en 2016 sont déjà vétustes et par conséquent inefficaces. Se procurer une moustiquaire est devenu d’autant plus facile qu’on en trouve dans presque tous les marchés de la ville de Yaoundé. Marie a récemment acheté une moustiquaire au marché d’Etoudi aux prix de 3000 Fcfa. Hilary, une autre jeune fille confie que son papa, assis dans un bar, a acheté deux moustiquaires pour remplacer les anciennes, il y a quatre mois au quartier « Tkc » à 5000 Fcfa. Une troisième, Michèle dit avoir acheté sa moustiquaire au marché Etoudi à 2000 Fcfa. « La demande est surtout forte chez les personnes vivant dans les zones marécageuses. Chez nous dans les bas-fonds du quartier Régie, les moustiques sont légion. Il est important pour nous de se procurer les moustiquaires », laisse entendre Anne, une ménagère. Dorette, mère de trois enfants fait savoir que son dernier fils a souffert ces derniers temps d’un paludisme sévère :

« Les médecins m’ont demandé de nous protéger (les enfants et moi) des piqûres de moustiques, en dormant sous une moustiquaire. Celle que nous avions à la maison était déjà trouée. Je n’ai pas eu d’autre choix que d’en acheter au marché ». Lorsqu’on sait que le paludisme continue de faire des ravages en Afrique Subsaharienne, il y a de quoi paniquer et se procurer des moustiquaires. Au Cameroun, le paludisme représente 29% des causes de consultations externes, a récemment précisé le secrétaire permanent du Programme national de lutte contre le paludisme (Pnlp), le Dr Dorothy Achu Fosah. Parallèlement, selon le rapport annuel de 2020 du Pnlp, dans les formations sanitaires du pays, 4121 décès de paludisme, soit 64% d’enfants de 0 à 5 ans ont été enregistrés. 2 646 139 cas de paludisme soit 32% d’enfants de 0 à 5 ans, ont été confirmés. La morbidité proportionnelle du paludisme est à 28%, soit un taux de mortalité de 16 décès de paludisme pour 100 000 habitants, la mortalité proportionnelle est de 17%.

Les décès se chiffrent à 4 510 dans les formations sanitaires, soit 12 décès par jour. Chez les enfants de moins de cinq ans, 1164 décès ont été rapportés, à raison de trois décès par jour. Chez les femmes enceintes, on a noté 89 décès soit, un décès par jour. Le taux de dépenses de santé des ménages s’élevait à 40%.

Le marché noir

Les commerçants de la rue, notamment ceux du lieudit «derrière Le Combattant », ici à Yaoundé sont très réservés en ce qui concerne leurs réseaux d’approvisionnement. Ils nous présentent des moustiquaires avec toutes les explications, mais ne nous révèlent exactement pas leurs sources d’approvisionnement. Les plus bavards nous orientent vers le marché Central. Rendus ici, le scénario est le même. Le grossiste que nous avons subtilement approché donne juste la tendance des prix. « Les moustiquaires que les commerçants vendent à 3500, voire 4000 Fcfa sont laissées au prix de gros à 2000 et 2500 Fcfa. Les prix varient selon la matière et les dimensions. Les plus durs, de moindre qualité coûtent 1500 Cfa.

La bonne matière commence à partir de 2000 Fcfa, 3500 Fcfa. Les moustiquaires royales (réputées très décoratives) sont vendues à 85OO Fcfa. Les détaillants taxent à partir de 10 000 Fcfa et plus », indique notre interlocuteur. A la question de savoir où il se ravitaille, aucune réponse. Les détaillants rencontrés dans le même marché, cachent leurs livreurs, malgré toutes les questions posées. A la moindre instance, Ils embrouillent. Sous anonymat, l’un d’entre eux finit par nous dire que son « boss » chez qu’il prend les moustiquaires se ravitaille au Nigéria. Un autre parle d’un pays d’Afrique centrale que lui-même ignore, tandis qu’un troisième avoue que ce sont les moustiquaires généralement dédiées à la distribution qu’ils vendent. La seule certitude semble être la provenance des moustiquaires royales de couleurs multiples. « Elles viennent de la Chine.

Elles sont proposées dans les groupes de vente en ligne et nous passons les commandes », affirme Isabelle, une femme qui fait le commerce en ligne. Taxées à 15 000, voir 18 000 Fcfa et même plus, ces moustiquaires attirent le plus, simplement parce qu’elles sont reluisantes, souligne Isidore, un autre commerçant. Il renchérit : « Elles sont décoratives et donne un air de romantisme et d’élégance à la chambre, de par sa forme et ses multiples couleurs comme : le rose, le bleu. C’est fait de polyester. La vérité aussi c’est que ce n’est pas imprégné. Mais les femmes qui achètent cela vont les imprégner elles-mêmes ».

Doute

Hilary confie que malgré le fait que son père ait acheté une moustiquaire, ses petits frères et elle ne sont toujours pas à l’abri des piqûres d’insectes. « L’on n’arrive pas à enfiler cette moustiquaire car elle est petite et les moustiques entrent toujours, font des ‘’bzzz’’ insupportables dans nos oreilles ou pire encore nous piquent. Pour éviter ces désagrément et passer des nuits paisibles, nous sommes obligés de pulvériser les insecticides avant le coucher», se plaint-elle. Chez Marie, c’est la même constatation. « Cette moustiquaire sentait mauvais et étouffait à la limite. Nous l’avons finalement enlevé », déclare-t-elle.