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Opinions of Tuesday, 3 December 2019

Journaliste: Douala Ngando

Voici pourquoi Paul Biya ne veut pas la dépouille de Ahidjo au Cameroun

Paul Biya refuse de faire revenir au Cameroun la dépouille de Ahmadou Ahidjo Paul Biya refuse de faire revenir au Cameroun la dépouille de Ahmadou Ahidjo

Cette analyse va lever le voile sur les véritables raisons qui motivent le président Paul Biya à ne pas ramener les dépouilles des « illustres » dirigeants Camerounais qui sont inhumés dans les différentes Capitales Africaines. Et au-delà, cela donne un éclairage sur l’amertume qui habite l’homme Biya et qui l’anime dans son acharnement sur la maltraitance coloniale des Camerounais. Une amertume qui l’habite depuis qu’il a réalisé que son rêve d’entrer au Panthéon de Paris n’était qu’une chimère, malgré l’immense service qu’il a rendu à la France, à savoir mettre la zone CEMAC sous colonie Française pendant près de 60 ans.

Ce 30 Novembre 2019 marque l´anniversaire de la mort du premier président du Cameroun, Ahmadou Ahidjo. Cela fera donc 30 ans que ce premier président du Cameroun est mort. Si l´événement est passé presque inaperçu au Cameroun en terme de commémoration, les media locaux se sont plus penchés sur le mystère qui entoure le non rapatriement du corps de ce président qui se trouve toujours à Dakar au Sénégal. Pourquoi Paul Biya abandonne la dépouille de son prédécesseur au Sénégal?

Ce mystère est alimenté par une loi des séries qui semble s´institutionnaliser au Cameroun car Félix Moumié, le célèbre combattant de l’indépendance camerounaise, surnommé le Lumumba du Cameroun, repose virtuellement dans une tombe du cimetière du quartier Camerounais de Conakry en Guinée. Rappelons que le président Moumié fut empoissonné au thallium le 3 novembre 1960 à Genève (Suisse) avant d’être inhumé au cimetière de Conakry en Guinée, suite au refus d’Ahmadou Ahidjo d’accueillir sa dépouille.Pourquoi Paul Biya abandonne la dépouille de Moumié à Conakry en Guinée ?

Toutes ces questions trouvent leur réponse dans la stratégie de justification du roi du glissement. En effet, les réseaux Français avaient susurré dans son oreille que la France pensait faire un coup d’éclat, en faisant entrer au Panthéon un Président Africain pour symboliser l’histoire tragique et passionnelle entre la France et l’Afrique. Les Camerounais peuvent se souvenir que ces réseaux avaient réussi à faire croire à un président de la république (avec tous les moyens dont il disposait pour faire une contre-expertise) qu’il était malade. Ces réseaux Français se faisaient plus précis en ajoutant que la France avait d’abord porté son choix sur le feu président Omar Bongo, avant de se raviser face aux performances extraordinaires du président Paul Biya dans sa servitude à la France.

C’est vrai que c’était alléchant quand on se souvient qu’une forte délégation française (avec deux présidents de la république Française) était présente à Libreville lors des obsèques de feu Omar Bongo, avec un cercueil porté par une escorte de jeunes Français blancs. C’est aussi vrai que cela semble minuscule comparé à la centaine de chefs d’états qui avaient assisté aux obsèques de Nelson Mandela le président Sud-Africain (l’homme au mandat unique). Mais seulement, chers compatriotes, croyez-moi, tout ça n’est pas comparable au Panthéon. La preuve, cette idée met littéralement endélire le chef de l’état Camerounais dans sa mission coloniale.

Depuis ce moment-là donc où Paul Biya se mit à rêver du panthéon, le sort des Camerounais et leur anciens dirigeants inhumés a l’extérieur étaient scellés :

Les Camerounais vont subir une spoliation et une maltraitance d’une violence qu’il faut remonter à l’époque de l’esclavage et de la colonisation pour en voir l’équivalence. Paul Biya va s’y atteler avec un acharnement qui a déjà interrogé plus d’un citoyen de cette planète, en dehors de la France bien sûr, et cela avec un détachement déconcertant de l’Africain plus colon que les colons blancs ; Paul Biya n’a jamais arboré une tenue traditionnelle Camerounaise, toute région confondue.

L’abandon des dépouilles des dirigeants Camerounais hors du Cameroun deviendra la règle et constituerait une préparation de l’opinion Camerounaise à l’entrée de leur futur ex-président au Panthéon de Paris. En effet, si cela arrivait, les Camerounais se diront : Bof ! Etre enterré à Conakry, à Dakar ou à Paris, quelle différence ?

Hélas ! depuis quelques temps, ce rêve de Paul Biya est en train de s’estomper, rattrapé par les réalités qui s’accumulent de façon exponentielle avec le temps. Le vieuxprésident se rend bien compte que non seulement il est très loin du chemin qui mène au Panthéon mais il est très loin de rivaliser avec les attentions dues au feu Président Gabonais, Omar Bongo. En effet, du vivant de celui-ci, il recevait en exclusivité la première visite de tout nouveau Français. Aujourd’hui, les présidents Français évitent Paul Biya et le Cameroun. Ils le jugent “infréquentable” et “indésirable”. Le vieux président ne peut plus compter que sur des sommets fictifs et futiles pour avoir l’autorisation de se rendre à Paris où il est en plus obligé de partager un plateau de télévision avec de parfaits inconnus dont il ne comprends pas la langue. C’est cette évidence qui a rendu cet homme très aigre et très amer vis a vis des Camerounais.

Mais il y a un adage qui dit que l’espoir fait vivre. Il n´y pas meilleure attitude dans la vie que de ne jamais perdre espoir et le vieux président y croit dur comme fer malgré tous les clignotants qui sont au rouge. Le rire aux éclats de Paul Biya à Lyon en Octobre 2019 indique que ce bon Nègre, grand serviteur de la France, bien que totalement sur les rotules, croit toujours à la promesse des Français. Ainsi, après son séjour de Lyon, il va expliquer à la communauté internationale, en mondovision, que le Cameroun est une colonie Française qui a intégré les anglophones qu’ils (lui et les Français) se réservent le droit de massacrer pour leurs intérêts. Ce génocide, sans pitié, est en plein essor. Il va remettre Bolloré dans le jeu du Port de Douala et va nommer un Français à la tête de la société d’électricité du Cameroun. Il faut aussi mentionner qu’il avait auparavant pris le soin de remplacer le puma noir qui estampillait le maillot des lions indomptables par un gallinacé extirpé de la basse-cour Française. Nos lions indomptables affichent dorénavant une allure peureuse de lion jadis féroce avec une plume à la place de la crinière.
Oh ! Panthéon, quand tu nous tiens !

Voilà quelques éléments d’éclairage qui peuvent permettre aux Camerounais, complètement déboussolés par cette gestion incompréhensible du régime de Yaoundé, de méditer sur cette folie qui a entrainé l’abandon honteux des dépouilles de nos dirigeants à l’étranger et l’effondrement de toutes les structures à tous les étages d’une nation en construction. Je pense en toute modestie que même les hommes politiques du Cameroun trouveront, dans cette perspective avortée, une explication à cette cavalcade mortifère. Je pense notamment à l’un des plus brillants d’entre eux, le président Maurice Kamto qui, face à ces agissements incompréhensibles du régime de Yaoundé, déclarait et je résume :

« Jamais, dans l’histoire de l’humanité, un seul homme n’aura pris sur lui de ruiner la vie de plusieurs générations de ses compatriotes, et uniquement pour se maintenir au pouvoir ».

Et j’ajouterais :

« … Uniquement pour servir la France ».

Est-ce que ceci peut expliquer cela ?
En tout cas, si par un coup d’étourdissement généralisé, les Français décidaient plus tard d’admettre Paul Biya au Panthéon, alors comme il faut rendre à César ce qui appartient à César, pour une fois, ce ne serait pas une usurpation. Ce serait même bien mérité car cet homme fait baver les Camerounais comme des escargots qu’il sert dans un plat en or à ces Français très friands de ces gastéropodes.