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Opinions of Sunday, 25 April 2021

Auteur: Patrice Nganang

Voici pourquoi Macron a peur du changement en Afrique

Chacun de nous sans doute est horrifié par le fait que le jeune président français, Emmanuel Macron, 40 ans, à qui on ne peut pas reprocher d’avoir une vision formatée selon la colonisation ou la Francafrique, aie si rapidement accepté la dynastie qui s’est installée au Tchad. Comparons : en 2005, à la mort abrupte de Gnassingbé Eyadema, alors ‘pilier de l’Afrique de l’Ouest’, comme on disait, Jacques Chirac, avait été tatillon.

L’organisation de la Francophonie avait alors exclu le Togo, sur le modèle de ce que le Commonwealth avait fait avec le Nigeria dix ans avant, quand Abacha s’était imposé. L’Union Européenne avait coupé ses relations économiques avec Lomé. Les sanctions étaient tombées de partout – même si au bout du compte, Faure Eyadema, après un jeu d’usure appuyé par les militaires de sa tribu, les Kabyès qui sont les Bulu de notre pays, était demeuré président. Avec la mort de Idriss Deby, ‘pilier de la guerre contre Boko Haram’, Macron en revanche a été expéditif. Il a reconnu automatiquement le fils, endossé automatiquement le coup d’État, et a été sans doute celui qui, au téléphone a mobilisé Paul Biya d’abord, et puis les autres présidents africains, dans le soutien de Kaka, le fils adoptif de Idriss Deby comme ‘de facto’ président – ‘la France prend acte.’ Celui qui l’a dit, c’est le tout jeune porte-parole de l’Élysée, 25 ans au trop, et l’Afrique francophone a ainsi entériné le principe dynastique qui déjà s’était installé au Gabon – ou, on devrait se rappeler, Sarkozy était allé l’imposer au bout de contorsions qui n’avaient pas pu taire l’opinion publique. Ce principe s’ouvrira au Cameroun dorénavant sans effort, au Congo. Il est acquis.

Pourquoi le jeune Macron accepte-t-il donc si facilement un soldat de 36 ans qui se dit ‘général’, alors que dans son propre pays cela est impossible, comme président d’un pays africain ? Alors que partout en Afrique un tel général est impossible, sauf évidemment ceux de pacotille que fabriquent les guerres civiles que l’on voit dans la brousse s’autoproclamer ? Pourquoi ce jeune porte-parole de l’Élysée accepte-t-il donc si facilement la racaille qui lui est présentée embaumée de parfum quand elle vient d’Afrique ? Pourquoi ces jeunes français sont-ils si anachroniques par rapport à l’Afrique? Pour répondre à ces questions, il faut à tout prix se rappeler le contexte africain devant lequel Emmanuel Macron et son jeune personnel de l’Élysée a grandi. L’Afrique dont il a entendu parler, c’est celle des années de braise – 1990-2000 - avec surtout comme volcan absolu, le génocide qui a eu lieu au Rwanda. C’est en quelques sortes avec l’Afrique des guerres civiles qu’il a grandi – Sierra Leone, Liberia, la RDC, le Congo-Brazzaville, l’Afrique des enfants-soldats, des têtes coupées à la machette, des viols de masse, des fosses communes, l’Afrique de l’horreur des guerres multiples telles que les décrivaient les néo-conservateurs américains. L’Afrique avec laquelle il a grandi, c’est celle des conflits sans cause autre que le diamant et l’or, parce que les idéologies avaient perdu de leur souffle d’espoir. Il a donc grandi avec l’Afrique des guerres de la ‘fin des idéologies’, des guerres sans sens, sans direction, telles que décrites par Kaplan et Fukuyama. La conséquence est que sa phrase la plus répétée, quand il vient en Afrique francophone, c’est la ‘stabilité.’ Que veut-il au Tchad ? La stabilité. Que veut-il au Cameroun ? La stabilité ! Jamais jeune homme n’a autant voulu la stabilité en Afrique que Emmanuel Macron ! Là où Obama voulait le changement partout en Afrique, il veut la stabilité! Là où Kennedy rêvait de nouvelles frontières, Macron veut la stabilité à tout prix!

L'Afrique cependant renouvelle ses générations plus rapidement que la France. Les Camerounais de son âge sont sans doute surpris de sa lecture du Cameroun, car pour toute personne de quarante ans et qui est Camerounaise et n'a connu que Biya, ce dont le Cameroun a besoin, c’est de changement. Pour tout Tchadien de quarante ans, ce dont le Tchad a besoin, c’est de changement. De même pour tout Congolais ou Togolais ou Gabonais. Pour Emmanuel Macron cependant, ce dont ces pays ont besoin, c’est de stabilité. Cette recherche de stabilité en Afrique, qui trouve son origine dans sa vision du pire – et le lieu africain qu’il avait visité lors de sa jeunesse, c’était de sa propre description, le Nigeria au moment justement de son ébullition -, le pousse politiquement à accepter le moindre mal, qui au Tchad a le visage de Kaka. Ceci est une vision conservatrice qui veut la stabilité, la prudence. Car sinon, l’État pourrait s’effondrer, croit-il. Le moindre mal c’est ce qui n’ébranle pas l’État. Devant telle recherche du moindre mal, il devient évident que la démocratie n’est pas souhaitée. Elle devient d’ailleurs dangereuse, car elle remet en cause des pouvoirs qui, entretemps ont militarisé la tribu au pouvoir - Kabyès au Togo, Zaghawa au Tchad, Bulu au Cameroun -, et sur cette base installent le fils du président défunt pour conserver leur position dominante. Mis devant cette infamie dynastique, le changement démocratique qui est bouffée d’oxygène pour tout Africain de quarante ans qui n’a connu que Biya, Deby, les Bongo ou les Eyadema, devient pour Macron plus un risque qu’une opportunité, car imaginez donc qu’un opposant prenne le pouvoir ! Cela voudrait dire que deux ans après, la tribu qui avait le pouvoir pendant ‘des décennies de stabilité’, comme les Tigreens en Éthiopie, ou les Bulu au Cameroun, essayerait par un coup d’État, ou par une rébellion armée, de revenir au pouvoir. Créant l'instabilité. Or c’est ce qui le plus fait peur à Macron, car alors, la route du pire serait encore ouverte - l'Afrique des guerres de son imagination. Macron a pris le pouvoir en 2017 sans être connu, venu de nulle part. En quatre ans son palmarès du Noso au Tchad, d'un génocide à une dynastie, nous a fait savoir qui il est, et comprendre que nous avons avec lui une génération de jeune français qui a peur du changement en Afrique comme le chat a peur de l’eau qui pourtant est bénédiction, et accepte l’infâme au nom du moindre mal. Notre bonheur c’est que les Noirs que les années de braise ont fait quitter leur pays en masse, ont entretemps acquis en France un pouvoir politique de fait qu’ils n’ont pas encore activé comme levier. Il est temps de le faire – de prendre la place de Macron. Le modèle ici est celui des diasporas sénégalaise et haïtienne – en France et aux États-Unis.

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