Vous-êtes ici: AccueilWallOpinionsArticles2020 03 21Article 500170

Opinions of Saturday, 21 March 2020

Journaliste: BORIS BERTOLT

Troublant témoignange d'un Camerounais bloqué au Kenya


Pandémie Coronavirus au Cameroun : Lisez toute l’actualité ici →

Nous sommes le samedi 21 mars 2020, il est 5 heures du matin à Nairobi au Kenya, soit 2 heureux de moins au Cameroun.

À l'orée de cette autre journée, une centaine de Camerounais environ, continue leur descente en enfer en zone internationale de l'aéroport international Jomo Kenyatta de Nairobi. Certains sont couchés à même le sol, d'autres sont couchés sur les sièges d'accueil de ce vaste aéroport. Ces camerounais qui souffrent ainsi le martyr depuis plusieurs jours ont été abandonnés là par le gouvernement camerounais, qui les a interdit de retourner chez eux au Cameroun.

Le mardi, 17 mars, la plupart de ces infortunés était en partance pour le Cameroun et était en transit dans cet aéroport lorsque la décision subite de fermer les frontières les y a surpris. La Kenya Airways s'est simplement contenté de leur dire que le gouvernement Camerounais refusait que les ressortissants camerounais qui sont encore à l'extérieur du Cameroun retournent dans leurs pays. Même ceux qui résident en permanence au Cameroun. Parce que, disent-ils, il ne faut pas qu'ils viennent propager le corona virus au Cameroun.

Encapsulé dans cet aéroport, où on ne respire que de l'air comprimé, il leur est interdit de sorti. Ainsi sans repère et sans ressources, ces camerounais se sont débrouillés à obtenir le numéro de téléphone du consul du Cameroun au Kenya. Malheureusement le consul refuse de répondre au téléphone. L'employé de la Kenya Airways qui sert d'interlocuteur entre la compagnie et les infortunés camerounais, dira à ces derniers de ne plus se gêner à appeler le consul, car dit-il, aussi bien les autorités Camerounaises que le consul et même l'ambassade du Cameroun à Adis Abeba, ont été informés et savent exactement ce qui est arrivé aux Camerounais à l'aéroport de Nairobi.

Finalement, le 19 mars, la Kenya Airways dit aux camerounais que les autorités Camerounaises avaient enfin consentis qu'ils retournent chez eux. Ils seront donc embarqués à bord d'un avion pour Douala via Bangui en RCA. Malheureusement ils n'arriveront jamais à Douala, car entre Bangui et Douala, ils seront informés que le Cameroun a à nouveau refusé que l'avion qui les transporte atterrisse à Douala. C'est ainsi qu'ils retourneront continuer leurs supplices à Nairobi.

Pour calmer la colère de ses infortunés camerounais, on les regroupe de temps en temps dans le hall de l'aéroport pour leur dire de s'enregistrer, car le départ est imminent, on leur donne même des cartes d'accès à bord, et après, plus rien. On se demande jusqu'à quand ce scénario va durer.

On se demande toujours comment le Cameroun fait-il pour abandonner ainsi une centaine de ses ressortissants dans un aéroport, sans aucune assistance ? Le Cameroun n'est pas le seul pays qui a fermé ses frontières. Plusieurs pays l'ont également fait, mais ont admis que tous les leurs qui étaient en transit dans les aéroports retournent au pays. Seul le Cameroun a fait exception et a choisi de repousser ses ressortissants en transit dans les aéroports. Ainsi à l'aéroport de Nairobi, il n'y a que les Camerounais qui sont dans cette situation.

Dans cet enfer de l'aéroport international Jomo Kenyatta de Nairobi, les conditions de vie sont plus qu'exécrables. Tout se vend à prix d'or et en dollars. 300 ml d'eau coûtent 5 dollars. Des camerounais ont bagarré pour une petite bouteille d'eau de 500 ml qui leurs a été offerte par pitié, par un agent de la Kenya Airways. Le repas le plus moins cher coûte 20 dollars. Puisque nous portons les mêmes habits depuis 5 jours, pour se changer il faut acheter des petits tricots qui se vendent à 30 dollars la pièce. Les dames pour leurs menstrues achètent des protections féminines à 40 dollars, ou alors utilisent les papiers toilettes de l'aéroport. Imaginez-vous comment font des gens qui n'étaient qu'en transit et qui n'avaient pas prévu de l'argent pour séjourner dans cet aéroport.

C'est dans cet environnement très fermé, où on ne respire que de l'air conditionné, que vivent ces exilés camerounais, sans masques, sans gants et sans aucune autre forme de protection et qui côtoient au quotidien les gens des autres nationalités qui viennent de partout dans le monde et qui transitent par cet aéroport, certains masqués et d'autres pas. Il ne sera donc pas surprenant que des camerounais qui à leur arrivée dans cet aéroport il y a cinq jours et qui ne souffraient d'aucune maladie soient contaminés par le corona virus. Ce sera la faute au gouvernement camerounais qui les a contraints à vivre en ces lieux hautement contaminé.

Certains ont sollicité les aides de leurs familles au Cameroun, mais il n'y a aucun moyen de recevoir de l'argent, car il n'y a pas de compagnie de transfert d'argent en zone internationale à l'intérieur de l'aéroport.

Ainsi commence cette nouvelle journée du samedi 21 mars 2020, qui va se poursuivre et s'achever certainement comme les autres avec son lot de stress et de colère. Espérons seulement que personne ne fasse une crise nécessitant l'intervention d'un médecin. Ce serait le comble de nos malheurs.

Vous êtes témoin d'un fait, vous avez une information, un scoop ou un sujet d'actualité à diffuser? Envoyez-nous vos infos, photos ou vidéos sur WhatsApp +237 650 531 887 ou par email ! Les meilleurs seront sélectionnés et vérifiés par la rédaction puis publiés sur le site.

Join our Newsletter