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Opinions of Thursday, 7 February 2019

Journaliste: cameroonvoice.com

Tribalisme: une catastrophe en préparation

Une fois de plus, une fois de trop, les Camerounais entrent dans une nouvelle année dans la douleur, la désolation et la souffrance, et toujours en lutte pour la démocratie.

Le Samedi 26 janvier 2019, des manifestations pacifiques, constitutionnellement légitimes et parfaitement légales, puisque déclarées conformément à la loi, qui se sont déroulées simultanémentdans plusieurs villes du pays, sont violemment réprimées par les forces de sécurité.

Des citoyens participant à ces manifestations, ne présentant aucune menace pour l'ordre public, ont été attaqués par la police qui a tiré à balles réelles, en violation même de la législation sur l'usage des armes par les forces de sécurité dans de telles conditions.

Plusieurs citoyens ont été grièvement blessés à Douala, dont Me MichèleNDOKI, M. FANKAM Gaétanet M. Célestin DJAMEN,membres du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC).La police a ensuite procédé à de nombreuses arrestations de militants et sympathisants de l'opposition. Selon Amnesty International, près de 120 personnes ont été arrêtées au cours de ces manifestations populaires.

Dans la même journée du 26 Janvier, des manifestants répondant apparemment aux mots d'ordre de groupes d'activistes de la diaspora, ont envahi et occupé pendant plusieurs heures, les locaux des Ambassades du Camerounen France, en Allemagne et en Belgique. Il en a résulté d'importants dommages matériels.

Immédiatement, et sans aucune enquête officielle, le Gouvernement, par la voie desMinistres chargés de l'Administration du Territoire et de la communication, font du MRC, organisateur de la manifestation au Cameroun,le responsable de cette situation.

C'est ainsi que le 28 janvier 2019, alors que la Nation restait sous le choc de cette violence d'Etat contre ses citoyens, les forces de l'ordre ont débarqué, sans aucun mandat, au domicile privé de M. Albert DZONGANG, ont procédé à l'arrestation de M. Maurice KAMTO, Président du MRC et candidat à l'élection présidentielle d'octobre 2018, et des dizaines de membres et soutiens de ce parti, dont MM. Christian PENDA EKOKA et Albert DZONGANG. Dans la même foulée, M. Célestin DJAMEN, blessé par balles, estsorti de force de l'hôpital par la police,en dépit des protestations du corps médical, et mis en arrestation en violation de toutes les procédures légales.

Il importe de rappeler que depuis 1990, avec le retour du multipartisme, les partis et organisations politiques de l'opposition et de la société civile indépendantes, sont systématiquement harcelés par le Gouvernement qui, malgré les dispositions légales censées permettre l'exercice des libertés fondamentales garanties par la Constitution et les conventions internationales, interdit systématiquement toute manifestation de l'opposition, y compris des réunions dans des domiciles privés.

Les événements des 26 et 28 janvier 2019, suivent de quelques jours la répression toute aussi brutale d'une manifestation légale du Social Democratic Front (SDF) tenue le 23 janvier 2019. M. Joshua OSIH, candidat à l'élection présidentielle de 2018, et Jean Michel NINTCHEU, tous deux Députés à l'Assemblée Nationale, avaient subi la violence policière.

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Tous ces évènements surviennent alors que le pays est déjà plongé dans une double crise sécuritaire avec la lutte contre la secte Boko Haram au Nord et la guerre absurde que mène l'armée nationale dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest (No-So), toutes crises exacerbées par le manque de pertinence des réponses du Gouvernement aux demandes légitimes des populations et le refus de tout dialogue pour régler la crise, comme le revendiquent les organisations de la Société civile et politique nationales.

Les événements des 26 et 28 janvier 2019 s'ajoutant à ceux qui les ont précédé, montrent clairement que :

1. Le Gouvernement de notre pays n'a aucune intention démocratique et s'affirme toujours plus comme un régime liberticide radical;

2. Les Camerounais sont privés des libertés et droits fondamentaux, quoique garantis par la Constitution et les lois de la République ;

3. Le Gouvernement de notre pays persiste dans sa volonté d'utiliser la force publique pour réprimer des manifestations pacifiques et légales, y compris au mépris de la vie des citoyens qu'il accuse ensuite de violence, trouvant ainsi le prétexte idoine pour procéder aux arrestations illégales;

4. Le Gouvernement met pratiquement le peuple camerounais en demeure soit de renoncer à l'exercice de ses libertés fondamentales, soit de subir la violence d'Etat en cherchant à les exercer;

5. Le Gouvernement, qui semble uniquement préoccupé par son maintien au pouvoir, agit avec désinvolture, dans un contexte fortement délétère, au risque que ses actes entrainent l'implosion du pays.

Au regard de ce qui précède, GENERATION-90 déclare ce qui suit :

1. Sur les arrestationsarbitraires des leaders politiques, des citoyens en plein exercice de leurs libertés fondamentales

Le Gouvernement doit sans délais et sans conditions, libérerMaurice KAMTO, Albert DZONGANG, Christian PENDA EKOKA ettoutes les personnes arrêtées lors de la répression brutale des manifestations pacifiques les 26 et 28 janvier 2019 ;

Le Gouvernement doit immédiatement reconduire dans des centres hospitaliers appropriés, les blessés sortis illégalement des hôpitaux et placés en détention au mépris de leurs conditions sanitaires, et assurer la prise en charge de leurs soins médicaux ;

Les autorités judiciaires doivent sans délai, et proprio motu, initier des enquêtes appropriées sur les brutalités policières des 23, 26 et 28 janvier derniers, ainsi que celles qui les ont précédé, afin d'identifier les responsables des exactions et leur appliquer la rigueur de la loi.

2. Sur l'exercice des libertés fondamentales

Le Gouvernement doit comprendre que le peuple Camerounais ne renoncera jamais à la pleine jouissance de ses libertés et droits fondamentaux tels qu'inscrits dans la constitution et les lois de la République ;

Le Gouvernement doit sans délai se conformer à la loi sur les manifestations publiques et assurer que la force publique se limite en pareilles circonstances à un travail d'encadrement et d'accompagnement pour garantir l'ordre public;

Toute autorité coupable d'entraves à l'exercice des libertés et droits fondamentaux doit en répondre devant la justice ;

Il est rappelé au Gouvernement que les entraves systématiques à l'exercice des libertés fondamentales par nos compatriotes et le recours systématique à la répression sauvage contre les manifestants aussi bien de l'opposition que de la Société Civile, sont une incitationdu peuple camerounais, à l'utilisation de méthodes violentes et non-démocratiques pour recouvrer la plénitude de ses droits et libertés, ce qui fait courir au pays le spectre d'une violence généralisée ;

Apporte et apportera toujours son soutien à toutes les luttes pacifiques pour les libertés, la démocratie et l'Etat de droit au Cameroun.

3. Sur les événements survenus dans lesAmbassades du Cameroun à l'étranger

Le Gouvernement doit s'abstenir de tout usage de la violence contre des manifestants pacifiques,car il est bien connu que la violence appelle la violence. Les violences policières font le lit de violences populaires. La répression barbare des manifestants du 26 Janvier à Douala est incontestablement le déclencheur des violences contre les Ambassades. La responsabilité du Gouvernement est donc engagée dans ces événements ;

Nous appelons tous les démocrates et patriotes camerounais à privilégier en toutes circonstances, le recours aux manifestations pacifiques dans l'expression de leurs opinions afin de ne donner aucun prétexte aux autorités.

4. Sur la situation politique globale du pays

Le Gouvernement en place doit sans délai ouvrir un dialogue politique constructif et inclusif sur les principales revendications de l'opposition politique, notamment sur la réforme du Code électoral, la révision de la constitution, l'élaboration d'un consensus national sur la crise dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, y compris en libérant les personnes en détention dans le cadre de la répression des acteurs de cette crise. Une telle consultation décrisperait les tensions multiples qui traversent le pays et ouvrirait la voie vers une transition politique pacifique dans notre pays.