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Opinions of Friday, 18 October 2019

Journaliste: cameroon-info.net

Tribalisme: comprendre les violents affrontements à Sangmélima

L’universitaire Claude Abe y voit plutôt l’expression d’un mal être social des jeunes de cette ville.

Une semaine après, les violentes émeutes de Sangmelima continuent d’alimenter les commentaires et prises de position. Pour le sociologue Claude Abe, il ne s’agit pas de la manifestation d’une chasse aux communautés étrangères.

«…il n'y a pas une chasse à l'allogène à Sangmélima. Soutenir le contraire c'est manquer cruellement de sens de l'observation et profondeur analytique», soutient l’enseignant à l’Université catholique d’Afrique centrale dans une réflexion publiée sur sa page Facebook le 17 octobre 2019.

L’universitaire pense qu’il s’agit juste d’une expression malheureuse d’un mal être social des jeunes de la capitale départementale du Dja-et-Lobo.

«J'y vois plutôt un très malheureux processus de recherche du bouc émissaire par des individus en quête de voie pour exprimer leur mal être et, partant, la question sociale de l'insertion socio-professionnelle des jeunes», analyse Pr Claude Abe.

Selon lui, cette situation est favorisée par le discours des hommes politiques. «J'y vois des victimes de clichés sur la haine de l'autre portée par les acteurs politiques de tous bords souffrant d'un déficit de professionnalisation dans leur engagement politique», tance l’enseignant.

Voici sa réflexion:

Comprendre les émeutes de Sangmélima loin des lieux communs

J'ai beaucoup lu ici le texte du gouverneur Abakar. Je crois que celui qui l'a sorti est un esprit simple et malsain qui devrait faire l'objet d'une rapide prise en charge en urgence psychiatrique car Mgr Joseph Atanga aurait témoigné autant de son calvaire au diocèse de Bafoussam, Mgr Wouking à Yaoundé ainsi que les évêques qui se sont succédé à Douala. Quel était le projet dans une situation trouble comme celle-là ce n'était pas de jeter de l'huile au feu en culpabilisant toute une communauté pour la discriminer en la stigmatisant à travers le recours au mécanisme bien connu de diffusion de la haine qui consiste à faire porter le chapeau des agissements des membres d'une communauté à tout l'en-groupe?

Pour le petit sociologue que je suis, il n'y a pas une chasse à l'allogène à Sangmélima. Soutenir le contraire c'est manquer cruellement de sens de l'observation et profondeur analytique. J'y vois plutôt un très malheureux processus de recherche du bouc émissaire par des individus en quête de voie pour exprimer leur mal être et, partant, la question sociale de l'insertion socio-professionnelle des jeunes.

J'y vois des victimes de clichés sur la haine de l'autre portée par les acteurs politiques de tous bords souffrant d'un déficit de professionnalisation dans leur engagement politique.

J'y vois une crise sociale qui couve et qui cherche le détonateur que lui a fourni la mort dans des conditions non-élucidées d'un jeune. J'y vois enfin un événement conjoncturel qui a conduit à la guerre des marginaux contre leurs semblables.