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Opinions of Friday, 19 July 2019

Journaliste: Kand Owaslki

Tension à Bafoussam: l'histoire risque de se répéter

Il m'importe d'entrée de jeu de faire la précision suivante: je suis pour le respect de l'autorité traditionnelle à condition qu'elle se confine à son rôle de gardien de la tradition. Une fois qu'elle se sert de son autorité pour aliéner les populations, pour servir de support à la dictature contre son propre peuple, au nom de quelques prébendes il devient un politicien criminel...et Dieu seul sait ce qu'on en fait.

Ce qui va se passer demain à Bafoussam s'apparente clairement au bégaiement de l'histoire, d'une histoire... celle du peuple bamileke dans ses rapports avec le régime colonial, puis néocolonial français. Ce qui va se passer demain est ce qui s'était déjà passé il y'a 48ans lorsque, engagé dans la lutte pour "une indépendance totale" du Cameroun, le peuple bamileke fut ciblé et catalogué par Ahidjo et la France comme étant l'ennemi de la cohésion nationale. Ce qui va se passer demain s'apparente à cette histoire que de nombreux bamileke ne maîtrisent pas. La voici :

Ernest Ouandié le troisième leader indépandiste de l'UPC, après Um Nyobe et Roland Moumié (un fils de l'Ouest, un Bamoun), est arrêté en Août 1970 à Mbanga, puis déporté à Yaoundé où il sera jugé au tribunal militaire et inculpé pour "rébellion et trahison" (Avez-vous noté tribunal militaire ? ). Il sera donc condamné à mort à la suite d'un simulacre de procès pour des faits sus-cités avant d'être exécuté à Bafoussam le 15 janvier 1970, au milieu d'une foule de bamileke qu'on fit venir de tous les départements de l'Ouest, mais encore, au millieu de jeunes élèves qu'on fit sortir de force de leurs salles de classes pour assister à la fusillade du héros auxquel ce peuple semblait s'identifier.

Pour comprendre tout le cynisme qui en découle il faut se poser cette question : Pourquoi le gouvernement d'Ahidjo avait décidé de faire exécuter Ernest Ouandié à Bafoussam alors que sa condamnation à mort avait été prononcé par le tribunal militaire de Yaoundé, ville vers laquelle il fut déporté après son arrestation ? Pourquoi son exécution ne se fit pas dans la capitale, siège des institutions néocoloniales auxquelles l'UPC avait décidé de s'attaquer ?

Réponse ?

Ce ne fut pas un hasard. La vérité est que alors que Ahidjo songe à faire exécuter Ouandié à Yaoundé il en est déconseillé par Fochivé et Sa Majesté Njimoluh Seydou, Sultan du peuple Bamoun et père de l'actuel Roi Mbombo Njoya. Sa Majesté Njimoluh Seydou propose à Ahidjo de faire exécuter Ouandié sur la terre de ses ancêtres. Le but d'un tel spectacle désolant est de créer une psychose définitive et collective dans l'esprit du peuple bamileke afin qu'à grand jamais celui-ci n'eût à nouveau le courage de manifester pour revendiquer ses droits. En outre, déporter l'assassinat de Ouandié sur sa terre visait également à entériner l'idée qu'on répandait sur la connotation tribale du combat de celui-ci pour la revendication d'un Cameroun véritablement libre. Il fallait donc tuer le bamileke au milieu des siens, invités de tous les départements à assister à leur propre mort.

Aujourd'hui, c'est par le fils de Njimoluh Seydou que Biya veut faire "assassiner" des bamileke au milieu d'autres bamileke. Et là il n'est pas inopportun de se questionner à nouveau :
Pourquoi les élites bamileke du parti en flamme qui pour la plupart résident à Yaoundé veulent-ils assister à une manifestation de "maudition" à Bafoussam contre des résistants de la diaspora dont on a coloré la lutte à une idéologie purement tribale? Pourquoi ne pas faire cette manifestation à Yaoundé devant celui dont ils lèchent le cul, et dont ils ont si longtemps lécher les bottes à en avoir la langue toute noire?

Il n'est pas non plus inopportun de rappeler que le meeting que Njoya organise demain à Bafoussam, ressemble traits pour traits aux meetings que Njimeluh, son père, organisait en compagnie de Njoya Arouna à l'époque de l'UPC pour dénoncer des prétendues "attaques tribales" contre le pouvoir néocolonial. C'est donc l'histoire qui bégaie avec en tête du peloton de nos jours Biya qui à l'époque n'était encore que l'une des mains d'Ahidjo. L'histoire bégaie pour narguer le peuple bamileke, pour l'intimider, pour l'isoler afin de mieux le "tuer", et si ce n'est physiquement, tuer en lui cette insoumission à la dictature reptilienne en poussant les plus jeunes à grandir dans la peur de se rebeller un jour contre toute violation de leurs droits.

S'il le pouvait, Biya ferait assassiner Maurice Kamto à Bafoussam après qu'il l'ait arrêté dans le littoral comme il en fut de même pour Ouandié, et après qu'il l'ait jugé devant le tribunal militaire comme Ahidjo le fit avec Ouandié, avec à la manœuvre le sultanat Bamoun qui doit expliquer aux populations de l'Ouest quel contrat sanguin le lie avec le système néocolonial.

Car il y va aujourd'hui de Maurice Kamto, du MRC, de la BAS, de certaines élites bamileke rdpc taxées de traîtres, du peuple bamileke tout entier comme il en était hier de Ouandié Ernest et bien avant lui de Roland Félix Moumié et de tous les UPCISTES Bamoun, bannis en leur temps de leurs terres par feu Sa Majesté Njimoluh. Oui, il faut qu'un jour le sultanat Bamoun explique à son peuple, au peuple de l'Ouest et au peuple camerounais en vertu de quoi il s'est acharné contre la famille Moumié ceci à des fins de sauvegarder sa soumission au pouvoir de Yaoundé quoiqu'il n'en a tiré jusqu'ici que nada.

Au demeurant, l'organisation d'une manifestation anti-bamileke par d'autres bamileke esclaves sur le sol bamileke et sous la coupole du sultanat Bamoun sonne comme une énième traîtrise de celui-ci qui, comme de nombreux chefs traditionnels bamileke d'aujourd'hui, mène le combat du diable par le diable et pour le diable. Mais ce son est aujourd'hui plus que jamais celui du glas de ladite traîtrise.

Dans la guerre des indépendances l'Ouest a eu Moumié pour les Bamoun, et Ouandié pour les bamileke. Ces deux grandes figures ont été trahies par la famille royale Bamoun de leur époque, comme aujourd'hui Njoya le fait avec l'appuie de nombreux chefs sardinads bamileke. Il est donc plus que urgent que ces deux peuples fassent un seul pour se liguer contre ces traîtres qui vendent moins chers leurs peaux pour satisfaire les caprices d'un groupe d'assassin.