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Opinions of Monday, 8 April 2019

Journaliste: Wilfried Ekanga

Si tu es courageux, viens ici au Cameroun - Wilfried Ekanga

Les Camerounais sont-ils devenus le peuple le plus veule du monde ? Assurément, au regard de leur atonie face à leurs bourreaux dont ils sont visiblement et carrément tombés amoureux, au point de vouer aux gémonies ceux qui ont le courage de se démener pour les tirer de la gueule du loup. Cette situation incroyable fait pousser de l'urticaire à l'analyste politique Wilfried Ekanga, qui n'a pas résisté à l'envie de psychanalyser ce peuple de prisonniers joyeux qui célèbrent leur couardise suicidaire et moquent le courage libérateur. Une psychanalise qu'il livre dans une chronique intitulée « Les marmites sales » pubié sur les réseaux sociaux.

Tous les jours j'entends des gens me dire : « Si tu es courageux, viens ici au Cameroun »

Vous ne vous rendez même pas compte qu'en disant cela, vous confirmez que vous vivez dans un pays voyou, où le droit est absent, où la dignité humaine a disparu et où la logique est un corps étranger. En gros, sans le vouloir, sans le savoir, vous donnez raison à tous mes textes.


Je vous ai dit que les véritables prisonniers sont les 25 millions de Camerounais hors de Kondengui. Au moins là-bas, les détenus sont conscients de leur condition. Par contre, ceux qui sont « dehors » vivent dans une prison sans murs. Chacun pense être libre, mais il sait pertinemment qu'il ne peut rien dire qui fâche Paul Biya. La seule liberté dans ce pays, c'est celle d'aimer son bourreau.

Voilà pourquoi votre mère transpire de peur lorsqu'elle vous entend dire « J'aime la politique ». Ou pire : « J'aime le MRC »

Ce pays vous a tellement transformés en monstres que vous en arrivez à souhaiter la prison à quelqu'un qui n'a commis aucun crime. Parce que mes écrits sont populaires et que mes sorties média vous piquent, vous n'avez plus qu'un souhait : que j'aille à Kondengui au même rang que les criminels, les coupeurs de tête, et les détourneurs de fonds de la République.

Ce pays où l'on tire sur des femmes devant un hôpital, où on emmène en prison des blessés par balles, où la police demande à un citoyen dont elle vient de perforer les jambes de se lever et de marcher. C'est ce pays là que vous vantez, au point de vouloir qu'on me fabrique un chef d'accusation de toutes pièces, comme dans toute dictature qui se respecte.

Vous êtes incapables de dire mon crime, mais ça vous dérange que je sois un homme libre.

Ce qui est réellement choquant, c'est que ça ne vous choque pas. Pauvre Camerounais, ton mal est si grave.