Vous-êtes ici: AccueilWallOpinionsArticles2020 09 04Article 539440

Opinions of Friday, 4 September 2020

Journaliste: Wilfried Ekanga

'Si Paul Biya vous demande de violer votre mère , faites-le sans discuter'

Dans un texte intitulé 'Celui qui n'entend pas ne verra pas
LA SURDITÉ POLITIQUE - Acte 1', Wilfried Ekanga adresse un message aux Biyayistes. L'homme toujours fidèle à son style et à ses convictions vient en effet de donner un coup de fouet aux partisans du parti Etat.


Lisez plutôt.


La lecture, c'est comme un couteau de cuisine. Ce que le couteau fait pour vous dépend de ce que vous voulez qu'il fasse pour vous. Ainsi, la lecture peut vous enseigner les grandes vertus de la vie et faire de vous quelqu'un d'exemplaire, ou elle peut au contraire vous transformer en monstre de Frankenstein, totalement détestable. Tout dépend de l'usage que vous faites de ce que vous avez lu.

Prenons l'exemple de Paul Biya. Il a lu un texte du pédagogue suisse Jean-Jacques Rousseau, tiré de son célèbre livre < Du contrat social > paru en 1762, qui disait : " le plus fort n'est jamais assez fort pour être toujours le maître, s'il ne transforme sa force en droit et l'obéissance en devoir". Et ce que lui, a compris , c'est que pour rester à la tête du Cameroun pendant 39 ans, il fallait retourner à l'ère préhistorique où c'est la loi de la jungle qui faisait l'arbitre social.

Du coup , on a perdu les notions du bien et du mal, du vrai et du faux , du juste et de l'illégal. Le regard objectif du peuple sur ce qui doit être fait ou non s'est évaporé. Car pendant ces 39 ans, les Camerounais ont été éduqués au miroir d'une formule aussi nauséabonde que perverse, à savoir : " Ce qui est bien, c'est ce que Paul Biya déclare comme étant bien. .Ce qu'il désigne comme mal absolu est de facto le mal absolu. Par conséquent, ne pas aimer sa politique c'est ne pas aimer le Cameroun. La patrie c'est lui, alors ne lui soyez pas hostile."

Autrement dit , si Paul Biya vous demande de violer votre mère , faites-le sans discuter. Ce ne sont pas vos principes moraux qui doivent vous guider. Il est le seul à décider de ce qui est moral ou pas. D'ailleurs un lugubre sous-préfet vous a récemment fait savoir que les décisions du chef de l'Etat "ne se discutent pas", car "marquées du sceau de la souveraineté". Et quand tu as compris ça , tu comprends pourquoi Marie-Claude Mezou est libre après avoir assassiné un étudiant à Bafoussam en plein air , pendant que Paul Chouta qui n'a assassiné personne , est à son 16eme mois d'incarcération.

Mezou est adjudante, c'est-à-dire qu'elle est un soldat de Paul Biya. Donc si elle (ab)use de la force contre vous , même pour rien, c'est son droit. Vous devriez même la remercier de vous avoir tué. Car elle est la plus forte et elle agit au nom du plus fort. Son crime devient donc une bonne chose , parce que le système dans lequel elle a été moulue (le cannibalisme biyayiste) a décidé que c'est une bonne chose.

Par contre, Paul Chouta est un Noname, un petit journaliste agité qui ose écrire contre le système et ses satellites. Un matin, ce système a donc décidé et décrété qu'il était allé trop loin. Et même s'il n'est pas allé jusqu'à donner la mort à un garçonnet en pleine ville, il est assez loin pour mériter une punition plus sauvage que la tueuse de Bafoussam. Le scribe est donc en prison pendant que l'assassin est en liberté. Voilà les règles du biyayisme.

Et vous devez obéir , car c'est un devoir.

Vous avez l'obligeance d'obeir aux frasques de ce paresseux inutile qui confond ses caprices à la loi. C'est ainsi que Biya et son système ont compris Rousseau. Il a mis tellement d'énergie (100%) dans la conservation frauduleuse de son poste au moyen de cette technique , qu'il en a oublié ce pourquoi il est à ce poste au juste. Raison pour laquelle il ne sert à rien.

"EPHATA !!!"

Rappelons que notre paresseux inutile qui "dirige" (oups!) le Cameroun est fils de catéchiste . Or selon l'Évangile de Marc, un homme atteint de surdité fut emmené à Jésus pour être soigné. Alors Jésus lui toucha les deux oreilles en s'écriant en hébreu : " Ephata !", C'est-à-dire : "Ouvre-toi !". Et tout de suite après, le sourd pouvait entendre. Si cette histoire est vraie, on dira que la seule erreur que Jésus a commise, c'est de ne pas être revenu en 2020 toucher les oreilles d'un homme de 87 ans qui n'entend - et ne comprend - plus rien à ce qu'on lui explique sur la réalité de son pays .

Surdité incurable, avec toutes les conséquences que cela entraînera.

Et puisqu'il est sourd , puisqu'il est le plus grand des hors-sujet portant une cravate , il continue de n'en faire qu'à sa tête. Par exemple, on a beau lui avoir répété que la voie militaire pour résoudre la crise du NOSO était d'une absurdité tapante, il s'est plutôt enfermé dans son délire mégalomane. Le résultat de cette stupidité chronique s'est concrétisé en 4 ans de geyser de sang intarissable, dans un conflit dont la fin n'est toujours pas en vue . Disons les choses clairement : la paix ne reviendra plus jamais au pays de Mongo Beti sous ce régime. Détruire , oui , ils savent le faire. Bâtir, non. Même pas en rêve.

Nicolas Machiavel (le meilleur ami de Paul Biya) a dit dans son livre < Le Prince > publié après sa mort en 1532 : " Le fait d'être désarmé te rend méprisable." Alors, pour le vieil homme sénile d'Etoudi, faire marche arrière serait une humiliation ! Il ne peut se le permettre ! Jamais ! C'est aux autres de déposer les armes, pas à lui ! Il est l'Etat ! Et il vaut mieux que l'Etat (donc lui) continue de tuer, plutôt que d'avouer son inefficacité et sa nullité.

De plus, malgré les barbaries commises lors des marches pacifiques, malgré les dossiers noirs non-elucidés des fonds de la CAN 2019, malgré ce crépitement incessant de balles au NOSO, et malgré l'avertissement ouvert de tous les acteurs politiques sérieux de l'opposition (ceux qui n'ont pas été corrompus par la nourriture et les postes de façade), le disciple de Machiavel s'entête à vouloir répéter son archaïsme en organisant les régionales dans ce contexte.

C'est bien cela, la surdité politique.

Mais comment compte t-il empêcher ce que cette énième bêtise déclenchera bientôt , lui qui, dans sa vaine sagesse, n'a pas vu venir la crise du NOSO ? Pendant combien de temps pense-t-il que Yaoundé respirera encore ?

EN BREF :

Comme il l'a jadis pensé - par erreur - pour la zone anglophone , il pense encore - par erreur - que la rive droite du Moungo restera toujours passive et apeurée face à sa méthode de prédilection, qui est l'intimidation policière. Puisqu'il a choisi d'utiliser le couteau non pas pour la cuisine mais pour la barbarie, il fait confiance au chapitre 14 du Prince, où Machiavel dit : "Parce qu'il n'y a aucune proportion d'un homme armé à un homme désarmé, et la raison ne veut pas que qui est armé obéisse volontairement à qui est désarmé".

Traduction : "Il est hors de question d'écouter le peuple. Nous avons les fusils, lui, non. Donc on fait ce qu'on veut !'

A partir de là, Mvondo estime qu'il suffira toujours de placer des gendarmes le long des rues pour entretenir la psychose et museler tout le monde (barbare un jour, barbare toujours). Sauf que quand la souffrance et le mépris ambiant deviennent pires que la mort , le peuple voit ses peurs s'envoler. Le gendarme cesse d'être le bourreau : il devient la proie , et pour sa propre sécurité , il se rallie à la seule cause qui vaille la peine : la cause populaire.

C'est exactement ce qui arrivera. L'entêtement du Premier Camerounais, Premier Malade et Premier Sourd, est ironiquement notre premier allié dans ce bras de fer qui s'annonce .

EKANGA EKANGA CLAUDE WILFRIED

Vous êtes témoin d'un fait, vous avez une information, un scoop ou un sujet d'actualité à diffuser? Envoyez-nous vos infos, photos ou vidéos sur WhatsApp +237 650 531 887 ou par email ! Les meilleurs seront sélectionnés et vérifiés par la rédaction puis publiés sur le site.

Rejoignez notre newsletter