Vous-êtes ici: AccueilWallOpinionsArticles2019 05 08Article 462685

Opinions of Wednesday, 8 May 2019

Journaliste: cl2p.org

Sérail: nécrologie politique à Yaoundé

Le journal Mutation a révélé, le vendredi 3 mai 2019, dans sa page de couverture, que 1850 morts au cours ces 20 derniers mois ont été documentées dans les régions anglophones du Cameroun. La question centrale est de savoir pourquoi nous consentons à ce que Achille Mbembe appelle «la nécropolitique », selon laquelle nous ne sommes gouvernables que sous le pouvoir absolu d’un souverain qui peut décider qui doit vivre et qui doit mourir.

Il s’agit d’une gestion dictatoriale fondée sur le pouvoir de l’État et sur une surveillance permanente assise sur l’idéologie selon laquelle aucune alternative à la « Nécropolitique » n’est envisageable. Ainsi, un espace où la praxis radicale et les transformations radicales sont exclues.

Une reconnaissance du fait que tout est «foutu» et la triste réalité que nous sommes devenus des complices consentants d’un régime meurtrier, car nous n’avons pas réussi à démanteler l’architecture de l’oppression mise en place depuis 37 ans, voire plus. Alors inévitablement, les choses empirent.
Fort de ce grave constat, le CL2P refuse de banaliser les crimes de masse commis par la dictature au Cameroun anglophone…

En effet, il règne aujourd’hui dans ce pays comme une bien triste répétition de l’histoire, avec cette impression diffuse mais tenace d’un autre génocide commis sous nos yeux par les mêmes camerounais sur d’autres camerounais, parce qu’ils sont ou seraient « anglophones » cette fois-ci…
Tout ceci avec une certaine bienveillance active de la France. Comme exactement la dernière fois.

De grâce, Plus jamais ça!
Pour cela nous devons en urgence reconnaître les valeurs de l’opposition, sinon la situation ne fera qu’empirer. Dans ce sens nous pouvons commencer par démanteler les institutions qui produisent la vulnérabilité et la mort.

Mais comment différentes institutions ont-elles à ce point pu produire des mentalités différentes dans un même pays, expliquant en partie la passivité, la négligence ou la lâcheté des francophones? Les traditions institutionnelles informent assez sur nos pratiques politiques, intellectuelles et sociales. En effet là où les francophones comprennent que l’opposition politique n’est pas tolérée ou est « antipatriote » ; les camerounais britanniques eux, issus d’une tradition politique où le rôle de l’opposition est institutionnalisé et reconnu, l’inscrivent dans une logique de contribution.

Cette reconnaissance pourrait nous libérer enfin et nous aider à imaginer autre chose afin de ne pas être éternellement les esclaves d’un déterminisme historique. Cela signifie dans la pratique, comprendre l’autodétermination en termes de type de socialité et de pratiques reposant sur la conviction que nul ne peut prétendre à un statut spécial au Cameroun et que, par conséquent, nous n’avons d’autre choix que de disposer d’une démocratie fondée sur l’égalité, la justice sociale et l’éthique des comportements à même de transformer notre pays en maison commune.

Cette transformation est nécessaire pour percevoir toutes les options qui s’offrent à nous, et qui ne nous ont pas accessibles dans notre société autoritairement disciplinaire.