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Opinions of Monday, 28 October 2019

Journaliste: François LASIER

Sérail: ces fonctionnaires qui s’enrichissent avec l’argent des autoroutes

Un délégué du gouvernement du nom d’Emma Basile nous entretenait dans les années 90 sur le coût du prix d’un kilomètre de route. Selon le vieux Emma Basile, n’allez pas chercher plus loin : un kilomètre de route bitumée coûte un milliard de francs CFA. Le délégué du gouvernement en question était aussi trésorier du parti au pouvoir, le RDPC.

Quand il dit, c’est comme çà. On passe à autre chose. Monsieur le délégué ne vous expliquera pas si la route en question est large de dix ou de vingt mètre, si elle comporte des ouvrages d’art, des tunnels ou des accotements des deux côtés de la chaussée. On a pris la mauvaise habitude d’évaluer les routes au mètre linéaire. L’habitude du milliard pour le kilomètre est partie de ce mauvais calcul.

Combien nous coûte la route entre Douala-Yaoundé, surtout lorsque ce n’est pas un axe-lourd comme l’actuelle route ? On comptera 240 kilomètres. Au bas mot donc, au moins 240 kilomètres. Les experts en génie civil à la Banque mondiale se sont penchés de plus près sur la question. Ils ont découvert que l’histoire de la corruption et du détournement des fonds publics a de quoi vous donner des vertiges.

Tenez par exemple, pour la construction de l’autoroute Douala- Yaoundé, trois fois trois voies, nous écoutions ce matin les explications d’un ingénieur qualiticien, nous en étions tombés de pamoison. Le premier technicien gros malin vous comptera trois fois six, multiplié par trois. Comme c’est une autoroute, on comptera donc autant de fois les routes, et ça nous ferait six routes pour l’autoroute. Mais l’ingénieur malin se reprendra et retrouvera le calcul du délégué du gouvernement ci-dessous, et il trouvera que chaque fois qu’on fera passer un tronçon de route, il nous faudra à chaque fois un milliard.

L’autoroute entre les deux plus grandes villes du Cameroun, Yaoundé et Douala, nous coûtera 399,311 milliards. Près de 400 milliards. Tout bien compté, cela nous ramène à 5,5 milliards le kilomètre de route d’autoroute. Mais un détour par la Côte d’Ivoire nous permet de découvrir la supercherie : au pays d’Alassane Ouattara, ou au Royaume Chérifien, un kilomètre de bitumage revient en moyenne à 1,750 milliards. Conclusion, au Cameroun les projets routiers coûtent quatre fois plus cher que les mêmes projets construits en Côte d’Ivoire ou au Maroc. Là encore, nous ne parlons que e l’autoroute entre les deux plus grandes villes du Cameroun. Même la pénétrante Yaoundé vers Nsimalen (où se trouve l’aéroport international de Yaoundé) coûtera quatre fois plus cher.

Cherchez les coupables !

On se fait tellement d’argent avec les projets routiers qu’on n’a plus besoin de chercher longtemps pour trouver les coupables. Ils ont le nom épinglé à leur front comme un nez sur le visage. Allez par exemple à Yaoundé, le secrétaire général de la présidence est aux fonctions depuis à peine six ans. Mais déjà, il se vante d’être à la tête de trois édifices duplex dans les quartiers les plus chics de la ville. Avant sa nomination à la présidence de la République, il n’était que fonctionnaire Ambassadeur comme un autre. A moins que ce ne soit de l’argent volé, il vaut avoir une force herculéenne pour réussir à bâtir autant de maisons.

La situation est d’autant plus lamentable que les fonctionnaires vivant dans un pays pauvre et très endetté fêtent en l’espace de deux ou trois ans, et à fréquences régulières leurs fortunes en milliards dans des voyages d’avions.’ Pour épater les amis qui s’affaleront tout de suite en extase devant l’étalage des milliards qu’ils n’ont pas encore vus. Personne cependant n’ira leur rendre une visite de courtoisie dans les trous de New-Bell ou de Kondengui.

Malheureusement, la mal est tellement enraciné qu’aucun médicament ne peut plus venir à bout de l’hydre appelé corruption. Les fonctionnaires de la Fonction publique étaient censés être impécunieux, ils comptent cependant parmi les Tout ce qui est chantiers est devenu leur domaine de prédilection. Le portail des camerounais de Belgique. Les avions au premier plan. Les chantiers de construction des logements sociaux pour hommes ou femmes très riches.

Le trafic de drogue n’est pas en reste. La fausse monnaie non plus. La verroterie achetée en Chine et revendue au Cameroun à des prix de lingot d’ors massifs. Nous ne sommes cependant pas dans un pays comme le Ghana, la Gold Coast, comme on a souvent appelé le pays d’Afrique de l’Ouest. Bell Joseph Antoine relate la vaste mésaventure dont les coéquipiers et Accra pour une Compétition de la CAN, ils avaient tous pensé qu’ils feraient chacun une affaire du siècle en achetant de l’or en lingots. On leur avait à tous vendu des morceaux de bois peints en dorure. Ils se ruèrent dessus et ne découvriront la plaisanterie que dès leur retour au Cameroun.

« Un cadre de la Banque mondiale nous avait prévenus »

Sous le plan d’ajustement structurel piloté par le Fmi et la Banque mondiale dans les années 90, un expert de Bretton-Woods s’était invité à notre rédaction. Il avait tenu à donner une interview sur les causes de la pauvreté. A la question posée, de quoi se mêlait la Banque mondiale ? Il prit sa plus belle voix, et nous fit part de ses réflexions. Il avait discuté avec des fonctionnaires à Yaoundé, y compris à la Présidence à Etoudi, il leur avait dit de ne pas charcuter les salaires dans la fonction publique, comme leur suggérait le Fmi. Pour l’expert de la Banque il valait mieux se débarrasser du trop-plein de fonctionnaires, garder le restant dans les bureaux, mais avec des salaires confortables. Une telle mesure permettrait de revaloriser le travail dans la fonction publique. Nous avons publié son interview.

Mais les fonctionnaires à Yaoundé avaient soutenu que la mesure sociale serait de couper les salaires de tout le monde. De l’avoir fait, la misère a gagné toutes les couches de la société. La corruption s’est installée et le Cameroun a remporté par deux fois la médaille du pays le plus corrompu du monde. On a bien vu arriver la catastrophe de la corruption, on l’a laissée s’installer. Faute d’avoir voulu entendre.