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Opinions of Thursday, 9 May 2019

Journaliste: Eric Verani

Sérail: ces derniers secrets que Belinga Eboutou a emporté avec lui

L’ancien Directeur du Cabinet Civil (Dcc) de la présidence du Cameroun a passé l’arme à gauche. Emportant avec lui dans son légendaire mutisme le mystère de la « noyade par étranglement » de Mgr Jean-Marie Benoit Balla alors évêque dans le diocèse de Bafia.

Réaction du cabinet civil

Dans un communiqué laconique signé du directeur du Cabinet Civil de la Présidence de la république en date du 8 juin courant, on peut lire ceci «Le cabinet civil de la présidence de la République a le regret d'annoncer le décès ce jour à 13h30 de monsieur Martin Belinga Eboutou » La légèreté avec laquelle est libellée l’annonce du décès de celui qui fut pendant de longues décennies voile mal l’insouciance manifestée par l’entourage présidentiel depuis que le camarade de séminaire de Paul Biya a été furtivement débarqué des affaires. Au moment où les thuriféraires du régime étaient convaincus que les deux compagnons continueraient leur pontificat jusqu’à l’au-delà. Bien avant ce communiqué du Cabinet Civil, un membre de la famille que nous avons joint au téléphone avait déjà affolé la toile en postant la triste nouvelle sur son mur.
L’ex Dcc traine par devers lui un mystère…

L’épais rideau de nuages qui enveloppe obstinément les causes de la disparition soudaine de l’évêque de Bafia le 31 mai 2017 ne s’est pas toujours dissipé. Le véhicule de Monseigneur avait alors été retrouvé sur un pont au-dessus du fleuve Sanaga avec un mystérieux message, « Je suis dans l’eau. »

L’eau… comme l’eau du fleuve Jourdain dans lequel Jean le baptiste immergea le fils de l’homme, selon les dogmes qui sous-tendent la philosophie de la religion chrétienne. Que nenni ! Le sens de la symbolique est inversé. Inversé par l’intolérance le cynisme et l’extrémisme des disciples de Lucifer. La thèse du suicide évoquée et créditée par la justice est récusée par le clergé catholique qui considère cette hypothèse comme un mensonge cousu de fil blanc.

D’ailleurs, jusqu’à la semaine dernière alors qu’il passait le témoin à l’évêque de Bafang au poste de président de la conférence épiscopale du Cameroun, Monseigneur Samuel Kleda a été ferme dans ses propos. L’église catholique attend toujours que les vrais résultats de l’enquête soient rendus publics. Même si de façon officielle Belinga Eboutou n’était pas formellement accusé, des voix se sont élevées ça et là qui indexe l’ex Dcc. Simple calomnie ? Soit. Mais tout au moins la gravité des faits et surtout sa posture dans l’appareil d’Etat couplée à sa qualité de chrétien catholique lui aurait recommandé d’effectuer une sortie pour clarifier sa position et montrer ainsi pâte blanche. Il a choisi de s’en aller avec le mystère, laissant les évêques sur leur soif. Comme quoi si Jésus a vaincu la mort, Belinga Eboutou a vaincu…le clergé.

Des repères qui infirment la thèse du suicide…

Des premières constatations médicales sur le corps de Mgr Balla repêché dans le fleuve, il ressort qu’il n’est pas mort de suicide par noyade. Dailleurs Patrice Nouma, ancien proche collaborateur du président Paul Biya, exilé aux États-Unis, est allé plus loin. Selon lui le Nonce apostolique du Vatican au Cameroun et le directeur du cabinet civil de la présidence de la République sont responsables du décès du prélat.

Sur le compte Facebook de Patrice Nouma, c’est une histoire qui donne des frissons. Des informations à la véracité non établie font état de ce que le Nonce Apostolique, Piero Pioppo est le premier suspect. Le commentaire de l’assassinat maquillé en suicide de monseigneur Benoît Balla selon lui est le Directeur du Cabinet civil (Dcc) Martin Belinga Eboutou. Patrice Nouma affirme aussi que c’est toujours le Dcc qui est responsable de l’assassinat de l’abbé Armel Djama.

En effet selon des sources proches du dossier, outragé et très choqué par l’assassinat du jeune prêtre, l’Abbé Armel Djama que monseigneur Balla avait envoyé étudier en Italie et qu’il avait à son retour nommé recteur du petit séminaire de Bafia, l’évêque avait saisi par lettre le Nonce apostolique, après avoir tenté en vain de toucher la Présidence de la République.

Au terme d’une Assemblée Générale extraordinaire tenue le 13 juin 2018, la conférence des évêques du Cameroun ont affirmé de façon péremptoire que Mgr Balla a été « brutalement assassiné », même si deux semaines plus tard, le Procureur Général de la Cour d’Appel a affirmé que « la noyade est la cause la plus plausible du décès de l’évêque. » Bien évidemment, l’épiscopat a mis en cause l’honnêteté de l’autopsie sur laquelle s’est appuyée la justice pour rendre sa décision. De toutes les façons Belinga Eboutou a rejoint la victime au prétoire divin, seule la justice de Dieu tranchera en dernier ressort.