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Opinions of Saturday, 5 January 2019

Journaliste: camerounliberty.com

Sérail: Maurice Kamto, la France et le coup manqué contre Biya

Alors que le Cameroun est frappé de plein fouet par la crise sécuritaire dans deux régions du pays, une crise politique est sur le point de déterminer son destin pour les 50 prochaines années.

Les camerounais ont le choix entre l’alternance politique à travers le changement total de l’élite dirigeante, et le maintien du système qu’incarne le régime Biya dont l’inertie et l’incompétence ont réduit le Cameroun au point d’en faire la risée du continent.

Entre enrichissement illicite, soirées festives à la Marie Antoinette, mariages princiers, le régime Biya traine derrière lui un palmarès que très peu des pays, très peu de nations dans l’histoire de l’humanité peuvent égaler.
Deux fois pays le plus corrompu au monde, Paul Biya à bâti sa gouvernance sur l’impunité, la corruption et l’inertie avec la fameuse expression’’ le temps du président’’, le Cameroun est tombé si bas qu’il lui a été retiré l’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations 2019, pour incapacité.

Age de 85 ans, et au pouvoir depuis 36 ans, Paul Biya était candidat à la dernière élection présidentielle, l’annonce de sa candidature avait suscité l’indignation et un choc chez la grande majorité des camerounais.

Le 12 Novembre 2018, Christian Pend Ekoka alors Conseiller du président Paul Biya est sur les plateaux x de la télévision Equinox, il fit une déclaration étrange. En refusant de soutenir la candidature de Paul Biya pour la présidentielle du mois d’Octobre, il déclarait « je vais aider le président Biya en faisant qu’il soit battu, il a droit au repos’ ».Selon le président du Mouvement Agir, Paul Biya est devenu une espèce de blanc-seing servant de couverture aux élites pour s’enrichir.

Quelques jours après ces déclarations de Penda Ekoka, il choisira de rallier la coalition de l’homme le plus redouté par le régime, Maurice Kamto.

Le 07 Octobre 2018 les camerounais étaient aux urnes pour choisir le future président de la république .Cet évènement marque le tournant historique du Cameroun, son destin s’est écris ce jour. La coalition de Maurice Kamto, contre tous les pronostics, a battu le président Biya et toute sa machine politico administrative, il a fallu que le Conseil Constitutionnel se ridiculise aux yeux du monde pour faire le holdup électoral et déclarer Paul Biya vainqueur.
Changement pour le bien du pays, changement dans la paix et faire la politique autrement.

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Toute sa vie Kamto s’est battu pour la justice. Il est patriote, intègre, ayant décidé de ‘’faire la politique autrement’’, Maurice Kamto milite pour un changement pour le bien du pays, et un changement dans la paix.
Rentré dans une crise post-électorale, Maurice Kamto savait qu’en face l’adversaire avait pour seul langage celui de la violence, ‘’ lorsqu’on a pour seul outil le marteau, on voit tout comme un clou’’ Kamto.

En opposant à la violence le droit, il a coupé l’herbe aux pieds des pontes du régime dont une partie préparait le pire. Maurice Kamto a très vite compris qu’il était de son devoir de protéger son peuple. Il le rappellera à son retour d’Addis-Abeba,’’ je vous aime et je ne veux perdre aucun d’entre vous’’
Bibou Nissack, porte-parole de Maurice Kamto avait révélé dans les médias le refus de son patron de céder à une proposition de coup d’Etat militaire après les élections. Ce scenario de coup d’état aurait créé une profonde crise qui déstabiliserait non seulement le Cameroun, mais toute la sous-région Afrique centrale.

Avec le désastre économique et social causé par le régime Biya, la seule arme qui leur reste est la violence et la destruction.
Après les élections, Maurice Kamto avait à lui seul le peuple face au régime qui déclarait à travers son ministre de l’intérieur’’ l’état est un monstre froid qui n’hésitera pas à écraser ceux qui vont oser manifester ‘’ Paul Atanga Nji.

Il fallait opposer à la machine meurtrière du régime Biya, une force extérieure, surtout après le black-out médiatique de la France sur les dérives et autres violations des droits de l’homme.
«La France de Macron joue à son jeu traditionnel. M. Macron prétend ne pas être au courant de ce qui se passe dans ce pays et s’il est au courant, il se garde bien de le dire», commentait Achille Mbembe dans une publication parue au Washington Post.

En 2015, dans ses publications sur le Cameroun intitulées « La guerre hybride peut causer des ravages à travers l’Afrique de l’Ouest » un journaliste russe faisait une analyse sur la situation sécuritaire du pays, la transition politique et les risques de déflagration du Cameroun qui toucherait toute les régions d’Afrique centrale et de l’Ouest.

’Si tout se passe selon le plan et s’il y a peu de perturbations et un fort sens d’unité de l’« État Profond » (unité militaire, renseignements et bureaucraties diplomatiques permanentes), une transition en douceur peut être assurée comme dans les deux cas susmentionnés. Mais si ambitions personnelles ou basées sur l’identité prennent le meilleur sur les groupes prenant les décisions et / ou gérant la sécurité, alors les conséquences pourraient être désastreuses.’’ Andrew Korybko, il est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik.

L’Etat profond divisé.

Selon certaines indiscrétions, autour du président se livre une guerre de réseaux. Un clan de caciques les pontes du régime qui contrôlent la quasi-totalité des appareils de l’état, ils sont proches des réseaux francafricains et seraient en quête d’une succession à la Zimbabwéenne .Un forcing pour la présidentielle qui allait leur permettre de préparer la succession du président Biya par un de leurs.

Albert Sufo est enseignant à l’Université de Douala. Sur l’hypothèse d’un coup d’Etat à la zimbabwéenne, il ne cache pas son inquiétude ‘’ce serait catastrophique pour le pays, on se retrouverait avec sans doute un président issu du même système qui pire, pourrait avoir moins de 60 ans, ce serait repartir pour 50 années de souffrance.’’Sufo avant de poursuivre ‘’Dans ce régime, personne n’est récupérable et tous sont tenus’’.

Opposé aux caciques, il y a le réseau des personnalités originaires de la région natale de la première dame. Notre source bien introduite nous révèle qu’ils avaient pour ambitions, faire un passage électoral en force et préparer une transition, le temps de sécuriser financièrement leur départs, la gestion des infrastructures de la CAN2019, les surfacturations et la corruption à outrance sont révélateurs de la véracité de cette hypothèse.
La carte de Maurice Kamto

En jetant le peuple dans la rue, Maurice Kamto ouvrait la porte à la déstabilisation du pays en l’exposant à un coup d’Etat fortement redouté dans les cercles des renseignements .Tout soulèvement de rue devait être récupéré donnant au régime l’occasion d’appliquer ce qu’ils savent faire le mieux, manipuler l’opinion et mettre sur pieds son plan pour neutraliser toutes les forces de l’opposition crédibles sous un silence complice de Paris.

Lorsqu’en 2015 Andrew Korybko rédigeait l’article ‘’La guerre hybride peut causer des ravages à travers l’Afrique de l’Ouest’ ’il évoquait déjà l’hypercentralisation du pouvoir comme facteur de risque de déflagration. Un an avant le déclanchement de la crise anglophone sur la forme de l’Etat le journaliste russe disait « un système centralisé dans lequel une personnalité individuelle (Président Paul Biya) a une importance stratégique exceptionnelle dans la prise de décision. »

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Cette hypercentralisation permet à la France d’avoir le contrôle sur les richesses du pays du fait, d’où son soutien sans faille au régime de Yaoundé.
Quelques mois avant la présidentielle, les personnalités françaises de premier rang ont publiquement affiché leurs soutien au régime Biya. D’abord le président Emmanuel Macron qui soutenait le régime Biya dans la crise anglophone en faisant un black-out médiatique sur les crimes et dérives des droits de l’homme dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest , Vincent Bolloré à travers son groupe avait organisé un mouvement de soutien au candidat Biya tandis que Ségolène Royale s’exhibait en tenu du RDPC parti au pouvoir.

Panafricaniste, Maurice Kamto a sollicité l’union Africaine. Ceux-ci ayant une version erronée des faits, le candidat de la coalition a fait le déplacement d’Addis-Abeba pour informer la communauté africaine et internationale sur ce qui se passait dans le pays.

La stratégie de Maurice Kamto est devenue plus sérieuse à partir du moment où l’Union Africaine a décidé de faire le déplacement pour le Cameroun. Désormais la stratégie à trois pieds avec un tiers externe est désormais sur la table.
Maurice Kamto avait besoin de l’arbitrage externe et l’UA semblait être prioritaire, il l’a obtenu et souhaite dorénavant une solution camerounaise, ‘’personne ne décidera à la place du peuple’’ dit-il. Une analyse que partage Achille Mbembe lorsqu’il dit : «Il appartient, en effet, aux Camerounais de procéder eux-mêmes aux transformations qu’ils veulent. S’ils veulent la démocratie ou l’alternance, il est de leur responsabilité de s’organiser à cet effet. Ceux qui en appellent aux interventions externes souvent n’en connaissent pas le prix. Rien de tout cela n’est gratuit.»

La Chine, la Russie et les USA avaient déclaré qu’ils s’alignaient désormais sur les positions de l’UA pour tous ce qui concerne les crises en Afrique.
En réussissant à contourner le black-out de la France sur le Cameroun, notamment sur les crises anglophones et post électorales, la France était spectatrice de tous les débats au conseil de sécurité de l’Onu sur le cas du Cameroun.

Avec la présence de l’UA comme arbitre et le lobbying international fait par Maurice Kamto, le régime est désormais déshabillé et exposé aux yeux du monde.

L’option de coup d’Etat est désormais écartée. Cinq grandes puissances ont fait des déclarations au conseil de sécurité de l’ONU sur le Cameroun, ignorant les positions françaises. Jusqu’où paris est prêt à aller pour protéger le régime Biya ? Jusqu’à quand les camerounais comprendront que c’est le moment ou jamais de prendre leur destin en main et de dire non au régime et son soutien français ?
Il revient aux camerounais de prendre leur destin en main, d’où l’appel à mobilisation au milieu du mois de Janvier par le président Kamto,’’ il a fait sa part, à nous de terminer’’ explique Derrulex, acteur de la société civile.