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Opinions of Saturday, 9 March 2019

Journaliste: Remy Ngono

Rencontre entre Mebe Ngo'o et Atangana Mebara à Kondengui

Directeur du cabinet à la présidence de la république, Délégué général à la sûreté nationale, ministre de la Défense, Edgar Alain Mebe Ngo’o flûtait le grand air d’héritier testamentaire de Paul Biya. Multimilliardaire, il frétillait de bonheur dans les milieux argentés et ses palais dorés. Mais le voilà transféré à la prison de Kondengui ce vendredi 8 mars à 23 heures, au milieu des bandits et des ministres qu’il s’était payé le luxe de flinguer les carrières politiques.

Après plusieurs péripéties et trois nuits au Tribunal Criminel Special, le juge d’instruction a décidé d’envoyer Edgard Alain Abraham Edgar Alain Mebe Ngo’o derrière les barreaux. L’ex ministre de la Défense est accompagné de Victor Emmanuel Menye, DGA de la SCB Cameroun, Maxime Leonard Mbangue, Inspecteur du trésor au ministère de la Défense et le Lieutenant colonel Ghislain Joël Mboutou Ele.

L’ex ministre de la Défense et ses coaccusés sont inculpés par le juge d’instruction du Tribunal Criminel Spécial dans le cadre de l’affaire Magforce pour malversations financières présumées équivalentes à 196 milliards, selon les sources proches du dossier. Sa femme Bernadette Mebe Ngo’o qui s’est écroulée durant la perquisition, se trouve encore à la clinique le Jourdain à Yaoundé.

Du bon Dieu au diable mazouté de scandes et de rayures noires, Edgar Alain Mebe Ngo’o, si puissant quand il était aux affaires, retrouve en enfer ses victimes du gouvernement dont les ministres Olanguena et le Secrétaire général à la présidence de la république, Jean Marie Antangana Mebara.

Dans son ouvrage intitulé « Lettre d’ailleurs » publié en 2011 depuis la prison centrale de Yaoundé, l’ancien secrétaire général à la présidence du Cameroun, Jean Marie Atangana Mebara, raconte qu’au cours d’une audition devant les enquêteurs de la division des enquêtes économiques de la Direction de la police judiciaire à Yaoundé, le chef de cette division, le commissaire divisionnaire Ateba Onguene lui a confié que, peu avant le mois d’août 2008, le Délégué général à la sureté nationale -patron de la police- de l’époque, Edgard Alain Mebe Ngo’o, lui avait donné l’ordre de placer Jean Marie Atangana Mebara en garde-à-vue pour malversations financières en ces termes : « Indices suffisants ou pas, l’instruction est que ce Monsieur doit être placé en garde à vue, et vous devez vous exécuter !» Le commissaire de police fut obligé de s’exécuter le 1er août 2008, jour où il signifia à l’ancien proche collaborateur de Paul Biya, sa garde-à-vue.

Dans son livre publié étant en prison où il a écopé d’une double peine de 15 et 20 ans d’incarcération, Urbain Olanguena Awono, raconte aussi comment Edgar Alain Mebe Ngo’o a mis en scène une histoire invraisemblable pour le mettre en disgrâce.

L’ancien ministre de la Santé retrace dans son ouvrage, la diabolisation et l’humiliation dont le sommet est la caméra cachée réalisée par la Crtv dans sa cellule de la direction de la police judiciaire, avec les images de «ma personne couchée à même le sol sur un matelas dans une cellule infecte( … )J’ai vécu douloureusement cette humiliation avec ma famille et mes amis(…)Traiter un ancien ministre de plusieurs gouvernements comme un vulgaire et horrible braqueur », raconte Urbain Olanguena Awono.

« Les écuries de ces deux hommes, originaires de Zoétélé, département du Dja et Lobo, Région du Sud, et donc très proches des origines du chef de l’État, ont inventé et popularisé l’histoire du G11 », écrit Urbain Olanguena Awono. Le G11 a, d’après le récit de l’auteur, été présenté par Edgar Alain Mebe Ngo’o à Paul Biya comme une conspiration.

Il sera spectaculaire d’assister à la rencontre d’Edgar Alain Mebe Ngo’o avec ses victimes Jean Marie Antangana Mebara et Urbain Olanguena dans la cour commune de la prison. La symbolique du temps et des époques où les lions bagarrent dans la cage d’un cirque.