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Opinions of Friday, 29 November 2019

Journaliste: Jean-Pierre Nyemeg

Rêve américain à Douala, le pari fou de Samuel Eto’o

Au détour d’un entretien accordé au journal « Jeune Afrique », le bien nommé « pichichi » Samuel Eto’o Fils a confié vouloir embrasser pleinement une carrière dans l’entrepreneuriat et les affaires, entre autres sujets portant sur la politique et la binationalité. Il faut dire que même avant de raccrocher définitivement les crampons, Samuel Eto’o s’était déjà illustré dans le monde des affaires au Cameroun à travers le lancement de sa marque de téléphonie mobile Eto’o Telecom : Set Mobile en 2012.

Bien qu’ayant échoué à ébranler le duopole MTN/Orange, l’ancien numéro 9 a prouvé qu’au-delà d’être un virtuose du ballon rond, il pouvait également se grimer en entrepreneur aguerri. Si le cas de Samuel Eto’o Fils n’est en soi pas une singularité dans le monde sportif pris dans sa globalité (nombreux sont les sportifs noirs américains qui, à la tête d’entreprises lucratives, brassent des millions en marge de leur carrière sportive), il lui faut reconnaitre un goût du risque et de l’investissement « à l’américaine » qui fait cruellement défaut à la plupart des anciens sportifs au bercail.

L’une des explications à ce phénomène de frilosité entrepreneuriale constatée au sein de la plupart des anciens sportifs camerounais peut s’expliquer par le climat social et économique pas vraiment propice à la pratique des affaires et à une absence certaine de compétences dans le domaine. S’agissant du premier point, il y a lieu de relever les mentalités assez anachroniques et l’extrême formalisme qui sont autant de goulots d’étranglement qui ont eu raison de la patience de plus d’un entrepreneur enthousiaste.

Les procédures à rallonge dans la création d’entreprise et les pots-de-vin souvent nécessaires pour « accélérer » lesdites procédures ne sont généralement pas propices à l’investissement dans nos contrées. En outre, gérer une entreprise au quotidien demande des compétences théoriques et pratiques dans les domaines spécifiques que sont le management, la comptabilité ou la finance d’entreprise. Compétences qui font généralement défaut à de nombreux sportifs qui, contrairement à Samuel Eto’o, n’éprouvent pas toujours la nécessité ou le besoin de se faire former afin d’acquérir des compétences nouvelles nécessaires à leur reconversion.

Enfin, il y a lieu de noter que malheureusement, de nombreux anciens sportifs sont encore dans une logique pure (nous insistons sur le terme pur) du carriérisme administratif (comme de nombreux autres Camerounais d’ailleurs) et n’envisagent leur avenir que dans le cercle politico-administratif du sport sans explorer d’autres options valables. Combien sont-ils à attendre telle nomination au poste de directeur technique ou encore à se satisfaire d’une nomination au poste d’entraîneur adjoint ?

Dans une atmosphère de morosité ambiante, où la plupart des (jeunes) Camerounais font montre d’une résilience causée par les stigmates d’un pays en déliquescence sur quasiment tous les plans, le cas du « grand 9 » représente un cas d’école de rêve à l’américaine dans un contexte camerounais difficile. Et aussi la preuve tangible que, d’une part, la réussite peut exister en dehors des circuits traditionnels (entendez par là le fameux matricule), mais également qu’il peut exister une vie après les arènes sportives. Belle leçon pour nos jeunes (et anciens) sportifs.