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Opinions of Monday, 11 January 2021

Auteur: Wilfried Ekanga

Qui est Antoine Ntsimi, le ministre camerounais qui a annoncé la dévaluation de franc CFA

Nous sommes le 11 janvier 1994, à l'hôtel Méridien de Dakar au Sénégal. Une scène hollywoodienne d'esclavage moderne est entrain de se jouer. On aperçoit le ministre des finances du Cameroun Antoine Tsimi qui apparaît, un papier à la main, et qu'il se met aussitôt à lire.


A côté de ce cher Antoine se trouve Charles Konan Banny, gouverneur de la Banque Centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO). Mais il n'y a pas que les Africains dans la salle, au contraire ! On note aussi la présence de l'américaine Katherine Marshall, directrice Sahel de la Banque Mondiale, du français Michel Camdessus, directeur général du FMI (Fonds Monétaire International), ainsi que d'un autre Michel (Roussin), ministre français de la coopération ... Entre autres.


En gros, avant même de savoir ce que Tsimi est entrain de lire, l'on devine déjà que ça ne vient pas de lui. L'esclave ne fait qu'exécuter ce qu'a ordonné le Maitre.


LIBERTÉ ENCHAÎNÉE


Et ce que les Maîtres ont décidé en ce jour, c'est la dévaluation du franc CFA, à la surprise générale, et sans trop demander l'avis des peuples concernés. En effet, après la chute des cours du pétrole sur le marché international en 1993, le FMI a fait savoir à la France qu'il ne comptait plus octroyer des prêts à ses anciennes colonies en échange d'un simple ajustement structurel. Ce qu'il faut cette fois, c'est un 'ajustement monétaire'. Et donc, le franc français qui à l'époque valait 50 FCFA, passe à 100 FCFA en 24 heures.
" Dévaluation du CFA de 50%, à entrer en vigueur dès demain 12 janvier à minuit", voilà en somme le couplet que Tsimi Antoine est venu réciter aujourd'hui.


Depuis la création du nouveau franc français le 1er janvier 1960, c'est la première fois que le FCFA se trouve dévalué. L'économie des pays concernés dépendant fortement de la vente du pétrole à l'extérieur, cela signifie qu'une chute des prix entraîne inéluctablement une chute des recettes, et donc des devises. Et puisqu'il faut des devises pour assurer la fameuse parité fixe, le manque de devises entraîne en retour une dévaluation.


Et c'est ce que le premier ministre français Édouard Balladur va ordonner à Michel Roussin d'ordonner à Tsimi et à ses compères d'annoncer.
Pourtant, selon les accords monétaires établis entre la France et ses colonnies, il existe une clause d'assurance. Cela signifie que si un tel cas venait à se produire, la France s'engage à couvrir elle-même à 80% la pénurie de devises dans les comptes d'opérations que nos pays disposent au sein de son trésor public. Ce qui signifie que nous avons juste à assurer 20% et elle fera le reste.


Mais lorsque nous avons eu besoin d'elle en 1994 (puisque les réserves étaient descendues vers les 20%), elle a tout bonnement lancé la dévaluation, plutôt que de tenir sa promesse. Et les Africains ("indépendants") n'ont rien eu à dire.


QUESTION AUX WAMAKOULIENS


Il faut noter que de nos jours, rien ou presque n'a changé. Les 14 pays de la zone franc continentale possèdent toujours des économies extraverties (c'est-à-dire tournées vers l'exportation idiote des matières-premieres). Selon un article de l'agence de notation financière Moody's paru en 2018, l'or noir (pétrole) constitue 74% de nos recettes annuelles moyennes. Autrement dit, le fantôme de 1994 plane encore sur nos têtes.


Et on l'a d'ailleurs vu avec l'inquiétant ballet diplomatique de Christine Lagarde (ex DG du FMI) et de Michel Sapin (ex ministre français des finances) à Yaoundé ces trois dernières années.


Même si, comme je le précise toujours, la dévaluation n'est pas forcément une mauvaise chose. Les deux seuls problèmes c'est que 1) elle est décidée par d'autres et 2) nos économies sont totalement hors-sujet, sous la haute bénédiction des valets de chambre que vous appelez ,présidents.")


A ce propos justement, les wamakouliens biyayistes nous ont annoncé en décembre dernier l'expiration des accords coloniaux (Youpiiiii!). Et quand nous leur avons demandé ce qui a changé entre temps, ils se sont empressés de nous dire : " la fin des accords ne signifie pas que nous allons arrêter la coopération avec la France."


En d'autres mots : les accords ont expiré, mais le Cameroun a décidé lui-même de rester dans le franc CFA, de conserver Bolloré à Kribi, Razel pour les "routes" et péages, l'AFD pour l'exploitation de la bauxite, le Crédit Lyonnais, la Société Générale, les comptes d'opérations, la PHP.... bref tout ce qui est français dans ses secteurs clés ! Pour faire court, le visa de l'esclavage a certes expiré, mais le très très panafricain Paul Biya a décidé de son plein gré de le prolonger.


Suis-je le seul à réaliser que si c'est le cas, c'est encore pire ? Ou est-ce bien vrai qu'il manque une tête à la sardine ?


EN BREF :


Voilà donc un mouton qui se réjouit de rester mouton, alors qu'il avait l'occasion de devenir carnivore. Si mon se réfère à vos délires, Paul Biya demeure donc le seul "panafricain" qui ne s'est jamais exprimé publiquement sur l'indépendance monétaire africaine. Le seul "patriote visionnaire" qui interdit les manifestations anti CFA sur son territoire. Le seul anti-impérialiste qui aime les chaînes de l'impérialisme..
" L'esclavage qui n'est pas capable d'assumer sa récolte ne mérite pas que l'on s'apitoye sur son sort", Sankara
Merci de nous avoir confirmé vous-mêmes que votre momie fossilisée se trouve déjà dans les Sissongo de l'histoire. Car avec un tel portrait, une seule destination s'impose : la poubelle.

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