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Opinions of Tuesday, 20 July 2021

Auteur: Georges Etoa Oyono

Que devient la coopération France-Cameroun 60 ans après les indépendances

Vers un nécessaire abandon ou une reforme totale . Vers un nécessaire abandon ou une reforme totale .

Georges Etoa Oyono, est docteur en Histoire des Relations Internationales, Enseignant à l’Université de Ngaoundéré. Dans cette tribune, il revient sur la coopération France Cameroun 60 ans après les indépendances. Le spécialiste des relations internationales pense que l’esprit de fond des accords signés avec les colonies qui ont longtemps plombés les économies de nos Etats a profondément changé à plus de 75%, et doivent davantage s’améliorer pour devenir des accords entre gagnant gagnant.
les accords de coopération entre la France et ses anciennes colonies en question 60 ans après :

Vers un nécessaire abandon ou une reforme totale ?

Depuis un certain temps, la problématique des accords de coopération entre la France et ses anciennes colonies est un sujet d’actualité. De nombreux africains ont des avis et souhaits rigides de voir ces accords signés à la première heure(1959) entre les pays d’Afrique sub- saharienne francophone et la France, être définitivement oubliés. L’existence desdits accords malgré le contenu peu connu n’est pas ce qui nous intéresse, mais, de savoir ce que les décideurs politiques des Etats utilisant le Francs CFA prendront comme mesure au lendemain de la date du 26 décembre qui devrait marquer la fin desdits accords coloniaux entre ces anciennes colonies françaises et leur ancienne autorité administrative, la France. Qu’il s’agisse du Cameroun, du Togo, Gabon, Cote d’ivoire, Congo, RCA du Tchad, et des autres pays d’Afrique sub-saharienne francophones, tous ont signé des accords de coopération avant leurs indépendances. Ces onze accords qui concernent des domaines, tels que le politique, le militaire, mais surtout l’économie, sont un véritable sujet de controverse. Vieux de plus de 60 ans aujourd’hui, ils suscitent curiosité et étonnement.

Quelle est la place desdits accords de nos jours? (A) Quel avenir pour ces accords ? Les Présidents africains ont-ils intérêt à les renouveler ou à mettre un terme à leur existence ?(B)

A. La place desdits accords de nos jours

Les multiples accords de coopération entre la France et ses anciennes colonies remontent aux années 1959. Au moment où la France s’engage à négocier ces accords de coopération avec ses anciennes colonies, tous ces futurs Etats n’étaient pas encore autonomes, et, étaient sous l’administration et le contrôle de la France. S’il est vrai qu’à cette époque, la fragilité desdits territoires et l’inexpérience dans la conduite des affaires étaient vaine, la France avait anticipée en posant les bases futures. En effet, 1959 marques la veille de l’accession de ces pays à l’autonomie interne. Cette démarcation de statut juridique accordera le droit de décider et d’agir à ces jeunes Nations sur tous les plans. C’est pourquoi, conscient des avantages qu’elle risquait de perdre après les indépendances, que le pays de Charles De Gaulle va s’empresser de sceller ces accords à long terme. Plus de 50 ans après les indépendances, les pays africains ont évolué ; dans divers domaines militaire et diplomatique, le personnel est formé ; on a des cadres de formation géré par des nationaux et pour des nationaux. Les politiques étrangères sont organisées et orientés pour le progrès desdits pays. Les partenaires de coopération sont choisis par chaque pays selon son bon vouloir (prenant cas du Cameroun, ce pays n’est plus la chasse gardé de la France comme ce fut le cas lorsque lesdits accords se passaient ; de nombreux partenaires ont des liens de coopération avec Yaoundé). Il serait important de dresser un résumé du contenu desdits accords pour faciliter la meilleure compréhension de cette réflexion. Ces accords portent sur les plans politiques, militaires et économiques. Sur les plans politiques et militaires, c’est sur la formation et le soutien aux Etats membres de la zone sub-saharienne francophone que les initiatives sont tournées. Toute définition ou orientation de politique étrangère doit se faire en accord avec le gouvernement français. La France s’engage aussi à apporter son appui à la formation et l’encadrement du personnel diplomatique, etc.

En cas de menace et ou d’attaque menaçant la paix dans un Etat membre de la zone CFA, la France garantie son soutien et appui à ramener l’ordre. Ceci par un appui matériel et une expertise technique et militaire. Le contenu de cet accord sur le plan militaire se résume à l'instruction des troupes, l'encadrement des écoles de formation, la formation en France, la fourniture de matériels et équipements, l'assistance conseil, la maintenance et le soutien logistique en cas de crise ainsi que le statut et les privilèges et immunités des coopérants, etc. Sur le plan économique, la gouvernance des politiques monétaires des pays relevant de la BEAC ou de la BCEAO ou de la zone CFA, reste incomplète du fait qu’elle est pilotée par le gouvernement français, sans aucun lien avec les autorités financières des pays tels que la CEMAC ou la CEDEAO. Ainsi, les banques des zones économiques et financières, sont obligées de garder 65 % de leurs réserves de changes dans un compte d’opérations tenu par le Trésor Français, ainsi que 20 % supplémentaire afin de couvrir « les risques financiers ». Malgré le fait que les structures sous régionales de ces pays aient des possibilités d’accès de retrait financier par Etat équivalent à 20 % des recettes, l’opération n’est que minime et trop faible. En outre ces retraits doivent obligatoirement bénéficier de l’accord du Trésor français pour aboutir. En d’autres termes, 80 % des réserves financières africaines, sont déposées sur un compte opération contrôlé par l’administration française. Ce domaine économique est resté préoccupant. S’il est vrai que des amendements ont été opérés dans les autres domaines depuis la signature desdits accords c’est le statut quo qui est observé ici. Plus de 60 ans après, les accords inégaux économiques entre la France et ses anciennes colonies sont restés une arme d’anéantissement de toute volonté d’éveil de développement des pays africains des espaces BEAC et CEDEAO. En effet, l’idée selon laquelle, sans véritable monnaie autonome, point de développement, se confirme jusqu’à nos jours. La France a choisie de maintenir ses anciennes colonies sous son joug à cause des réels bénéfices qu’elle tire du mécanisme de contrôle orchestré par le trésor français. Par lui, les limites consignées dans ces accords économiques, non seulement maintiennent ces pays africains sous sa dépendance économique, mais garantissent l’enrichissement du Trésor français chaque année. Toute chose qui contribue à dépouiller depuis des décennies une bonne partie des richesses desdits africains. Sur le plan militaire, l’ingérence de la France a considérablement été réduite. Malgré l’infime présence d’instructeurs encore en service dans ce ministère de tutelle ; le personnel qui jadis était formé par ce pays ou bénéficiait de sa totale expertise militaire, est désormais orienté soit au Maroc ou en Israël pour exemplifier, avec des effectifs professionnels. Aussi, hors du contexte de guerre froide qui structurait les Etats africains en deux camps, les éventuels agressions extérieures sont de moins en moins légion mais aussi difficile. Dans ce contexte la réaction d’assistance ou de solidarité serait difficile voire impossible. Sur un tout autre plan, l’accord militaire conclu par exemple par ces pays au début des années 1960, avec la Côte d'Ivoire, le Gabon ou encore le Tchad est relatif au maintien de l'ordre. Pourtant de nos jours la nécessité n’y est plus à recourir à l’assistance française pour faire régner l’ordre.

Quel avenir pour ces accords ? Les Présidents africains ont-ils intérêt à renouveler ces accords ou à en mettre un terme ?

Quel avenir 60 ans après l’application de ces accords de la première heure ? Avant de livrer notre modeste point de vue, il faut reconnaitre que l’esprit de fond des accords qui ont longtemps plombés les économies de nos Etats a profondément changé à plus de 75%, les conditions et le contexte d’application desdits accords de coopération également. Environ 15ans c'est-à-dire dans les années 1970 déjà, le gouvernement Camerounais exprimait sa volonté de voir le contenu de ces accords se modifier (révisé). Il ne serait donc pas éludé de penser que jusqu’en 2008, 2011 voire de nos jours par exemple, on n’ait pas assisté à des révisions voire de gros changements sur les plans militaires desdits accords. NON ! Qu’il s’agisse à travers des visites officielles, ou des rencontres au sommet, par exemple, le questionnement desdits accords a souvent été évoqué et fait l’objet de propositions entre parties. Un des résultats de cette constante préoccupation sera de réformer les liens en passant de l’assistance observée depuis 1959 au partenariat désormais (Un partenariat se définissant comme l’engagement de 02 partenaires à bâtir quelque chose ensemble) sur ce plan. Ainsi, de l’assistance militaire comme il a longtemps été le cas, qui consistait à équiper et entraîner les armées des pays autrefois colonisés pendant la guerre froide, nous sommes désormais passés au partenariat. Pour exemplifier le cas Camerounais devenu une réalité autonome, on citera les aspects liés à la formation du personnel diplomatique, la définition et l’orientation de politique étrangère, l’encadrement du gouvernement à diverses sphères internationales, la formation du personnel militaire, la création d’Institutions Universitaires, etc. Des 11 accords passés avec ses anciennes colonies, ceux-ci (05) sont restés statiques ; dette coloniale, réserve financière, déploiement des troupes, la langue officielle, la monnaie. De manière globale, malgré les réaménagements observés dans certains secteurs de ces accords de coopérations comme nous venons de le relever, les pays d’Afrique subsaharienne francophone, tout en restant largement polarisée sur l’espace français, se sont davantage intégrée dans l’espace européen (accords de Lomé) et international. Au niveau des flux commerciaux, la part de la France dans les exportations et importations de l’Afrique est passée de 80% (1960) à 40-50% (1974) ; au niveau des mouvements de capitaux, s’est produite une multinationalisation des investissements extérieurs (avec les pays d’Asie majoritairement). La France à travers ces 05 accords a maintenu ses intérêts culturels (francophonie), militaires (avec quelques bases militaires ou rôle de gendarme désormais dans certains pays), politiques (vote aux Nations Unies) et surtout économiques (la gestion et le contrôle de la monnaie) dans son ancien empire colonial 61 ans après. Faille-t-il penser ou parler de la fin de ces 05 accords coloniaux à compter de cette date du 26 décembre 2020? Notre position de chercheur pencherait pour un avis nuancé ! La France reste et demeure un partenaire privilégié pour tous ces pays, toute nouvelle approche ne saurait se faire sous les cris de tambours battants. Je vais uniquement partager l’avis commun qui est de mettre un terme aux accords relatifs à la dette coloniale inconnue jusqu’ici et aux réserves financières. Ces deux n’ont pour seul but que de fragiliser et piller les économies des anciennes colonies en termes de milliards par an. Une révision profonde à terme de ce qui reste de ces accords est néanmoins nécessaire. Quant à l’accord capital qui porte sur l’usage de la monnaie, malgré la volonté de plus en plus marquée des populations de ces pays de voir ce point phare (l’aspect économique traduit par la gestion et le contrôle de la monnaie) modifié totalement en tournant le dos au Francs CFA,(une ambition encore à la traine), il faut dire que cette décision exige au préalable une bonne préparation.. Cette décision forte relative à l’existence d’une nouvelle monnaie autre que le F.CFA, aux conditions de circulation et de gestion autonomes, viendrait d’après nous confirmer la fin desdits accords de la première heure. Toutefois, en l’état actuel de nos Etats, sommes-nous prêts à adopter une nouvelle monnaie et la gérer convenablement ? Une révision profonde et presque totale de l’accord économique est nécessaire. Elle supposerait cependant que des relais efficaces aient pu être mis en place pour assurer des garanties de sécurité régionale, ce qui n'est à l'évidence pas encore le cas. En outre, cette initiative à n’en point douter nécessite beaucoup d’efforts, de solidarité et de volonté des dirigeants politiques et des habitants même de la zone utilisatrice du FCFA. Un merveilleux souhait soulignons-nous, qui devra s’accompagner de l’accentuation des politiques de développement et d’améliorations de comportements tels, la rigueur dans le travail, dans la production, la bonne gouvernance, la lutte contre la corruption, la formation, la promotion des valeurs démocratiques etc. pour espérer voir ces anciennes colonies jouir des bienfaits de leur autonomie financière et se développer progressivement.