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Opinions of Thursday, 11 June 2020

Journaliste: MOUNCHILI Oumarou

Pouvoir à vie: voici le Camerounais qui a toiletté la constitution congolaise


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Dans tous les milieux à Brazzaville, l’on sait que c’est l’ambassadeur KOMIDOR qui a conçu et rédigé la Constitution de la nouvelle République qui a conduit au maintien de monsieur Denis SASSOU N’GUESSO au pouvoir. L’ambassadeur ne s’en cache pas du tout. Partout, il raconte que c’est lui l’auteur de cette Constitution.


Peut-être a-t-il participé à l’écriture de cette Constitution. Peut-être a-t-il même tout écrit lui seul. Dans ces domaines où le secret règne en maître, il est difficile de savoir ce qui s’est réellement passé, difficile de connaître la contribution réelle et effective de l’ambassadeur dans ce travail.


En plus de narguer les congolais par ces propos insultants pour leurs intellectuels universitaires et leurs constitutionnalistes, l’ambassadeur se présente lui-même comme Monsieur Yvon OMNES du Congo. Pour ceux qui ignorent le sujet, un bref rafraichissement de la mémoire : Dans les années 1980, Yvon OMNES est ambassadeur de la France au Cameroun. A l’époque, l’homme, qui tendait déjà vers ses vieux jours, est nommé au Cameroun comme son dernier poste d’affectation. Lorsqu’il prend officiellement sa retraite au début des années 90, Yvon OMNES quitte définitivement les habits de diplomate français. Mais il ne chôme pas. Sur le champ, le président Paul BIYA le nomme Conseiller Spécial au palais présidentiel à Yaoundé. Ainsi, le simple ambassadeur de France devient, après sa retraite, l’un des hommes clés qui aident le Président Paul BIYA à prendre des décisions de grande importance.


Au Congo, l’ambassadeur KOMIDOR rêve de jouer le même rôle. Il a presque atteint son plan car, même sans nomination officielle, il jouit de solides appuis au palais présidentiel à Brazzaville. Mais, contrairement au Conseiller Spécial Yvon OMNES qui sait que le bon diplomate doit savoir garder sa langue, l’ambassadeur KOMIDOR parle trop. Il raconte partout que le Président Denis SASSOU N’GUESSO l’écoute attentivement et met en application ses sages conseils, que les ministres congolais et les membres du PCT (Parti congolais du travail, au pouvoir) sont tous des nullards, et ainsi de suite. Comme tout bon flatteur qui vit aux dépens de celui qui l’écoute, l’ambassadeur KOMIDOR a touché, à maintes reprises, de confortables sommes d’argent du régime congolais, pour ses bons et loyaux services. Ceux qui le connaissent bien parlent tantôt de cinquante millions de francs CFA, tantôt de soixante-dix millions de francs CFA, comme enveloppe d’argent qu’il a touchée pour écrire la constitution.


Sans compter les deux cents millions, somme faramineuse qu’il raconte partout avoir touché en 2013 de SASSOU N’GUESSO pour organiser son colloque sur le roi NJOYA, sultan des Bamoun.
Dans la même lancée de demandeur d’argent, il a su apitoyer le gouvernement congolais sur la maladie de son épouse. Bien sûr, sa femme est malade et elle a besoin des traitements qu’on ne trouve pas sur place au Congo. C’est alors que l’ambassadeur monte un scénario digne d’un film : Il fait venir à sa résidence un éminent Ministre proche du chef de l’Etat, et lui présente sa femme comme une cancéreuse en phase terminale. Généreux, le président SASSOU N’GUESSO lui débloque une cagnotte de soixante-dix millions de Francs CFA pour soins médicaux. Monsieur Zéphirin MBOULOU, Ministre de l’Intérieur et homme de grand cœur, lui remet pas moins de cinq millions. D’autres hautes personnalités devant qui l’ambassadeur a crié « oh secours ! », lui ont versé diverses sommes d’argent, pour faire opérer sa femme.


A vrai dire, sa femme malade n’a pas vu la couleur de cet argent car Nji KOMIDOR, grand jouisseur, ayant tout bousillé dans les hôtels et autres chambres de passe à Brazzaville. Pour preuve, après un rapide voyage en Europe à cette période-là, son épouse est revenue pour subir l’opération chirurgicale à l’Hôpital militaire de Brazzaville. Depuis lors, elle traine dans les dispensaires et les petits centres de santé à Brazzaville, pour le pansement et les séances de massage. Quelle honte !
Depuis que les recettes pétrolières du Congo ne rapportent plus beaucoup, les sources d’argent ont tarit. Monsieur KOMIDOR se gratte la tête et ne sait plus quelle idée lumineuse il peut vendre au pouvoir congolais, pour de nouveau se faire payer de fortes sommes d’argent.


Auparavant, auprès du régime congolais, il a su lisser sa propre image d’homme cultivé et hyper intelligent, spécialiste du changement de constitution. Il n’oublie jamais de raconter qu’il est l’ami personnel des fils MITTERAND en France, qu’il a de bons contacts discrets dans le parti socialiste en France. En 2014, la société congolaise est très agitée, sur le projet du changement constitutionnel. Le Président souhaite faire changer la constitution. Mais la société et la classe politique sont profondément divisées sur la question. Comment faire avaler la pilule amère, sans créer des tensions risquées dans le pays ?


C’est alors que l’ambassadeur KOMIDOR, tel un conseiller providentiel, sort de l’ombre et tisse de solides amitiés dans l’entourage présidentiel. Il a su se montrer indispensable au bon moment, en embellissant son profil et en affirmant des mensonges : Il explique par exemple à ses bienfaiteurs congolais qu’il est une pièce maîtresse dans le dispositif sécuritaire camerounais, dispositif qui a fait échoué la tentative de putsch du mois d’avril 1984 à Yaoundé ; qu’il a joué un rôle crucial dans l’avènement du RDPC (rassemblement démocratique du peuple camerounais, parti au pouvoir), etc. Tous ces faits d’armes sont bien sûr de pures inventions. Toujours est-il qu’il a su jouer et se montrer indispensable pour conseiller le changement de la constitution. Partout à Brazzaville, il s’en revendique la paternité.


Mais ce qui est embêtant, surtout pour le régime congolais, c’est la totale et parfaite indiscrétion de l’ambassadeur. A force de raconter partout qu’il est le grand architecte de la nouvelle constitution, ses bienfaiteurs ont fini par découvrir la tromperie, ce qui a rendu le gouvernement du Congo vexé et très agacé. Au point où les officiels congolais n’ont pas tourné autour du pot, pour le lui faire comprendre. Cela se passe par épisodes. En voici quelques temps forts :
* De passage à Brazzaville, le Délégué Général à la Sûreté monsieur Martin MBARGA NGUELE a fait assoir l’Ambassadeur pour le conseiller en ces termes : « Excellence lorsqu’on sert un Chef, on se tait. Même si vous avez aidé nos amis Congolais selon vos compétences, trop en parler autour de vous peut vous desservir à la longue». Malgré cette mise en garde, l’ambassadeur KOMIDOR n’a rien compris, et a continué à raconter partout comment il a sauvé SASSOU N’GUESSO et le Congo du désastre.


* Ensuite, le Conseiller Spécial de Denis SASSOU N’GUESSO, Jean Dominique OKEMBA a convoqué l’ambassadeur pour lui dire que les services congolais ne sont plus en mesure de garantir sa sécurité au Congo.
*En troisième lieu le Général MOIGNY le patron de la gendarmerie a lui aussi appelé l’ambassadeur pour lui transmettre le même message à savoir que les services de sécurité redoutaient une attaque ou une action violente contre sa personne par rapport au mécontentement et à l’hostilité qu’il a créés autour de lui.


* Puisque l’ambassadeur continue d’ignorer superbement les conseils pressants des hauts responsables congolais et s’entête à raconter partout ses exploits de conseiller très écouté, le Directeur du protocole présidentiel est intervenu et a convoqué l’ambassadeur, pour lui dire carrément que selon des indices concordants, sa sécurité était désormais exposée ; or le Gouvernement congolais ne souhaite courir aucun risque s’agissant de la sécurité d’un ambassadeur étranger. Lorsque cela est clairement exprimé par le propre directeur du protocole du Président, c’est la parole du Chef qui est ainsi transmise. En langage clair, cela revient à dire ceci : « Monsieur l’ambassadeur, il est temps de rentrer chez vous. Informez votre gouvernement que votre travail est accompli et qu’il est temps de vous rappeler »… C’est clair comme l’eau de roche.


Normalement, l’ambassadeur devait rendre compte et informer le gouvernement de son pays sur ces différentes mises en gardes. L’a-t-il fait ? Ou bien a-t-il choisi le silence ? Ce qui est évident, c’est qu’il est toujours là, et il ne manque aucune occasion pour raconter partout les services spéciaux, vrais ou supposés, qu’il a rendus à SASSOU N’GUESSO et à l’ensemble de l’entourage présidentiel, pour maintenir le régime congolais en place.
Il a suffis que le ministre Anatole Collinet Makosso publie un livre sur la Constitution du Congo et aussitôt l’ambassadeur KOMIDOR raconte partout que ce livre est un vulgaire commentaire de la Constitution qu’il a personnellement rédigée et remise au congolais.


Au fond, les Congolais en ont marre de ce monsieur. Indirectement nous les Camerounais du Congo on nous insulte à longueur de journée. Les Congolais demandent si aucun valable diplomate camerounais ne peut venir remplacer celui-ci à Brazzaville. C’est décevant.

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