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Opinions of Friday, 7 February 2020

Journaliste: dw.com

Pourquoi l'Union africaine ne doit pas ignorer le Cameroun


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Lorsque le 33e sommet de l'Union africaine débutera dimanche, le conflit dans les régions anglophones du Cameroun devrait être à l'ordre du jour. Pourtant, il est peu probable que la violence soit sérieusement discutée par les dirigeants africains.

Si l'Union africaine (UA) veut être à la hauteur des grands idéaux de sa charte fondatrice, ses membres doivent faire face aux violations des droits de l'homme qui se produisent au Cameroun, plutôt que de les balayer sous le tapis.

Les régions historiquement anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun abritent 20 % de la population du pays. Le référendum soutenu par les Nations unies qui a suivi l'indépendance en 1960 n'a pas permis aux anglophones de former un pays indépendant.

Bien qu'on leur ait promis un certain degré d'autonomie dans le cadre d'un système fédéral, le pouvoir s'est déplacé vers la capitale, Yaoundé, dominée par les francophones, en 1972. Depuis lors, le Cameroun connaît un "problème anglophone" de marginalisation.

Les protestations pacifiques ont commencé en 2016, lorsque le gouvernement a imposé des enseignants et des juges francophones aux écoles et aux tribunaux anglophones, avec un processus systématique d'érosion de la common law.

Des groupes internationaux impartiaux de défense des droits de l'homme estiment que le régime a réagi avec une force disproportionnée. L'escalade de ces trois dernières années a vu plus de 200 villages brûlés, des dirigeants de l'opposition et des journalistes détenus et torturés, des civils tirés au hasard et terrorisés, provoquant la fuite de 656 000 personnes vers la brousse, les régions francophones ou le Nigeria voisin où 50 000 personnes vivent actuellement dans des camps de réfugiés. On estime que plus de 2 000 personnes ont été tuées.

En réaction, certains des sécessionnistes anglophones les plus extrémistes ont formé des milices de plus en plus violentes au fil du temps, forçant les écoles, les cliniques, les marchés et les entreprises à rester fermés.

Les organisations de défense des droits de l'homme font état d'atrocités tant du côté du gouvernement que du côté des séparatistes. L'économie est au point mort, et la vie normale est impossible pour une grande partie des 5 millions d'habitants du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.

Réagissant à la pression internationale, le gouvernement camerounais a organisé un grand dialogue national sur plusieurs jours en octobre 2019. Ces entretiens limités ont été boycottés par des groupes séparatistes et certains membres de la société civile n'ont pas pu y assister en toute sécurité.

Le gouvernement a ensuite accordé un "statut spécial" aux deux régions anglophones. Cependant, les critiques affirment que le niveau d'autonomie proposé reste mal défini, le pouvoir restant dans l'administration francophone centralisée à Yaoundé.

Malgré cela, toute mise en œuvre est incertaine, surtout à la lumière des élections législatives et municipales prévues pour le dimanche 9 février, auxquelles peu d'anglophones devraient participer ou voter en raison de l'aggravation de la violence et des menaces horribles.

Le Centre pour le dialogue humanitaire en Suisse a proposé de faciliter les pourparlers de paix, mais le gouvernement camerounais n'a pas accepté d'y participer. Très récemment, le Forum africain a annoncé la tenue d'un symposium sur le Cameroun en avril afin de soutenir une résolution pacifique - un développement bienvenu.

Le rôle de l'Union africaine

L'UA est bien consciente de la violence subie par les civils non armés dans les régions anglophones. Pas plus tard qu'en novembre 2019, une délégation comprenant le président de la Commission de l'UA a exhorté le président Paul Biya à mettre en œuvre les conclusions du grand dialogue national, en encourageant la paix et la stabilité par le biais de ce processus non violent.

Pourtant, dans son message du Nouvel An, le dirigeant camerounais a rappelé à ses citoyens que les forces armées s'acquitteraient de leurs devoirs "sans faiblesse". Biya persiste à croire qu'une solution militaire résoudra les problèmes des anglophones.

En janvier 2020, le Cameroun a remis un rapport de 190 pages à l'UA, mesurant sa propre performance par rapport à ses obligations en vertu de la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples. Le document, qui équivaut à la correction d'un essai par une étudiante, se vantait que le Cameroun avait ratifié divers protocoles protégeant les droits de l'homme.

Sa description du Cameroun est en contradiction avec les conclusions des groupes de surveillance tels que Transparency International et Freedom House, qui donnent tous deux au Cameroun le rang le plus bas.

Human Rights Watch et Amnesty International auraient également du mal à reconnaître le pays tel qu'il apparaît dans son rapport à l'UA.

Le gouvernement camerounais se félicite de la création d'une Commission nationale pour la promotion du bilinguisme et du multiculturalisme, qui vise à "maintenir la paix", "consolider l'unité nationale" et "maintenir la cohésion sociale".

Le rapport à l'UA justifie également la fermeture de l'internet dans les régions anglophones pendant quatre mois en 2017, en disant que les gens l'utilisaient pour attiser "la haine, la violence, l'insurrection et la sécession". La liberté d'expression ne s'applique que si elle est utilisée de manière "responsable".

Parmi de nombreux observateurs, l'UA a une mauvaise réputation. Certains lui reprochent de passer plus de temps à chercher à garantir l'immunité de ses dirigeants contre les poursuites judiciaires qu'à persuader ses membres de ne pas persécuter les minorités ou de ne pas détenir les opposants politiques.

La Commission africaine des droits de l'homme et des peuples a tenu son sommet de 2019 en Égypte sous la direction du président actuel de l'UA et du président égyptien Abdel Fattah al-Sisi - le "dictateur préféré" du président américain Donald Trump, qui n'est pas connu pour son respect des libertés civiles.

Si l'UA veut gagner en légitimité aux yeux des citoyens africains, elle doit prouver qu'elle n'existe pas pour l'élite politique et commerciale bien garnie, mais pour dire la vérité lorsqu'un de ses membres viole les principes fondateurs de l'UA.

Le Cameroun mérite plus qu'une simple tape sur les doigts dans une résolution de l'UA de 2018. Les diplomates savent qu'il y a une différence entre les résolutions qui se tordent la main et exhortent le Cameroun à respecter les droits de l'homme, et l'exercice d'une pression réelle et soutenue sur le président Biya à huis clos.

La seule façon d'avancer pour le Cameroun est de mener des négociations de paix inclusives entre le gouvernement et les voix anglophones, tant modérées qu'extrémistes.

Le sommet de l'UA - dont le thème pour 2020 est "Faire taire les armes" pour le développement - devrait faire comprendre au gouvernement camerounais et aux groupes séparatistes armés qu'il y aura des conséquences s'ils refusent de participer aux négociations de paix proposées par la Suisse, ainsi qu'au prochain symposium du Forum africain.

Si la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples de l'UA doit avoir un sens, elle doit s'appliquer à une situation comme celle du Cameroun.

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