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Opinions of Sunday, 24 November 2019

Journaliste: Michel Biem Tong

Paul Chouta en prison : silence coupable du Syndicat national des journalistes (snjc)

Voilà bientôt 6 mois que le journaliste et influenceur web Paul Chouta est séquestré à Yaoundé dans les geôles de la dictature de Paul Biya. Accusé de diffamation (ce qui vaut 6 mois de prison ferme selon le Code pénal !), le procès du reporter du site d’informations Cameroonweb et administrateur de la page Facebook Le TGV de l’Info (près de 80 000 followers) ne s’est toujours pas ouvert. Celle qui est présentée comme la plaignante (c’est le régime pervers de Biya qui agit en elle !), l’écrivaine Calixte Beyala, n’a pas daigné se présenter au Tribunal de première instance (TPI) de Yaoundé-centre administratif pour défendre sa plainte, depuis l’ouverture du procès.

Alors que des organismes internationaux tels que Pen International, Pen America, Reporters Sans Frontières, Committee to Protect Journalist et autres Ifex se mobilisent pour exiger du pouvoir de Yaoundé la libération de Paul Chouta, pendant que ces ONG crient aux menaces graves à la liberté d’expression et à la liberté de presse, le Syndicat national des journalistes du Cameroun (Snjc) quant à lui reste muet. Même pas un communiqué, ni une action de mobilisation. Aucun moyen de pression déployé sur les bourreaux de Paul Chouta. Par ailleurs, le jour du déferrement du journaliste au Parquet du TPI de Yaoundé le 11 juin dernier, le président du bureau national du Snjc, Denis Nkwebo, a déclaré le plus maladroitement du monde sur sa page Facebook que « le Syndicat national des journalistes du Cameroun (SNJC) est une organisation qui défend les intérêts socioprofessionnels de ses membres. Nous faisons la promotion des bonnes pratiques professionnelles. Nous sommes engagés au respect des règles d'éthique et de déontologie. Le SNJC n'est pas la Croix Rouge ».

La première personne qui ne doit pas être surprise par ce silence révoltant du Snjc face à la situation de Paul Chouta c’est l’auteur de ces lignes. Lorsque le 23 octobre 2018, un disciple de Satan au grade de colonel appelé Emile Bamkoui me jette en cellule à 21h au secrétariat d’Etat à la défense chargé de la gendarmerie nationale (SED) à Yaoundé, à 23h, le coordonnateur du Snjc pour la région du Centre, Thierry Ebah, l’appelle au téléphone et cet animal sauvage se met à lui raconter des tas de mensonges comme quoi il a intercepté trois messages vocaux de moi en direction des « sécessionistes », il m’a convoqué (comme si son machin appelé Sécurité Militaire là avait qualité pour me convoquer) et j’ai dit que je ne viendrai pas, que je suis passé aux aveux complets, que j’étais recherché, que je n’ai pas été arrêté dans le cadre de l’exercice de la profession de journaliste, etc.

Au lieu que M.Ebah Thierry vienne me rencontrer à mon lieu de « garde-à-vue » au SED pour avoir ma version des faits, il s’est contenté de faire des paroles de ce colonel bandit et criminel une vérité d’évangile et a publié un communiqué dans lequel il me traite de « cyber-activiste » et conclu que je dois être jugé devant les juridictions appropriées en foi de ce que Bamkoui lui a raconté comme salade.

En dehors de quelques apparitions sporadiques dans des articles de journaux et alertes des ONG telles que Committee to Protect Journalist ainsi qu’une réaction suite à une émission sur Equinoxe Télévision diffusée le 16 novembre 2018 au cours de laquelle deux confrères me tiraient dessus (ces réactions du Snjc étaient suscitées par une minorité au sein de ce mouvement syndical qui me soutenait), je n’ai pas ressenti la présence du Snjc. Personne parmi ses membres n’est venu me rendre visite au SED. Personne parmi ses responsables ne s’est pointé lors de mes déferrements au parquet militaire encore moins à l’ouverture de mon procès.

Pour expliquer ce silence voire cette indifférence autour de ma situation, un membre du Snjc a déclaré sous anonymat aux confrères du journal camerounais Défis Actuels paru le 16 novembre 2018 qu’ « …il y a ce message vocal qui incite des anglophones à résister dans leurs revendications. C’est clairement un acte qui est difficile à défendre dans un contexte où les Camerounais dans leur majorité appellent au calme et à la paix ». Pourtant, la nature privée de ce message vocal, les chefs d’accusation qui m’ont été collés tels qu’outrage à chef d’Etat et propagations de fausses nouvelles, les déclarations du voyou Bamkoui au régional du Snjc pour le Centre, Thierry Ebah, selon lesquelles j’étais dans le viseurs des services de sécurité depuis des mois, devaient amener ce syndicat à se rendre compte que c’est la liberté de presse et d’expression qui étaient ainsi étranglées.

Je serai donc le dernier à être surpris de cette indifférence du Sjnc quant à la situation carcérale de Paul Chouta au Cameroun. Que les faucons qui à la tête de ce mouvement syndical l’ont vendu au régime luciférien de Yaoundé sachent que :

(1) un syndicat n’est pas là pour défendre les intérêts de ses membres mais ceux d’un corps de métier (voir la définition du syndicat ici https://fr.wikipedia.org/wiki/Syndicat);

(2) Avec l’avènement des réseaux sociaux, le journalisme ne s’exerce plus seulement à travers les canaux traditionnels (radio, télé, presse écrite ou cybernétique). Il est désormais possible pour un journaliste (formé ou pas) de créer une page Facebook, la sponsoriser et y publier des articles ;

(3) A l’absence d’une organisation professionnelle de défense de la liberté de presse au Cameroun, le Snjc doit intégrer les caricaturistes, les photojournalistes, les cameramen, les lanceurs d’alerte et autres influenceurs web dans son champ d’action car tous ces corps de métier ont pour objectif informer le public ;

(4) le journalisme ce n’est pas que donner les faits, reporter, enquêter. C’est aussi analyser, donner son opinion sur un problème bien déterminé. Alors bougez-vous, messieurs et dames !