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Opinions of Saturday, 28 August 2021

Auteur: Père Ludovic Lado

Père Lado dénonce le bal des hypocrites aux obsèques de Penda Ekoka

Vue partielle des personnalités aux obsèques de Penda Ekoka Vue partielle des personnalités aux obsèques de Penda Ekoka

Les obsèques de Christian Penda Ekoka est le sujet principal de la chronique hebdomadaire du père Jésuite Ludovic Lado. Dans sa tribune, le prêtre regrette l'hypocrisie de la plupart des acteurs politiques qui ont fait leur show aux obsèques de l'ancien allié de Maurice Kamto. La rédaction de CamerounWeb vous propose la tribune du père Lado.

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Dans l’évangile de ce dimanche, Jésus traite ses interlocuteurs d’hypocrites parce qu’ils soignent l’extérieur aux dépens de l’intérieur: «Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi.» (Mc 7, 6) On peut en déduire une belle définition de l’hypocrisie : divorce entre les lèvres et le cœur, entre ce qu’on dit et ce qu’on pense, sent ou croit, entre l’extérieur et l’intérieur. C’est malheureusement fréquent dans la vie sociale qui s’apparente est un jeu de masques, où les apparences comptent plus que la réalité, où l’impressionnisme est plus célébré que l’authenticité, où les masques valent mieux que la vraie face, où la forme est plus importante que le fond.

Comme on a pu le constater cette semaine pour Christian Penda Ekoka (Paix à son âme !), c’est souvent après la mort d’un être humain que le cortège des hypocrites s’ébranle en direction du cimetière de l’authenticité, que les lèvres se délient du cœur. Pire encore, vos assassins prennent en charge vos obsèques au gré des oraisons funèbres et des décorations à titre posthumes.

Mais l’hypocrisie a aussi fait son nid dans les religions. Comment expliquer que l’Afrique soit dans un état aussi piteux en matière de promotion humaine alors que c’est l’un des continents le plus religieux du monde, l’un des continents où nuit et jour on invoque le nom de Dieu sous toutes les formes?

On a même comme l’impression que plus on invoque Dieu plus la violence s’installe ; plus on invoque Dieu, plus l’homme devient méchant ; plus on invoque Dieu, plus on a l’impression qu’il s’éloigne, contrairement à ce qu’insinue la première lecture : « Quelle est en effet la grande nation dont les dieux soient aussi proches que le Seigneur notre Dieu est proche de nous chaque fois que nous l’invoquons ? » (Dt 4, 6-8). La raison est simple : nos multiples religions ont été vidées de la spiritualité, de l’intériorité au profit des formes extérieures : « ce peuple m’honore des lèvres mais son cœur est loin de moi » (Mc 7, 6).

Nous devons donc réapprendre à aligner l’extérieur sur l’intérieur, et c’est ça le salut qu’il soit individuel ou collectif. Car on ne peut rien bâtir de solide sur des formes sans contenu, sur l’hypocrisie. C’est construire sur du sable. Il faut donc passer de la démocratie des lèvres à la démocratie du cœur. Les constitutions, les lois, les élections, les parlements, les sénats, etc., bref toutes ces formes n’ont de sens que si le cœur de l’homme ; quand il n’est pas mauvais, leur donne vie. Il faut aussi et surtout passer de la religion des lèvres à la religion du cœur, car c’est la qualité de notre cœur qui détermine tout le reste. Les beaux temples, les belles églises, les beaux vêtements liturgiques, l’intellectualisme religieux, les longues et dansantes liturgies, les multiples dévotions, la régularité aux rituels, participation à la quête, l’accumulation des sacrements, etc. bref, toutes ces formes extérieures n’ont de sens que quand elles traduisent un fond qui est la spiritualité, la vie dans l’esprit.

D’ailleurs la finale de la deuxième lecture de ce dimanche résume bien l’essentiel d’un comportement religieux : «Mettez la Parole en pratique, ne vous contentez pas de l’écouter : ce serait vous faire illusion. Devant Dieu notre Père, un comportement religieux pur et sans souillure, c’est de visiter les orphelins et les veuves dans leur détresse, et de se garder sans tache au milieu du monde. » (Jc 1, 27). En cette période de rentrée, pensons à acheter au moins un cahier à un enfant autre que le nôtre. C’est cela la vraie religion.