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Opinions of Tuesday, 6 July 2021

Auteur: Laziz Nchare

Opinion: l’université camerounaise prise au piège du syndrome de mentalité de crabes!

Jaque Fame Ndongo, ministre de l'Enseignement supérieur du Cameroun Jaque Fame Ndongo, ministre de l'Enseignement supérieur du Cameroun

Dans une tribune publiée il y a quelques jours, Laziz Nchare Camerounais vivant à New York déplore la politisation des milieux universitaires de son pays et appelle à un sursaut national des étudiants et chercheurs, afin que l'intelligentsia camerounaise ne sombre pas.

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À un moment donné, les universitaires de la galaxie RDPC sans aucune production scientifique digne de ce nom doivent cesser de ridiculiser le système universitaire Camerounais. De toute ma vie de chercheur, je ne connais aucun pays à travers le monde où l’essentiel de ce qui convient d’être appelé «universitaire» est réduit à dénigrer l’épaisseur académique de leurs collègues! Le Cameroun est donc une curiosité planétaire où au lieu de célébrer les ouvrages et les publications scientifiques de nos universitaires, les plus médiocres dans cet univers d’excellence académique se réduisent à vivre dans le déni.

Ce n’est donc pas un hasard si Owona Nguini passe des nuits blanches à être fertile dans ses textes de haine truffés de fautes et de majuscules qui violent les règles élémentaires du bon usage de la langue de Molière. Quand cette curieuse attitude tourne autour du magistère du professeur Kamto, l’un des juristes le plus connu de ces dernières 20 années, cela me rend plutôt circonspect pour plusieurs raisons. Déjà, le milieu universitaire Camerounais a été longtemps enrégimenté pour chanter la gloire du couple présidentiel au point où la quasi-totalité des universitaires camerounais sont obligés de se livrer au larbinisme irresponsable en faveur du couple présidentiel contre leur ascension fulgurante. Ceux qui refusent de se livrer à ce giottisme rétrograde et sans objet sont sévèrement punis pour leur probité intellectuelle. L’attitude de Owona Nguini et de son maître à penser Fame Ndongo vis-à-vis du professeur Kamto trouve sa quintessence dans la condition psychologique que l’on appelle «syndrome de mentalité de crabes»! Ce syndrome est populaire non seulement sur le campus, mais aussi dans de nombreux autres environnements tels que le lieu de travail, le cadre politique et même les familles au Cameroun. La question essentielle à l’heure que nous proposons cette analyse est celle de savoir si tous les humains ont ce syndrome? Si oui, comment pouvons-nous l’éviter?


L’échec est-il une fatalité dans le milieu universitaire camerounais?


Le Campus universitaire Camerounais est supposé être le siège de l’intelligentsia, de l’excellence académique. C’est donc en principe un cadre par excellence de la parole et de la pensée libre, autrement dit un cadre de débat essentiellement académique qui ne peut exclure l’engagement politique des différents acteurs pour la défense de la cause ou des idées qui leur tiennent à coeur! C’est la quintessence même de la profession d’universitaire qui se doit de développer l’exercice de la pensée libre de toute influence politique ou idéologique. L’idéal ici consiste à protéger toute l’indépendance de l’universitaire vis-à-vis du politique qui tolère difficilement voire pas du tout la critique en ce qui concerne le régime RDPC. Or, cette liberté de penser est une condition pour l’université Camerounaise de participer aux avancées vers une société nouvelle qui soit capable de consolider les acquis d’une vraie démocratie participative. Voilà pourquoi le respect de la pensée libre y est un impératif catégorique. Or, nous assistons plutôt à une espèce de politisation monocolore du campus universitaire Camerounais où les barons du régime font un effort de Prométhée pour embrigader voire enrégimenter toute l’intelligentsia Camerounaise en faveur du RDPC.

En effet, « les enseignants du supérieur devraient avoir un statut leur permettant de ne pas trop dépendre du pouvoir politique. Ce dernier n’est en rien objectif » (Chindji-Kouleu, 2008, p. 211). Ce n’est donc pas surprenant de constater que les Campus universitaires se vident lors des campagnes électorales où l’essentiel de nos universitaires se reconvertissent en responsables de campagne en faveur du RDPC pour aspirer à des promotions fulgurantes au sein de l’administration centrale. Au bas mot, nos professeurs d’université abandonnent carrément les amphithéâtres pour se rendre aux campagnes électorales, afin de se maintenir dans ou de conquérir des postes importants dans les ministères. Quel gâchis! Comment peut-on rêver de l’excellence académique dans un tel univers qui ressemble à une prison géante? Owona NGUINI ne doit-il pas sa nomination comme recteur numéro 2 à l’université grâce à ce fameux colloque en faveur de la première dame tenue en 2016? Et ce colloque supposé être scientifique a consumé plus de 60 millions et, 5 ans après n’a jamais produit les actes du colloque. Ce qui ressemble plus à une escroquerie intellectuelle plutôt qu’une conférence digne de ce nom.


L’excellence académique est donc bafouée dans le système universitaire camerounais

Nous assistons impuissant à une société universitaire en déliquescence où on assiste à toutes les dépravations des mœurs. La vente des notes, le harcèlement sexuel, la corruption et les fraudes y sont monnaie courante. La remarque donc de Owona Nguini n’est qu’une conséquence de la destruction de ce milieu «auto conservateur» où toute la machinerie universitaire est déployée contre les dissidents afin de les broyer avec des intrigues rétrogrades et de bas étages. Les plus médiocres se battent non pas pour produire des publications scientifiques de renom, mais plutôt pour saboter leurs collègues parmi les universitaires d’exception qui sortent la tête de l’eau comme le professeur Kamto. Ceci pour bénéficier des postes de nomination sous forme de récompenses de la part de la hiérarchie. L’accès au titre de professeur est devenu une affaire politique dans la mesure où, l’universitaire camerounais continue de chercher les positions plus élevées pour aspirer à devenir Ministre ou un responsable de parti pour gagner des gros marchés dans la corruption et la fraude.

L’échec dans cet univers de compétition et de favoritisme se vit comme une fatalité. C’est ce qui justifie le syndrome de mentalité de crabe chez les petits loups qui se cherchent encore. La jalousie, la haine, l’envie sont des sentiments naturels chez l’universitaire Camerounais. Ils peuvent effectivement être contrôlés en reconnaissant avec humilité nos propres limitations. Même si ces sentiments ne peuvent être complètement éliminés de notre esprit, nous pouvons minimiser l’impact de cette mentalité du crabe chez nous les camerounais en adoptant les attitudes suivantes :

(1)la Persistance

Ce n’est pas facile de digérer les commentaires négatifs dans le milieu universitaire Camerounais à cause de la pauvreté et la précarité que connaît ce milieu infernal. Mais, avec la persistance, nous avons là un moyen de maintenir notre position en restant autant que faire se peut compétitif. Il devient fortuit d’écouter les commentaires négatifs de ceux qui incarnent déjà l’échec cuisant et de continuer à faire ce qui est juste à notre avis. De cette façon, on ne s’inquiétera plus des critiques ou des insinuations des larbins du régime au sujet de ce que nous faisons. Cela participe à nous rendre plus performants.

(2) Le développement personnel

Obtenir un doctorat n’est pas une fin en soi. Nous sommes obligés de continuer à être passionnés par le développement de nos capacités intellectuelles dans des disciplines variées afin d’être extrêmement compétitifs. Cette recherche constante de nouvelles connaissances nous met en confiance et nous épargne de vivre le syndrome de l’imposteur dans notre vie professionnelle en milieu universitaire Camerounais. C’est important de nous ouvrir à d’autres perspective plus compétitives sur la scène internationale afin de mieux vivre de notre recherche.

(3) Devenons plutôt un modèle pour les autres

Quand nous luttons pour une cause juste, devenons plutôt un modèle pour ceux qui nous suivent. La lutte politique pour laquelle nous nous sommes engagés à un but, il suffit d’y développer des convictions pour qu’il devienne difficile pour nos détracteurs de nous faire tomber. En adoptant de bonnes habitudes dans nos vies, nous pouvons influencer positivement les autres. Ceux qui nous respectent servent d’impulsion supplémentaire pour ne pas être ramenés à des circonstances indésirables.

(4) Apprenons à survivre à l’échec

Tout échec constitue le fondement même de la réussite pour ceux qui font preuve d’abnégation et d’humilité. L’échec n’est pas une fatalité en tant que tel. Tout le monde a dû vivre ça à un moment déterminant de sa vie. Ceux qui en ont tiré des leçons, peuvent devenir des champions demain. Rien de positif dans cette vie ne peut se réaliser si on évite d’apprendre de nos faux pas. En tant que jeunes camerounais, nous gagnons plutôt à copier les meilleurs parmi nous au lieu de les détruire avec des propos irrévérencieux destinés à les saboter. L’énergie que nous déployons a détruire les autres peuvent nous aider à nous bâtir une réputation honorable qui profite à notre pays. Je ne suis pas militant du MRC, mais jamais il ne me traversera l’esprit de chercher à assassiner le caractère de son leader. À l’UDC que nous a laissé le Dr. Adamou Ndam Njoya de regretté mémoire, nous aspirons à être les artisans d’un «Cameroun pour nous tous et par nous tous»! Dans cette logique inspirée de la démocratie participative; nous comprenons que chacun dans son domaine d’expertise est une addition à l’édifice. Voilà pourquoi nous combattons avec une férocité à nulle autre pareille tout sentiment de discrimination et d’exclusion. Le Cameroun que nous rêvons rebâtir est une société inclusive qui laisse place au dialogue inclusif pour réconcilier les Camerounais avec eux-mêmes.
Nous pouvons faire mieux, et pour y arriver, disons halte à la haine fortuite. Enough is enough, comme le disent les anglo-saxons!