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Opinions of Friday, 13 August 2021

Auteur: Boris Bertolt

'On ne peut pas faire à Rebecca ce qu’on fait au Camerounais lambda'

Rebecca Enonchong Rebecca Enonchong

Ce vendredi 13 août, cela fait 72 heures que l'entrepreneur tech camerounaise Rebecca Enonchong est gardée à vue à Douala pour dit-on 'outrage à un magistrat'. Dans une nouvelle tribune publiée ce jour, le journaliste politique Boris Bertolt s'indigne contre cette détention qu'il trouve illégale.

Ci-dessous, la tribune du journaliste.

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'Si Rebecca Enonchong était seulement soupçonné d’être impliqué dans un meurtre, j’aurais moi-même soutenu sa détention.

Si Rebecca Enonchong était seulement soupçonné d’être impliqué dans un trafic sexuel, j’aurai moi même demandé qu’elle soit d’abord envoyée à New-Bell.

Si Rebecca Enonchong avait détourné de l’argent public, j’aurai moi-même encouragé sa détention.

Etc.

Le problème dans cette affaire relève du fait que Rebecca Enonchong a été placé en garde à vue depuis plus de trois jours parce qu’elle a laissé exploser sa colère devant un magistrat qu’elle soupçonne de partie pris dans un différend familial. Outré le magistrat l’accuse « d’outrage à magistrat » et elle est placée en garde à vue. Voilà le nœud du problème.

Cette garde à vue est même déjà jugée illégale par les avocats. Certains s’indignent de la levée de bouclier autour de cette arrestation. Quoi de plus normal. Rebecca Enonchong dans le domaine des technologies et Maurice Kamto dans le domaine du droit font partie des gens qui ont un impact significatif sur la marche du monde. Dès lors, dès qu’ils sont en difficultés c’est tout un système qui se met en branle.

Mais pour finir disons-nous les vérités. Est-ce que nous ignorons comment sont nos magistrats et nos policiers au Cameroun ? Combien d’entre nous avons vu des dossiers enterrés dans des commissariats, gendarmerie ou chez le procureur par des magouilles ? Combien d’entre nous avions parfois dénoncé la manière dont les procédures sont conduites par des magistrats.

Rebecca Enonchong met une fois de plus à jour le malaise la justice camerounaise. La haine ne saurait constituer un terreau pour laisser prospérer l’injustice. Car l’injustice n’a pas d’amis juste des proies qui attendent chacun leur tour'.