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Opinions of Friday, 16 April 2021

Auteur: Nadia Fotso

Nadia Fotso fait enfin ses adieux à Aziz Chouaki

Il y a deux ans mourait Aziz …Je ne le salue que maintenant parce qu'il m'a fallu du temps… ce 16 Avril 2021, je le pleure affolée et obnubilée par le vide et les ravages que laisse sa disparition mais qu'enfin, je me résous à accepter. Il est donc possible d'écrire sans trop d'exaltation tout le bien que je pense de lui en commençant par clamer haut et fort que c'était un écrivain, un être génial qui avait des dons incroyables dont celui de raconter des histoires avec un humour et une sensibilité mordantes…

II y aurait tant de choses à écrire sur Aziz Chouaki même sans tout dire et lire. Il créait, composait, réparait et aimait avec le savoir-faire d'un orfèvre besogneux sans savoir hélas comme tous les immenses artistes vivre. La vie immédiate est un boulet pour toutes les personnes qui ont le goût de l'absolu et du beau.

En plus de l'écriture, nous partageons un combat titanesque avec un corps qui lâche et se fâche en nous empêchant de ne vivre que d'écriture et en rendant le quotidien lourd...il a eu lui la chance d'être mieux entouré et accompagné sans avoir celle d'être moins usé par l'exil et les cassures de l'enfance.

Mais il faut vous parler des pièces d'Aziz Chouaki. Hélas pour lui, lorsque je le lis, j'entends et vois d'abord la seule personne qui pouvait sans doute le compléter en l'abreuvant de sa grandeur exigeante. Son théâtre a la puissance du beau travaillé...il faut lire Aziz Chouaki au moins pour réaliser la richesse et la diversité de la littérature algérienne, maghrébine, africaine sans épices et orientalisme. Il parle avec raffinement d'un ailleurs qui peut sembler lointain et très ensoleillé en cassant les carcans et schémas habituels comme pour rappeler sans vulgarité, facilité ou raccourci que la vie est partout semblable : les femmes et les hommes la rétrécissent, l'enlaidissent, s'élèvent ou la subliment à leur façon et de la même manière.

Une des dernières fois que j'ai vu Aziz Chouaki, on a rigolé devant un pot de foie gras qui se disait halal ! Il trouvait cela absurde, ridicule et drôle....il avait de l'humour et savait d'une phrase moquer l'ignorance et la connerie... Oui, nous avions aussi cela en commun...un refus tranchant d'élever la connerie, la bassesse et le banal...

Cela permet de se mettre en danger et de faire des choses folles comme la fois où il a fait semblant d'être aveugle en prenant l'avion en Italie. Aziz Chouaki était un faux doux mais un vrai sensible qui respectait les mots autant que les autres parce qu'il était un aristocrate de la pensée. Hélas pour lui mais heureusement pour les siens et les autres , il sera enfin vraiment lu et célébré maintenant qu'il n'est plus puisque né trop tôt dans un monde francophone qui ne sait pas quoi faire des ses différences lorsqu'elles ne font pas de bruit ou ne s'emballent pas dans l' exotisme et l'identitaire en se contentant d'être singulières, artistiques et magnifiques.

Je te salue Aziz sans te dire adieu. Nos passions communes m'inspirent de longues phrases pour avouer pudiquement sans l'expliquer que je ne me remettrai pas de ton décès. Tu étais le cœur de mon cœur. Sa douleur cruelle, éternelle et désespérante est mienne tout comme son admiration folle mais méritée pour ton génie...La fin de votre livre est la fin du nôtre...pour toujours.

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