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Opinions of Friday, 9 August 2019

Journaliste: Patrice Nganang

'N'essayer même pas le combat intellectuel alors...je vais vous écraser'


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Crier ne fait pas avoir raison, encore moins quand on vient d'un pays nomme 'crabe' par les Blancs. Répéter cette bêtise ne la rend pas intelligente: c'est le nom lui-meme qu'il faut changer. Tout combat pour le changement se passe a plusieurs niveaux, c'est clair. Le niveau intellectuel n'est pas des moindres, meme si les niveaux moral - genocide -, politique - MRC -, activiste - la BAS, JSK - sont importants et plus visibles, parce que plus dynamiques. Comme chacun peut se rendre compte, j'ai plus ou moins abandonne le terrain intellectuel. Je n'enseigne pas au pays, je ne debats pas, je dis toujours ici et la, et bloque quiconque essaye de le faire sur cette page-ci.

Je l'ai fait, parce que le terrain politique, vide, devait être occupe - je m'en suis rendu compte depuis mes années parlementaires, depuis 1990 donc, et quiconque a mon age sait que ce sont les Parlementaires qui étaient la cheville ouvrière politique des Francophones - les Anglophones, comme cela se voit aujourd'hui encore avec les Ambazoniens, après le SDF, n'avaient pas besoin d'appoint, mais les Francophones, oui. Depuis 1995 en effet, chacun a vu et peut voir que les Francophones ont toujours été orphelins d'un grand parti politique - c’était évidemment avant la naissance du MRC. Et quand je dis parti politique, je veux dire, d'un courant intellectuel qui se structure dans un parti politique - je ne parle pas d'un truc administratif comme l'UFDC. Ce courant intellectuel dissident, je dis bien francophone, n'existait pas, parce que nos intellectuels - Eboussi, Mbembe, Monga, etc. -, nos aines intermédiaires surtout, se sont toujours satisfaits de ce que l'ancienne Gauche avait pense - l'anti-impérialisme qui débouche aujourd'hui directement dans la lutte contre le Franc CFA, et ses avatars.

Ils se sont toujours satisfaits de l'analyse économique donc, qui divise les gens en riches d'une part et pauvres de l'autre, en bourgeois d'une part et prolétaires de l'autre, qui pour réaliser la lutte des classes voit une coalition de souffreteux se lever dans un 'front uni' et 'embraser tout le pays.' Pour lire les theories de ces choses chez nous, il suffit de feuilleter les écrits poussiéreux de Um Nyobe qui, pour eux, a toujours raison meme s'il est mort dans la foret de son propre village bassa, trahi par les gens de sa propre tribu bassa, et par personne d'autre; il suffit de le citer et de le reciter, et de declarer quiconque ne le fait pas 'cancre', 'idiot', 'bête' - comme quoi, Um Nyobe est demeure l'horizon indépassable de la pensée dissidente chez les Francophones. Um Nyobe et tous ceux qui étaient avec lui - de Ouandie a quiconque.

Le problème cependant, c'est que le paradigme de Um, paradigme matérialiste donc, a ete depasse en Occident depuis longtemps, depuis très longtemps, par un seul constat: c'est ce qu'on appellerait la pensée de papa, ou mieux, la philosophie de grand-papa. Et pour cause: les pauvres, les prolétaires donc, votent, ou alors, agissent le plus souvent contre leur intérêt economique. Au Cameroun, regardez donc les Bulu - ils votent a 100% pour Biya et pour le RDPC, sans fraude, s'il vous plait, alors qu'ils sont de loin, et de tres loin, les plus pauvres du Cameroun - n'ont absolument rien d'autre apres 37 ans de pouvoir bulu que leur foret et leur misere. Ils ne sont pas une exception, et dire que Niat est Bulu ne changera rien a ce paradoxe, qui en fait, moins qu'un paradoxe est un principe cardinal. Aux Etats-unis, c'est bel et bien les pauvres blancs qui ont vote pour Trump qui possede un gratte-ciel, et a un mepris absolu pour eux. Regardez donc qui vote en France par exemple pour le Front national, vous verrez que ce sont d'habitude des pauvres blancs aussi. Ils votent par racisme, donc, en se fondant sur l'identite. Voyez donc comment tous les Bulu qu'on me disait progressistes - 'vous menez le meme combat' - se recroquevillent dans la tribu quand je critique le genocide que leur tribu commet - Owona Nguini, Enoh, Bomo, Eboutou, tous de maniere identique. Mais regardez surtout pourquoi par exemple les Allemands avaient decide de tuer les Juifs - ce n'est pas parce que ceux-ci etaient riches ou pauvres, mais bel et bien parce qu'ils etaient Juifs. Regardez encore pourquoi des soldats bulu decident d'abattre un nourrisson - je dis bien un nourrisson - au Noso! Ce n'est pas parce que ce nourrisson est riche ou pauvre, mais bel et bien parce qu'il est le nourrisson d'un Anglophone! Les premiers a se rendre compte de l'importance de l'identite comme paradigme d'analyse a Gauche, c'etaient evidemment les Juifs, et les seconds c'etaient les Noirs. Um Nyobe n'etait sans doute pas au courant de la lettre de demission du Parti communiste d'Aime Cesaire a Maurice Thorez (1956), parce que celui-ci ne prenait pas en compte son identite noire - mais Um etait deja dans la jungle bassa de son village, coupe de tout. Mes compatriotes, aveugles comme lui, n'ont pas lu de tels textes qui ont cependant, dans la suite de ce texte premonitoire, fonde la Nouvelle Gauche. Et elle a ses references qui empliraient de nombreuses bibliotheques, references dont les plus importantes sont sans doute Gramsci, Althusser, Foucault, Said, Hall, Butler, etc. Vous comprenez que nous sommes ici en plein dans les Cultural studies qui n'ont pas encore pris pied en France, encore moins dans notre pays ou l'anthropologie est encore coloniale, mais qui pourtant ont fonde la coalition qui a mis Barack Obama au pouvoir en 2008.

En quoi ca nous concerne, vous allez dire? D'abord parce que quiconque n'est pas Camerounais a deja compris ceci: ce qu'on appelle 'Anglophone' au Cameroun est une ethnie comme par exemple 'Tutsi'. Il n'y a que les Camerounais francophones qui ne le comprennent pas encore, or cette definition des nouvelles ethnicites - Black, Beur, Anglo, Latino, Bamileke, Tutsi, etc. - sont l'alphabet des Cultural Studies dont je suis Full Professor, et qui leur donne une grammaire. Et cette grammaire c'est quoi? Cette grammaire c'est la politique des minorites. C'est-a-dire que ce qui avec Aime Cesaire en 1956 se definissait comme identite, se definit aujourd'hui comme minorite. Le Cameroun pendant trop longtemps a voulu noyer le discours des minorites pour nous presenter les 'autochtones' - surtout ceux de Yaounde -, comme des minorites. Or ce n'est pas le cas - et si c'etait le cas, les Nazis seraient bel et bien une minorite, eux qui n'avaient jamais gagne d'election democratiquement, y compris en Allemagne en 1933! Un groupe est une minorite parce que defini ainsi par un pouvoir hegemonique (terme de Gramsci), l'hegemonie etant l'assise institutionnelle, culturelle, sociale et politique d'un groupe, groupe qui peut etre une race, une tribu, ou alors un parti politique. Mais il le devient aussi par l'auto-identification, l'auto-definition: 'Je suis Amba!' Les Blancs sont hegemonique en Occident, comme la Droite est hegemonique en France, cela sont des faits politique et sociaux indiscutables - de meme, les Bulu sont hegemoniques dans notre pays. Vous avez compris que c'est le pouvoir hegemonique qui invente la minorite - le Blanc cree le 'Noir'. Cela veut dire quoi? Cela veut dire que chez nous ce sont les Francophones qui ont invente les 'Anglophones' qui, eux-memes, s'appellent plutot Southern Cameroonians, ou alors s'auto-identifient depuis 1983, je dis bien 1983, comme Ambazoniens. Les tuer tous ne changera jamais rien a cela. Voila la dynamique du conflit identitaire qui secoue notre pays et que le discours sur le 'vivre ensemble', autant que l'analyse materialiste veulent eteindre. Or aucun Anglophone qui se respecte ne s'appellera jamais 'Anglophone'! Ce serait comme un Africain Americain qui s'appelerait 'negro', ou pire, 'nigger'. La politique qui decoule de ce compas moral, cad de cette distinction entre pouvoir hegemonique et minorites (au pluriel), est quelque chose qui echappe encore a la classe intellectuelle de notre pays, et pire, a la classe politique de chez nous quand elle parle de tribalisme - de mon tribalisme, par exemple. Pourtant les Bamileke - et je suis Bamileke - sont, pas seulement une minorite dans notre pays, nous sommes la minorite par excellence, cad. celle qui, a cause de notre relation primordiale avec le genocide (1960-1970), dicte la politique des minorites au Cameroun, definit la grammaire de la politique dans laquelle se sont installes les Ambazoniens, comme on voit. Les Bulu seront vaincus intellectuellement, moralement, et militairement.

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