Vous-êtes ici: AccueilWallOpinionsArticles2020 05 19Article 514015

Opinions of Tuesday, 19 May 2020

Journaliste: Anne Féconde Biloa Noah

Message à tous les compatriotes qui se revendiquent de l'opposition

Anne Féconde Biloa Noah, Porte-parole de Cabral Libii Anne Féconde Biloa Noah, Porte-parole de Cabral Libii


Pandémie Coronavirus au Cameroun : Lisez toute l’actualité ici →

Pourquoi les militants de base et les cadres moyens du parti au pouvoir ont besoin de la solidarité, et de l'accompagnement méthodique de l'opposition afin de reconsidérer leur engagement politique, et le cas échéant s'affranchir ?

Définition des concepts :

Militants de base : Ces militants « d’en bas », dont la hiérarchie du parti à travers leurs élites locales, ne se souvient qu’à l’approche des élections, et quand il faut faire des haies d’honneur ; mais qui le reste du temps subissent les « propriétaires du pays »comme toute la population.

Cadres moyens : Ceux des militants qui occupent des responsabilités figuratives au sein du parti, sans aucune influence dans la prise de décision.

Au fil des jours, les circonstances du décès du compatriote Simon MEYANGA, brillant communicateur de son parti sont révélées.

Il aurait quitté ce monde dans des conditions peu reluisantes. Il en aurait été à rechercher des prêts de petites sommes d’argent pour faire face à ses charges et pour se soigner.
Le choc de la perte de ce compatriote si avenant malgré tout passé, ses derniers mois de vie parmi nous, interpellent à mon humble avis, une profonde réflexion, sur notre manière, nous de l'opposition, d’aborder le recrutement des militants de ce parti dont nous avons aussi besoin, pour la construction de l'Etat-Nation auquel nous aspirons.

Pour rappel, il était chargé de communication dans un établissement public dont le Directeur Général est aussi du parti au pouvoir.

Ila été suspendu, et ensuite licencié sans état d’âme par son propre camarade de parti, pour être allé battre campagne, afin de faire gagner l'élection présidentielle au président national de leur parti à tous les deux.

Il est vrai que nous avons toujours condamné l’abandon des services publics par les militants du parti au pouvoir pendant les campagnes électorales, mais il en a toujours été ainsi. Son Patron, était lui-même en campagne comme tous les autres ?propriétaires du pays?. Pendant ces périodes personne n’est en reste, il faut durement mouiller le maillot pour défendre le mauvais bilan du parti.
Au vu de la pratique, comment peut-on objectivement penser qu’un DG du RDPC peut sanctionner au point de licencier son camarade du RDPC, pour être allé battre campagne pour que leur président national soit réélu Président de la République ?

Il y’a lieu d’analyser la piste d’un problème personnel qui aurait existé entre les 2 hommes, qui aurait été adossé à son absence au poste, tout simplement pour justifier cette « punition mortelle ».
Au-delà de tout, et ce que je trouve terriblement choquant, c’est que la hiérarchie de ce parti a laissé faire.

Comment comprendre que les instances du parti aient laissé malmener cet homme par un des leurs sans rien faire ?
Comment Le secrétariat général du parti, les ministres occupant aussi des fonctions au sein du parti, bref la haute hiérarchie du parti a-t-elle laissé perpétrer une telle méchanceté envers l’un de leurs meilleurs défenseurs ?

Avec le travail titanesque qu’il abattait pour défendre son parti et son président national sur les plateaux, comment aurait-on pu deviner qu’il pourrait souffrir autant dans l’indifférence totale?

Tous les « propriétaires du pays » sont membres du parti au pouvoir, ils donnent du travail à qui ils veulent, ils contrôlent toutes les entreprises publiques, bref ils donnent à manger à qui ils veulent. Comment est-il possible que le comité central du RDPC n’ait pas trouvé un autre travail à leur camarade si son ancien employeur est aussi redoutable que ça ?

Doit-on comprendre qu’on se plie en quatre pour faire avancer le parti, mais quand on est en galère à cause du parti d’ailleurs, on est abandonné dans sa misère jusqu'à ce que mort s'en suive? Il se mourait sous leurs yeux et tous détournaient le regard. Au RDPC les gros poissons mangent impunément les petits et ça ne gêne personne.
Si Simon Meyanga était un gros poisson lui aussi, le comité central aurait mis quelqu’un en mission pour faire la médiation, mais hélas!

Mais encore, ce compatriote, aurait pu démissionner. En ce moment, l’opposition recrute et les démissions d’une catégorie de militants sont très intéressantes. Il aurait même pu négocier de meilleures conditions de vie pour rejoindre un parti d’opposition, cela aurait été une belle prise.
Mais pourquoi ne l’a-t-il pas fait ?c'est la question qui vient d’abord à l'esprit.

De mon observation, certains militants du parti au pouvoir subissent ces genres d'incongruité sans changer de bord pour deux raisons :
-Ils sont au RDPC par conviction et pas nécessairement pour la « sardine »;
-les élites du parti les nourrissent d’espérance et d’eau fraîche.
Quelque fût le cas de notre compatriote, attardons-nous sur ces deux points.

1- Pour les rdpcistes par conviction

C’est une erreur pour nous de l’opposition de penser que tous ceux qui militent au RDPC, notamment les militants « d’en bas » le font pour des intérêts égoïstes, alors qu’il n’Ya qu’une poignée c’est-à-dire l’élite du parti qui mange et leur refuse même les miettes.
Cette approche nous met sur une fausse piste parce qu’elle incite à la stigmatisation et à la condescendance dans le discours électoral.

On les aborde alors comme des bourreaux, ça vire aux insultes etc. Or ils sont militants par conviction, sauf que leur parti ne mérite pas de les avoir.
La bonne approche serait donc tout d’abord de respecter leur droit de militer dans le parti de leur choix, y compris le RDPC; de leur démontrer que leur conviction est mal orientée au regard des résultats sur leurs niveaux de vie respectifs
C’est à ce niveau qu’intervient l’éducation citoyenne.
Les opposants doivent expliquer à ces militants-là, qu’ils ont le droit de vivre mieux, que le Cameroun a suffisamment de moyens pour que ceux qui veulent travailler mangent à leur faim.
Pour un pays dans lequel, un ministre fait exactement ce pourquoi il est nommé et payé mais estime avoir été hyper gentil, l’opposition doit expliquer aux électeurs, qu’ils ont droit à l’eau potable, à l’électricité, à l’éducation, aux soins de santé et que l’état ne leur fait pas une faveur en leurs procurant ces fondamentaux. Qu’à priori il est défaillant tant qu’il échoue à le faire. C’est avec une posture visant à les rendre conscients de leurs droits de citoyens que les militants de base du RDPC pourront volontairement reconsidérer l’objet de leur conviction.
A contrario, un discours accusateur et vindicatif sur ces militants « d’en bas » peut être répulsif.

2-Pour ces militants de bases que les élites du parti nourrissent d’espérance et d’eau fraiche.

Je vais illustrer ce point par le cas de la Lekie que je connais assez bien.
Dans ce département des « amis du président » abandonnés par les élites qui ne vivent que pour elles-mêmes, le taux de chômage est particulièrement élevé. Pour un peuple travailleur qui ne demande qu'un petit accompagnement pour se lancer, la misère est désormais normale.
70% des villages de la Lekie ne sont pas couverts par le réseau électricité, si près de Yaoundé pourtant.

L’eau potable est un luxe que l’arrondissement d’Ebebda ne peut s'offrir; les écoles primaires sont abandonnées au point à Lobo on à des écoles avec un seul maitre de la SIL et CM2;le centre-ville de Montale est éclairé par une ampoule de 1000CFA, avec une vaste poubelle comme décoration.
Le niveau d’insalubrité de la ville d’Obala est record.

Faut-il parler des centres de santé intégrés sans le moindre comprimé et sans personnel ? Que dire du fait qu'Ebebda n'a même pas un marché? Que les commerçants jouxtent l'axe lourd avec les risques que ça comporte, parce qu'il n'y a pas de marché? Evidemment ; les impôts et taxes sont collectés sous peine de punitions graves, parfois même ils sont créés, au mépris de la loi des finances.

Mais pourquoi on trouve toujours quelques personnes, une poignée en tout cas, qui attendent le changement par leurs élites du parti au pouvoir?

Parce que ces élites leur font manger l’espérance et boire de l’eau fraiche.
Elles promettent monts et merveilles à l’approche de chaque élection, demandent les CV, annoncent des grands projets de développement, promettent des concours dans la fonction publique, inventent des faux messages que le président de la République aurait envoyé aux populations etc.
Des militants dopés à la résilience et l’espoir passent ainsi des dizaines d’années à rêver que demain sera meilleur, sans jamais que demain n’arrive.

Au lieu d'acculer cette catégorie de militants, nous devons focaliser leur attention sur ces promesses non-tenues, sur cette politique mensongère que les élites utilisent pour s’enrichir sur leurs dos.
Leur bilan est tellement mauvais qu’il suffirait de bien le présenter, pour que les militants de base comprennent. Ils se rendront compte qu’ils n’auront jamais une meilleure vie avec ceux-là. Ils vont réaliser que ces ?propriétaires du pays?n’ont de cesse d’envoyer des fake rapports au président de la République faisant croire que les militants sont heureux, pour continuer d'avoir des postes, sur leurs dos.

Convaincus de cette perpétuelle duperie, les militants de base du parti au pouvoir, tout comme les cadres moyens, prendront leurs responsabilités et se feront entendre sans qu'on leur force la main par des discours violents.
Il faut le dire, en dépit de la fraude électorale, il reste une base militante au RDPC que nous de l’opposition devons recruter. Nous avons 5 ans pour le faire et comme les propriétaires du pays, ces élites égoïstes ne feront pas mieux qu’avant, « on se connait », il faut optimiser notre stratégie.

En conclusion, 2 choses sont à retenir de cette publication :

• L’opposition doit dissocier le système du RDPC c’est-à-dire les gouvernants, des simples militants et cadres moyens qui ne sont en rien comptables de rien.
Autant les dérives des gouvernants doivent être dénoncées énergiquement, autant ces militants de base méritent d'être abordés et traités avec respect.

• Il Y’a urgence de considérer les militants de base et les cadres moyens du parti au pouvoir comme des potentiels alliés, à consolider.
Ils souffrent des mêmes tares que les militants d’ailleurs. Ils n'ont rien fait de si grave à part se tromper sur la bonne alternative.
Nous devons tout simplement, mais fermement attirer leur attention sur leurs propres situations miséreuses, afin qu’ils en prennent acte, et s’affranchissent.
Anne Féconde Biloa Noah, Porte-parole de Cabral Libii

Vous êtes témoin d'un fait, vous avez une information, un scoop ou un sujet d'actualité à diffuser? Envoyez-nous vos infos, photos ou vidéos sur WhatsApp +237 650 531 887 ou par email ! Les meilleurs seront sélectionnés et vérifiés par la rédaction puis publiés sur le site.

Join our Newsletter