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xxxxxxxxxxx of Monday, 26 October 2020

Source: Wilfried EKANGA EKANGA

Massacre de Kumba: Paul Biya doit se rendre sur les lieux

Vous êtes très forts pour nous dire : " Viens lutter avec nous ici au Cameroun."

Pourtant, voilà un qui est avec vous là-bas au Cameroun, et vous êtes incapables de lui dire de sortir de sa coquille pour venir communier avec son peuple sur les drames nationaux.

Je reconnais qu'il est le seul et l'unique Président de la République du Cameroun ; j'abandonne le plan national de résistance ; j’admets, j'avoue qu'il est le Chef de l'État, le Premier Camerounais et tout ce que vous voulez. Et j'attends donc de lui qu'il soit personnellement au chevet de ses concitoyens lorsque survient pareille tragédie.

C'est la conception la plus élémentaire du mot " Responsabilité " !

Je reconnais qu'il a été élu à 71%. Je m'excuse de m'être opposé à lui ; je reconnais en lui le Père de la Nation ; je fais même le pari solennel d'intégrer le RDPC si Paul Biya se rend à Kumba cette semaine ! Car c'est à ça je pense que sert un président. Sauf si l'on nous a menti en nous faisant croire qu'on était en République, alors que nous sommes dans un royaume aux allures théocratiques. Une sorte d'empire moyenâgeux égaré en plein XXIe siècle.

Le Camerounais est l'être le plus infantilisé du globe terrestre. Le pays est devenu le Gros Clown de la sous-région à cause de son président-fantôme. Il est grand temps que cesse l'humiliation. Ayez donc un sursaut d'orgueil et réclamez enfin, au moins pour une fois : " OÙ EST PAUL BIYA ?!! "

C'est cela un peuple éveillé sur son devenir.

KUMBA - LA FORÊT QUI CACHE L'ARBRE

Actuellement, c'est tout le monde qui rivalise en publications émouvantes (à différents degrés d’hypocrisie) pour montrer à quel point il est humaniste et s'attirer de la sympathie populaire. Mais rares sont ceux qui osent creuser le fond du problème, et réfléchissent à ses causes (et donc à ses solutions). Or sachez qu'en temps de crise, il ne sert à rien de pleurer pour pleurer il est plus sage de pleurer tout en se dirigeant vers ce qui séchera nos larmes pour de bon.

Donc, si vous pensez mettre fin au chaos en organisant un concours de " qui est le plus méchant entre le gouvernement et les Ambazoniens ", cette crise durera encore 4 ans supplémentaires. Si vous pensez faire avancer les choses en criant : " Le gouvernement vient encore de tuer des Camerounais à Kumba ! " ou bien : " Les terroristes veulent déstabiliser le Cameroun ", alors attendez-vous à 100 ans de larmes en plus. Rien ne changera, puisque la méthode est hors-sujet.

Car il y a longtemps que le débat n'est plus à ce niveau. Il faut même être un peu sorcier pour dire aujourd'hui que l'une des parties tue et l'autre non. Il est établi depuis Mathusalem que des barbaries atroces ont été commises des deux côtés, et, pire encore, que chacun des deux camps est persuadé d'être l'ange face au démon. Or dans une guerre (évitable) où chaque adversaire est convaincu d'être la justice, on aboutit à un débat de sourds. Bienvenue au Cameroun !

La solution est bien dans le mot « évitable ». Car oui, cette guerre était évitable. Et pour mettre fin aux tueries, il est indispensable de se demander pourquoi elle n'a alors pas été évitée, et donc de revenir aux origines de ce conflit. Et nous arrivons enfin à l'endroit où tout le monde est d'accord, puisqu'il ne s'agit plus d'opinion, mais de faits, à savoir : qui a frappé le premier ? Qu'est-ce qui a soudain marqué le passage de la paix à la guerre ?

Comme dit le proverbe : " Le fait est têtu en histoire ".

LE LAC DE SANG - LA GENÈSE

Ceux qui s'indignent (à juste titre) que des citoyens aient pris les armes contre la République aujourd'hui, devraient tout autant se souvenir (à juste titre) que la République a pris les armes contre ses citoyens hier, alors que ceux-ci ne représentaient aucune menace. Les bébés assassinés en 2014 sur le dos de leurs mères ne portaient aucun revolver sur eux, pas plus que les avocats et enseignants qui marchaient pacifiquement en 2016 pour faire valoir leurs droits. À cette époque, il n'y avait aucune guerre du NOSO.

Mais en tuant froidement des nouveau-nés innocents, en tabassant des avocats et des instructeurs aux mains nues, en brutalisant les leaders du consortium (qui avaient pourtant eu la géniale idée de créer une médiation entre le pouvoir et peuple), en molestant, en humiliant et en violant des étudiantes à Soa ou à Buea, le régime a lui-même transmis le message selon lequel il n'a pas besoin que vous soyez barbare envers lui pour être barbare envers vous. Par cette sauvagerie gratuite et inutile, il a prouvé qu'il 'est un régime barbare, quel que soit l'interlocuteur.

De ce fait, ceux que nous appelons aujourd'hui " Ambazoniens " en ont déduit : " Dialoguer avec ces gens ne sert à rien. Il faut se séparer d'eux par la force et imposer notre indépendance. On va les combattre jusqu'à ce qu'ils nous lâchent, même s'il faut traumatiser en tuant des innocents. "

Et nous y voilà ! Ce n'est pas compliqué à comprendre.

Par ailleurs, alors que des esprits avisés prévenaient d'une possible escalade, Yaoundé faisait preuve de son extrême arrogance habituelle. De Fame Ndongo à Tchiroma, en passant par leurs corbeaux messagers Jean-Jacques Ze et autres Owona Nguini, les patriotes autoproclamés entendaient régler l'affaire en quelques jours, voire même à " dératiser la zone ". C'est ce que Biya viendra confirmer lui-même dans sa fameuse « déclaration de guerre », au retour de ses escapades genevoises.

En gros, le canon plutôt que le verbe. Voilà donc où nous en sommes avec ce régime encore plus cynique que cruel.

QUE FAUT-IL DONC FAIRE ?

Devant l'évidence de son échec, Yaoundé tentera ensuite de réparer sa diablerie en convoquant le fameux Grand Dialogue National. Une mesure demandée par les Camerounais depuis 4 ans et où l'on entendait toujours des inepties du genre : " On ne dialogue pas avec les terroristes ! ", ou encore : " Dialoguer, mais avec qui ? ", comme si les principaux protagonistes n'étaient pas connus.

D'ailleurs aujourd'hui encore, la bande à Ayuk Tabe réclame le dialogue, le vrai.

Car le dialogue d'octobre 2019 s'est avéré être une énorme farce où non seulement les protagonistes furent bannis, mais aussi où les questions qui fâchent (réforme et forme de l’État) furent exclues d'avance. L'on a eu droit à plus de diners de gala et de photos-souvenir que de contenu. Avec parfois des mises en scènes ridicules de prétendus " terroristes repentis ". Le terme " Biyalogue " ne fut pas usurpé. Ce fut un débat entre le régime et lui-même.

Ainsi, le Cameroun est le seul pays au monde où l'on organise un débat sur un sujet ... sans évoquer le sujet !

C'est cela être hors-sujet.

Remarquez que Paul Biya n'était pas là à son propre dialogue. Tout comme il n'est jamais descendu sur le terrain s'enquérir lui-même de la situation dans ces zones. Or, même en Corée du Nord, il arrive que Kim Jong Un aille au chevet des malades ou supervise l'évolution des chantiers. Au Cameroun, une crise qui a commencé sous un président Invisible, prétend pouvoir être résolue avec un président Invisible. Comprenne qui pourra !

La solution est pourtant simple : il faut faire le contraire de ce qui a été fait jusqu'ici. Tout bêtement !

C'est-à-dire : réorganiser le dialogue national en y incluant toutes les questions qui fâchent et tous les sujets que l'on ne veut pas entendre. À ce jeu, Biya devra être lui-même présent, ainsi que tous les leaders ambazoniens actuellement en prison, le tout assorti d'une libération des prisonniers politiques et d'une effectivité des libertés publiques (manifestations entre autres). Mais surtout, il faut que les illuminés qui continuent d'affirmer avec mépris : " force reviendra à la loi " comme si la bêtise était une loi se taisent pour de bon !

Car aujourd'hui, en séquestrant arbitrairement des femmes de ménage, en continuant d'emprisonner des gens pour une simple marche et en torturant des compatriotes par pure cruauté, voire par pur tribalisme, en refusant l'accès des avocats à leurs clients, on ne démontre qu’aucune (AUCUNE) leçon n'a été tirée des bêtises passées, et on crée les conditions d'un embrasement de la zone francophone. L'on n'en est plus très loin.

La gouvernance par l'arrogance entraîne la violence. C'est une règle immuable.

SOUS HAUTES INSTRUCTIONS DU PEUPLE

C'est aussi le seul pays au monde où l'on veut résoudre une crise tout en jetant en prison ceux qui ont marché pour la résolution de cette crise. Tant d'hérésies qui nous poussent à dire depuis fort longtemps qu'il est impossible que ce sang arrête de couler tant que Biya sera au pouvoir. Et fort malheureusement, les faits nous donnent raison.

Car Biya n'est plus là. Le Cameroun est dirigé par son ombre. Sa " gouvernance " se limite à des photos douteuses publiées sur sa page Facebook et à des communiqués souvent sans signature, ainsi qu'à des sorties théâtrales de ses ministres envoûtés, qui ne manquent jamais d'indiquer qu'ils s'expriment " sous hautes instructions ", comme s'ils avaient peur de quelque chose.

Il faut dire néanmoins que cette manœuvre perverse fonctionne parce qu'ils ont en face d'eux une masse qui ne questionne pas, qui ne doute pas. Qui ne dérange pas.

Quant à moi, je le dis aujourd'hui : Sous Très Hautes Instructions du peuple, Paul Biya doit se rendre à Kumba !!!

Si vous demandez à ceux qui n'ont pas été élus de descendre sur le terrain, comment pouvez-vous vous taire devant l'inertie de celui qui est déjà parmi vous (et qui a été élu !) ??

J'aimerais que Biya fasse mentir nos pronostics. Qu'il nous prouve donc qu'il est l'homme de la situation. C'est le moment où jamais !

Les policiers debout jour et nuit comme des prostituées à l'entrée de la demeure d'un opposant auraient été bien plus utiles pour sécuriser les pauvres élèves de Kumba. La logistique, le personnel et l'argent mis en œuvre pour museler les opinions politiques adverses auraient mieux servi dans la recherche d'une solution de fond. Mais dans un État hors-sujet, on est toujours " présent là où on doit être absent et absent là où on doit être présent « (Charles Ateba Eyene).

Voyez-le par vous-mêmes !

Pour ma part, j'ai dit et je reprécise : je reconnais que Kamto n'est pas le président élu. Le président élu, c'est Paul Biya ! Il faut donc que Paul Biya aille à Kumba, puisque le faux président est séquestré. Si Paul Biya ne veut pas s'y rendre, laissez donc sortir Maurice Kamto puisque lui, il y serait allé ce dimanche ! On ne peut pas réclamer l'exclusivité des privilèges et fuir l'exclusivité des contraintes.

Je répète : c'est cela la responsabilité !

EN BREF :

Les causes du drame de Kumba (et donc de la guerre) sont connues, les solutions sont connues, le reste n'est qu'hypocrisie et diversion.

Dites à Ferdinand Ngoh Ngoh de cesser de vous prendre pour des mineurs de huit ans et de vous informer une fois pour toutes sur l'état de santé de Paul Biya. C'est de votre grande léthargie qu'il profite pour réaliser ses fantasmes en indiquant simplement que c'est à la demande de Biya. Dans la fable du Corbeau et du Renard, Jean de la Fontaine (1621-1695) dit que : " Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l'écoute «. Le jour viendra où un braqueur entrera chez vous à 3 heures du matin et vous dira que c'est sous Très hautes instructions du chef de l'État qu'il est venu voler votre ordinateur.

Et vous lui répondrez : " Merci de ce braquage, c'est un honneur pour moi "

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