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Opinions of Wednesday, 18 August 2021

Auteur: François Wassouni

Marches de soutien au Président de la République: hypocrisie, moquerie, idiotie ou ridicule?

Les jeunes à l'aéroport de Yaoundé Les jeunes à l'aéroport de Yaoundé

C'est la question que s'est posée François Wassouni,Enseignant à l’université de Maroua après le défilé des militants du RDPC à l'aéroport de Yaoundé lors du retour du couple présidentiel au Cameroun. Il se demande l'objectif de ces sorties de foules qui frisent l'hypocrisie dans cette tribune ci-dessous.



C'est avec cette interrogation que je voudrais introduire ce débat, partant du retour ces derniers temps de la saison des marches de soutien. Alors qu'on croyait ces spectacles révolus, voilà qu'à nouveau des foules, qui parfois marchent sans en pouvoir dire l'objet et l'objectif, prennent d'assaut les voies publiques dans nombre de villes, y mettant autant de cafouillage que de vacarme. D'ailleurs, la plupart des acteurs de ce spectacle hypocrite ne songent généralement guère qu'à la pitance circonstancielle ou somme d'argent dérisoire à laquelle leur donne droit ces parades gesticulatoires.

Ces foules sont-elles assez intelligentes ou sottes de se prêter ainsi au jeu de la comédie qu'orchestrent certains soi-disant dignitaires du Président de la République pour se maintenir aux affaires, ou pour y accéder ? À propos, justement, de ces marches, on est plus qu'étonné par la nature des motivations courtisanes qui les fondent, dignes d'un autre âge, c'est-à-dire complètement révolues et abandonnées des nations "civilisées".


L'on a déclaré récemment, sans vergogne au cours d’une manifestation pareille quelque part dans la République, marcher pour dénoncer les attitudes irresponsables de la diaspora camerounaise en Occident qui s'acharnerait contre le Président de la République, à travers également des campagnes de chantage et de diabolisation sur sa conduite du bateau Cameroun. Ainsi, marcher dans les cités du pays dissuaderait-il, les Camerounais de l'extérieur de poursuivre leur activisme qui semble prendre de plus en plus de l'envergure ? Une question à laquelle les partisans de ces spectacles curieux pourraient peut-être mieux répondre.

Ces procédés, gonflés d'actes et de propos ridicules, sont propres à la catégorie des hypocrites qui assurent avec une indécente ostentation de faux soutiens à Paul Biya. Dans cette mouvance, on se serait attendu à les voir organiser des marches pour dénoncer la corruption, les détournements des deniers publics, le chômage, la pauvreté, l'injustice, la fracture sociale, l'inertie, l'imposture, les crises sécuritaires dans les régions NOSO et de l'Extrême-Nord, mais curieusement jamais rien. Pourquoi n'a-t-on pas organisé ces marches pour aider le pays à faire face aux épreuves ou à relever les défis auxquels il est confronté de toutes parts depuis des décennies ? Combien faut-il que ces fléaux fassent de victimes et de dégâts pour susciter des marches de dénonciation et d'appel au Président de la République et à son entourage pour redoubler d'efforts pour leur éradication urgente ?

On a honte, sur ces points, du mutisme et de l'indifférence des thuriféraires du Président et de son parti politique. Ne sont-ils pas informés de ces périls auxquels le pays est exposé au quotidien et en permanence ? Ne les voient-ils pas ? Se voilent-ils le regard ? Que sert-il au peuple camerounais qu'on le fasse marcher ou courir lorsqu'il n'y a véritablement pas matière ou raison valable, pertinente à le faire ? À qui cela profite-t-il de rester dans le mutisme lorsque la maison brûle de l'intérieur ? Aux hypocrites. Aux idiots. Très certainement !



Dans l'Extrême-Nord du Cameroun, les litanies nécrologiques, les dégâts matériels énormes et les traumatismes des populations causés par la secte Boko Haram, qui se sont ajoutés à l'encyclopédie des problèmes de développement de toutes sortes, pour finalement condamner à la misère exacerbée et à un recul grave cette région en matière de développement. Là-bas, où les gens ont perdu l'espoir de vivre ne serait-ce qu'un tout-petit délice du développement, là-bas, l'on (sur)vit dans des conditions socioéconomiques exécrables. Comme si l'on s'était rendu coupable de quelque péché impardonnable, on y subit la terrible punition d'être condamné à perpétuité à la misère.

Face à tout ceci, au lieu donc que l'on se préoccupe, à bon droit, de cet état de choses, avec des routes catastrophiques ou d'autres infrastructures sociales de base, des soi-disant dignitaires semblent s'y complaire et tirent du marron de ce brasier. Pour pousser le cynisme à son comble, certains excellent dans des sottes déclarations, « doter une certaine ville de routes signifierait une augmentation des accidents de la circulation », laissent ils entendre. Dans un environnement où les besoins urgents ne se comptent plus à cause de leur immensité, ils se félicitent d'une prouesse de la politique du sous-développement !

Tout, ou presque, justifie des marches dans cet environnement. Mais l'on privilégie des marches creuses, sans objet pertinent. À vrai dire, il y a parfois des raisons de prendre en pitié le Président de la République de ce pays. Il est victime de la perfidie de ses militants, du moins ceux qui se réclament comme tels. Ces pseudos-marches et témoignages d'attachement à sa personne ne lui sont d'aucune utilité. C'est les mêmes qui biaisent ses « très hautes instructions », qui lui jettent la honte au quotidien en fragilisant son image par des actes répréhensibles. Ce sont les mêmes qui détournent les deniers publics, encouragent le tribalisme, volent les services du fisc. Ce sont eux qui spolient le peuple. Ce sont les mêmes qui entretiennent la corruption. Ce sont les mêmes... « Si la liberté d’expression se limite aux idées qui vous conviennent, ce n’est pas la liberté d’expression », disait Noam Chomsky. Certaines attitudes des hauts dignitaires n’amènent-elles pas à dire avec le célèbre poète originaire de la République Démocratique du Congo, Robert Kabemba Mangidi, pour qui « les vrais ennemis de la République sont ceux qui commandent les pays », curieusement.

Ce sont eux, adeptes du "ramer à contre-courant", prenant en toutes circonstances leur liberté vis-à-vis des principes républicains et des valeurs de rigueur et de moralisation, qui prétendent soutenir le Président... De quel soutien ces ennemis du progrès, ces disciples du mensonge et de la prévarication peuvent-ils être au Président de la République ? Qui croit-on tromper en permanence ? Ceux qui investissent la rue et qui réussissent encore à y entraîner quelques suiveurs passifs ne le font pas en soutien au Président de la République, mais pour leur propre lavement. C’est le lieu pour moi de dire avec Christian Grézel « l’homme politique est devenu un si habile manipulateur qu'il se rapproche de l’illusionniste ».

À mon avis le temps est venu d'aller à l'école du militantisme sérieux et vrai, de l'appropriation, de la défense et de la promotion des valeurs républicaines et citoyennes qui cessent de faire des Camerounais de vils hypocrites, des menteurs, des pilleurs de la fortune publique, d'invétérés corrupteurs et corrompus, des imposteurs et opportunistes, prêts à organiser des mobilisations qui n'ont aucune profondeur sincère. Devenons des hommes dignes, des citoyens pétris de patriotisme et d’un sens élevé de sens républicain, engagés dans la bataille sincère de la construction et du progrès de notre pays, pour en faire une Grande Nation dont on célébrera l'essor. Halte aux marches inutiles, aux détournements de la fortune, à l'immoralité qui a pris trop de l'envergure, à la destruction des valeurs républicaines et aux postures politico-politiciennes honteuses et stériles. C’est le lieu de rappeler à toutes fins utiles cette célèbre parole d’Alain Berberian selon laquelle « on peut tromper une personne mille fois. On peut tromper mille personnes une fois. Mais on ne peut pas tromper mille personnes, mille fois. » À bon entendeur, salut !