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Opinions of Friday, 18 October 2019

Journaliste: Abdelaziz Moundé

Marche du 23 octobre: des recommandations d'un Camerounais aux Bamoun

Nous devons marcher quand chaque Camerounais est touché par le tribalisme, l'injustice et l'arbitraire.

Ponta, comme on le dit dans la langue de Nchare Yen, Njoya et Claude Ndam

J’ai lu la déclaration de manifestation prévue le mercredi 23 octobre que vous avez adressée au Sous-Préfet de Yaoundé 2e afin d’exprimer, dans le cadre d’un Collectif du Noun contre le tribalisme et la xénophobie, votre colère. Une rage que je partage. Un courroux partagé par des millions de Camerounais suite aux graves évènements de Sangmélima.

Une situation quasi insurrectionnelle où des Camerounais ont été attaqués, pourchassés, stigmatisés parce que Bamoun, parce que Bamiléké, parce que Haoussa, parce que « étrangers », dans leur propre pays. Une situation absurde, provenant d’une accusation de meurtre, celui du jeune Junior Assam Belinga, proférée à l’encontre d’un moto-taximan, attribué à un ressortissant Bamoun, alors même qu’un communiqué du sous-préfet et des enquêtes plus approfondies, ont orienté la piste vers un natif de Sangmélima, dans une affaire de règlement de compte familial. Une situation intolérable où des Forces de Maintien l’Ordre, promptes à réprimer des manifestations pacifiques de l’opposition ou de citoyens camerounais libres, dans une région où existent des bases de la Garde présidentielle et du Bir, ont observé en spectatrices, les casses, le pillage et les chasses à l’homme, sans utiliser le moindre tir de sommation, la moindre matraque, le moindre véhicule anti-émeute. Une situation où l’on n’a enregistré aucune interpellation, aucune poursuite judiciaire, aucune dénonciation officielle par un communiqué du Gouvernement ou une sortie du ministre de la Communication.

C’est une situation qui attise la bile, on peut le comprendre. Qui tend les nerfs, on peut l’admettre. Qui réveille de tristes souvenirs, on peut passer une journée à les évoquer. Mais, c’est surtout une situation qui doit nous interpeller sur nous-mêmes, mettre chaque Camerounais devant son miroir, nous inviter à une introspection. A l’élévation. Pourquoi ?

Parce qu’il ne faut pas dans notre pays, attendre que son frère du village, soit touché par l’abomination du tribalisme pour marcher, s’indigner, exprimer sa colère. S'enrager même. Il ne faut pas attendre que des Bamoun soient chassés de Sangmélima comme hier de Kye-Ossi pour s’organiser contre le cancer du tribalisme. Cela vaut pour chaque ethnie, chaque tribu de notre pays, car où la justice est cassée en morceaux, où l'indignation est en miettes, prospère le chaos.

Marcher, quand on est un citoyen d’un pays, quand la fraternité guide nos actes, c’est le faire quand les Kotokos et les Arabe Choa se battent à mort depuis tant de temps. Marcher, c’est s’offusquer des ravages du complexe de supériorité qui causent des tensions permanentes entre Foulbé et non-Foulbé dans le Septentrion. Marcher, c’est alerter sur les rixes tragiques entre Banyangui et Bororo dans le Nord-Ouest et le cortège des 13 morts en 2006. Marcher, c’est se préoccuper des affrontements mortels entre Bamiléké et Nyokon sur fond de conflits fonciers, à Makénéné, soldés par la mort de six personnes dont deux femmes. Marcher, c’est pleurer les 20 morts ensevelis sous les terres de conflits entre Gbayas et Foulbé à Meiganga au mitan de l’an 2005.

Marcher, c’est se souvenir des bagarres sanglantes entre Bagam et Bameyan en mai 2006 et le décompte de 13 morts. Marcher, ce sale conflit mortel entre Batchingou et Batcha au pied d’un mont majestueux. Marcher, c’est dénoncer et rejoindre le camp des Justes, pour que l’escalade entre Bamoun et Bamiléké à Foumbot, à l’Ouest, ne se reproduise plus. Marcher, c’est proscrire dans les cœurs, le rituel des incidents interethniques à Kye-Ossi, dont l’un des points d’orgue fut la perte de deux compatriotes et des dizaines de blessés enregistrés en mai 2006 au Sud, les coups de poignards, dans le Sud-Ouest.

Marcher, c’est de dessiller le regard de la Nation sur ces conflits répétés et sanglants entre Bafaw et Bororo, en 2014 et l’un des plus mortels en octobre 2006 et son bilan de 3 morts. Marcher quand le chantier de la statue d’un héros camerounais est détruit parce « qu’il n’est pas chez lui ». Marcher, c’est le faire quand chaque Camerounais est victime d’injustice sociale, quand dans le No. So, des exactions et horreurs sont perpétrés de part et d’autre…

Bref, mes frères et sœurs, comme disait l’autre, quand le malheur est dans le village d’à côté, on ferme les yeux, les oreilles et on se bouche le nez, mais quand il arrive devant notre porte, il est trop tard. Cette sagesse ancienne de nos ancêtres doit sonner le réveil citoyen, attiser la saison de la fraternité au Cameroun.

Une sagesse qui doit nous amener à dire à chaque jeune, chaque ressortissant de nos communautés que le Bulu n’est supérieur à personne ! Que le Douala n’est supérieur à personne parce qu’il a vu le Blanc avant tout le monde ! Que le Bamoun n’est supérieur à aucun Bamiléké ! Que le Foulbé n’est pas plus noble que quiconque dans le Septentrion ! A dire à chaque Bamoun de ne plus jamais dire que « Moun Koutou pa puket moun » que le Bamiléké est en soi quelqu’un de mauvais. A dire à chaque Bamiléké qu’il n’a pas le monopole du dynamisme sur le prétendu paresseux Bulu ou Beti ! Que le Bassa n’est supérieur en intelligence à aucune autre ethnie !

Une sagesse qui doit nous amener à dire à chaque jeune, chaque Camerounais que l’accession au pouvoir à Etoudi n’est pas le gros lot pour l’ethnie du président, qu’il n’est interdit à aucun Bamiléké, Bamoun, Bafia, Douala, Foulbé, Béti, Bassa d’ambitionner de diriger le Cameroun, que le travail du Bamiléké ou du Douala est seul celui qui paye et non le Famla ou le Djimsi, que l’achat des terres est et doit être règlementé, que chaque Camerounais est partout chez lui, qu’aucune portion du territoire ne lui est interdite, sauf par les règles de la propriété privée. Il faudrait que la Nation, au-dessus, des micro-nations – ethnies et tribus des liens du sang, des alliances matrimoniales, migrations africaines et brassages anciens -, héritées de notre passé, est la construction d’un destin commun, une volonté de renforcer notre souveraineté, vivre des émotions et des souvenirs, lutter contre la pauvreté, vaincre les démons de la division, bâtir la prospérité, partager les fruits de la croissance et de l’exploitation des ressources naturelles, innover et créer, ENSEMBLE, en s’inspirant des valeurs positives de nos ancêtres, de l’Afrique et de l’humanisme.

Une sagesse qui doit nous amener à raconter à chaque Camerounais que Nchare Yen, parti du plateau de l’Adamaoua, prince Tikar issu des Mboum, une des populations camerounaises venue de Nubie entre le Soudan actuel et l’Egypte, - migrant donc - a fondé dans l’Ouest Cameroun actuel, un royaume, grand et prestigieux, en adoptant la langue des populations trouvées sur place, une langue proche de ce que parlent les Bagangté et de nombreuses populations de l’Ouest et du Nord-Ouest. Signant avec eux, un pacte constitutionnel, de brassage, d’intégration et de fraternité. Un pacte comme celui que conclurent, sur les bords du Wouri, les Douala, venus du Congo Rdc actuel, - migrants donc - avec les populations Bassa et Mpo’o ( Bakoko ), trouvées sur place ( « autochtones » donc ), sous le nom de Masoso Ma Nyambé, le foyer des enfants de Dieu. Pour gérer avec harmonie la cité, construire la paix, la fraternité et le vivre-ensemble. Nos ancêtres nous parlent. Écoutons les sons positifs de leurs voix !

Fweshe ni poun
Que la Paix soit avec vous